TÂLE YÂD : LA MEMOIRE INVISIBLE D’ONEIRA

Si la lumière des étoiles met des centaines de milliers d’années à parvenir jusqu’à nous, alors leur mémoire est sans doute la plus ancienne mémoire des mondes, propre à féconder le commencement et le devenir de tout être humain.

 

(Nouvel album chez Helico Music HWB58122 )

Il y a près de deux années, les Six Rois mages d’ONEIRA nous avaient ouvert une route maritime et initiatique (album SI LA MAR), à la fois manifeste de leur projet artistique naissant et acte de foi en notre capacité à redimensionner nos projets d’avenir sur le mode poétique.
Paru le 30 janvier 2012, le très attendu deuxième album d’ONEIRA se vit comme les retrouvailles au caravansérail de voyageurs arrivés là par chacun sa route, chacun son étoile en ligne de mire.  L’heure est alors aux échanges, à l’écoute, aux célébrations, et aux projets.

En ces temps agressifs, où l’on nous assigne une cure, une peine, et presque un destin rétréci, les propositions poétiques d’ONEIRA – à mille lieues d’un distrayant lyrisme New Age – offrent une nourriture émotionnelle qui permet de croire au monde plutôt que le comprendre.  Cette innocence banale, si on y réfléchit bien, se révèle incroyablement mobilisatrice : loin d’abstraire de la réalité, elle réveille en nous la palpitation vitale, par cette audace dont Goethe rappelle qu’elle renferme en elle génie, pouvoir, et magie.

Ainsi va la musique d’ONEIRA, audacieuse par son branchement de la tradition sur l’invention.  Ainsi va  TÂLE YÂD  (Mémoire d’étoile en persan), une collection de chansons semblable à une noce villageoise au cœur de la belle saison, riche en rencontres et en partages.

Nourri au sérail familial de la percussion iranienne, Bijan CHEMIRANI est l’initiateur de ce projet hors du commun.  Attentif et valorisant les apports de chacun, Bijan confirme des talents brillants d’arrangeur.

Maryam CHEMIRANI et Maria SIMOGLU offrent par la modulation de leurs voix tant de variables simultanées qu’il faut souligner le mérite des ingé-sons de les avoir toutes restituées !  Tantôt chœur vibrant, véritable essaim d’abeilles en surchauffe qui allument l’ensemble instrumental sur de furieuses cadences (Ferdows Dami  et On se tend).  Tantôt sur des mélodies qui rendent grâce ou des mélopées plus graves : dans Sorcière, traditionnel Finlandais, c’est un petit miracle d’ONEIRA qui harmonise et laisse distinguer, au cœur d’un univers méditerranéen, la scansion sèche et la sauvagerie du Joik  de Laponie.

Tant qu’à pousser son audace, ONEIRA trouve dans la voix prodigieuse du chanteur Sarde Gavino MURGIA , invité sur Filoi Mou Sa Tha Vriskeste, un autre trait d’union de notre culture héritée et métissée : accents de chant diphonique Mongol,  sur un texte de l’Occitan André MINVIELLE ,chanté en Grec.

L’Occitanie, omniprésente grâce aux nappes subtiles ou les mélodies innovantes de Pierre-Laurent BERTOLINO et sa vielle à roue (Brumes), se devait en effet d’inspirer un jour où l’autre la rencontre d’ONEIRA avec MINVIELLE (Filoi Mou… , La Bourdique).

La flûte Ney d’Harris LAMBRAKIS imprègne les sens des vents du soir sur les terres brûlées : pas de meilleure ornementation pour les poésies persanes d’Omar KHAYYAM et Djalaladine  RUMI  (Mou’Pe Mia Magissa et Sanamâ).

Stratis PSARADELLIS et sa Lyra touchent à l’intime : chacun pour soi l’émotion dans les cordes (Négâr).

Kevin SEDDIKI est bien un visionnaire : on le connaissait virtuose, on le découvre arrangeur doué, insufflant la liberté de parole de son univers jazz à la charte d’ONEIRA.  Sa guitare est un orchestre à part entière, autant qu’une partition rythmique indispensable pour le sextet (Apopse Ta Mesanyhta, 21 et Filoi Mou ..  en particulier).

Le traditionnel  Hassan –Chabi Majnoun  a accompagné mes rencontres avec ONEIRA ou les CHEMIRANI.  Avec Râh, iIl est une des chansons inoubliables de l’album, de ces airs qu’on se met en tête à la première écoute et qui ne vous quittent pas de la journée : ça aussi c’est nouveau !

 

Voilà comment – et avec une élégance que vient renforcer  l’artwork remarquable – ONEIRA nous réapprend à parler aux étoiles.  Pas moins.

Sur cette trace incandescente, une étincelle du poète YEATS,  pour enrichir encore le métissage :

Si j’avais les étoffes brodées de cieux
Tra
mées de lumière, d’or et d’argent
Les étoffes bleues, les pâles et les sombres
De la nuit, du jour et du demi-jour
Je les déroulerais sous tes pas

 Mais moi qui suis pauvre
Je n’ai que mes rêves
Sous tes pas j’ai déroulé mes rêves

 Marche d’un pas léger
Tu marches sur mes rêves

* * * *

Pour en savoir plus:

découvrir ONEIRA en concert

le Site Myspace d’ONEIRA avec extraits de l’album en écoute et dates des concerts

facebook page ONEIRA

facebook Kevin Seddiki

Helico Music

les dessins de Lena Konstantinidi

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My Wilderness : le nouvel album de Piers FACCINI

Maintenant que nous avons partagé avec Piers FACCINI quelques vagabondages en chacun ses terres vierges (voir notre article précédent), voici venu le temps d’approcher l’album : palper, feuilleter, écouter, et franchir la porte.
 
 
 

“Ce garçon, à sa manière,
invente un nouveau monde
et l’on découvre que c’est le nôtre.”
Henry Bauchau in L’enfant bleu
(Babel/Actes Sud 2004)


Il y eut l’attente. La longue attente. La délicieuse attente. Les promesses semées le long du chemin, les petits cailloux que l’on choisit de suivre, ou pas. J’ai tenté et je suis parvenue à éviter tous les extraits distillés ci et là depuis des semaines, les émissions radio – gardées pour plus tard, les morceaux offerts sur les players, MySpace ou BandPage de Facebook …

Aucune note, aucun souffle. Rien. Je ne voulais rien percevoir avant d’avoir cet album en mains. J’aime …

l’attente menée à son apogée.

Impossible toutefois de passer à côté de la pochette, douce confirmation de ce qu’aura été la lecture du titre de l’album : MY WILDERNESS, comme une exploration de ses propres terres, intimes, territoires reculés ou sauvages. Un voyage qui, une fois amorcé, aura changé notre regard sur les paysages pour toujours ; aucun retour en arrière possible. Jamais.

J’ai donc reçu LE disque. Aujourd’hui.

D’abord le sortir de l’enveloppe avec une certaine impatience … et apprécier chaque seconde de cette apparition, de cette apocalypse en son sens grec. Prendre le temps de l’effleurer, apprécier son contact sous les doigts, en respirer l’odeur. Le tourner et le retourner dans tous les sens.
Enfin, doucement, l’ouvrir.

Commencer alors la lecture du livre, comme pour Two Grains of Sand. La lecture en premier lieu.
Délectation.

Le ton est donné dès que l’œil rencontre la pochette. Un autoportrait, patchwork de pièces taillées dans des cartes routières ou maritimes. Un chemin dont on découvre la topographie à l’issue de chaque méandre, que l’on suit en pèlerin, Piers en ouvreur. Pas besoin de plus pour l’instant. Apprivoiser déjà les paroles, poèmes semés au vent, envolés de leurs propres ailes pour un temps, avant que ne les rejoigne la musique. J’ai lu. Une interrogation sans fin du silence. La question laissée en suspens. J’ai lu et j’ai pleuré.

J’ai lu et j’ai refermé le livre.

Demain, j’écouterai la voix de Piers rejoindre celle qui s’élève du poème, le silence et les mots dans une danse irrésistible, qui étourdit, mène au ciel.
Demain.

Dans ma famille, les frères, on est tous écrivains; tous très différents mais complémentaires, tous concernés par ce qui touche à la parole, “the word”.  Parmi les voies mystiques qui explorent la création du monde, il y a celle qui pose le principe créateur premier comme une vibration, le son “Aum”.  Cette énergie originelle, primaire, vibre en toute chose; même les physiciens commencent à l’expliquer!”
A l’évidence, Piers FACCINI instille un peu de ce principe générateur dans ses chansons,  que l’on peut transposer en une expérience personnelle, “comme une lampe dans la nuit, tu décides librement de la diriger vers ce que tu veux”.

(In this light truth gets exposed)

Cette idée d’exploration respectueuse de ses propres étendues sauvages, ce wilderness que nous portons tous en nous, Piers FACCINI la prolonge au moment d’écrire ses chansons et de réaliser l’album.  L’intégrité des récits rapportés et le champ libre préservé pour la résonance naturelle des “ingrédients” (mauvais mot pour désigner les musiciens collaborateurs, les instruments, et les voix mixés sur l’album) font de MY WILDERNESS un album abouti, d’une grande cohérence, un gisement pour des écoutes multiples, attentives, émouvantes.

Le producteur arrangeur …

Cette approche globale, intégrée, maîtrisée oserait-on dire, était absente des premiers albums, dont la réalisation avait été confiée – à des degrés divers – à des grands noms : Vincent Segal (pour l’album Leave no trace), JP Plunier (Tearing Sky), Renaud Letang (Two Grains of Sand).  En cumulant tous les rôles : compositeur, arrangeur et producteur, Piers se donne avec MY WILDERNESS la possibilité de travailler cette unité, l’intégrité de son projet artistique, comme il le ferait d’une toile ou d’un poème.

… et le sens du son

Avec cette vision très précise de ce récit qu’il cherchait à rendre, Piers FACCINI a trouvé en Patrick Jauneaud, ingénieur du son et ami, un comparse idéal.  Ce grand professionnel, collaborateur des grands, s’est posé pour challenge de tout mettre en œuvre pour réaliser la vision de Piers sur ce projet complexe.  Complexe, parce que, dans la “pop”, l’idée générale du son c’est la transformation : tailler dans le spectre, dans l’enregistrement de chaque piste, voix ou instrument, pour tout faire rentrer dans le mix “idéal”.  Vraiment une affaire de technique.

Mon idée, avec Patrick, c’était le contraire : réaliser un album quasiment sans effets, de chercher au maximum à préserver la nature intégrale de chaque voix, de chaque instrument.  Faire en sorte que chaque collaborateur instrumentiste, par exemple Badje (Makan Kountara qui joue du N’Goni) soit traité comme un soliste et reconnaisse pleinement son instrument sur le mix final.  C’est une vraie prise de tête, de ne pas dénaturer les sons et de les garder ainsi côte à côte.  Pour réaliser ça, je me suis pas mal inspiré du travail effectué avec JP Plunier, sur l’album Tearing Sky; ce type est un génie.  Mais les ingrédients de l’album étaient peu nombreux, tout aurait pu tenir sur un 16 pistes.  Sur MY WILDERNESS, pour un titre comme “Strange is the Man” par exemple, imagine-toi qu’il y près de 50 pistes!  C’est un gros travail, une forme de maturité gagnée à fréquenter ces grands professionnels : Vincent Segal, JP Plunier et Renaud Letang”.

Rien d’étonnant – connaissant à présent le personnage – à ce qu’il partage et mette désormais ce savoir reçu au service des projets d’artistes proches, tel Claudio Domestico  et Dom Pinto, dont il a produit les albums à paraître en France.
Irriguer et recevoir : dans une famille, ces flux sont implicites, spontanés, harmonieux, et nourriciers.

La musique est nomade

L’autre principe fondateur de cet album repose sur l’idée d’une musique sans frontières, ce qui ne veut pas dire qu’elle est de partout.  Pour Piers FACCINI, écrire la musique est un voyage, un mouvement.  “Ce voyage est déjà en moi, dans mes géographies, dans mes racines et mes branches personnelles : Italie, Angleterre, Irlande et Pays de l’Est.”

(Digging in deep I’m digging in slow
The roots go deep but the branches grow)

Pas de collage non plus dans la liste des influences musicales de Piers FACCINI : le blues du Delta du Mississippi, la musique malienne, la chanson napolitaine, la dentelle des percussions persanes, le folk anglo-irlandais, toutes citées à l’envi dans les copiés/collés des bios à cliquer.
 A l’image de sables colorés jetés dans l’eau, ou les épices dans la marmite qui mijote, vient ce moment – impossible à déterminer – où le temps long ayant fait son ouvrage, la symbiose et le repos accouchent d’une expression nouvelle, transcendée, et unique.  L’artiste peut alors la valider, dès lors qu’elle fait sens pour lui, à ce moment de sa vie.

The songs

Voici pourquoi (“vous me connaissez bien” dit-il) nous savons Piers incapable de stratégie, de formatage, a fortiori dans la réalisation de MY WILDERNESS et du concept associé (voir l’article précédent). “Cet album doit être lu comme un ensemble, une danse soufie, avec des moments où ça tourne lentement (“Strange is the Man”, “The Branches Grow”) et d’autres où ça tourne plus vite (“Dreamer”).  Mais jamais je ne présenterai quelque chose en dehors de cette cohérence d’ensemble.”

Alors TRIBE les amis : TRIBE, ce Mississippi charrie le fracas des peines et des espoirs du monde. Entendez la cadence des worksongs, le pas des migrants, les gospels ruraux des affranchis, et l’Afrique pas loin: tout est de front, presque trop riche. TRIBE est un sacré morceau, qui roule avec l’histoire, prend possession, s’étale. A bridge of hope accross the Western lands”  Souffle la trompette et le répit, au coin de la rue le musicien de passage et son chapeau dans la poussière.

Poussant aux Suds, la frontière mexicaine ou notre proche-Orient, THE BEGGAR AND THE THIEF prend des airs de fable pour stigmatiser les discriminations, le racisme, et tous ces clichés qui ont accompagné le douloureux épisode de l’expulsion des Roms.  Ecrit comme une conversation musicale avec Ibrahim Maalouf, souffleur de tragédies, de romances, d’épopées ou de danses.  Du bout des lèvres même à pleins poumons, ce fin modulateur est un héritage à lui tout seul, et pour Piers FACCINI, une de ses clefs vers cette musique orientale qui l’attend.

MY WILDERNESS - la chanson. Quintessence d’écriture en fusion d’auteurs (avec Francesca Beard), de violoncelle en haute voltige (Vincent Segal) et de contrebasse inouïe dans cette couleur (Jules Bikoko), chœur de solistes en pulsations, assurés par la rythmique de Simone Prattico autour de la voix de Piers.  Tout ce qui passe dans cette chanson, en si peu d’artifices et autant de bravoure, meublerait une vie de paix – si on pouvait en rêver une.

Il reste tant à dire, à ressentir; c’est un chemin semé de chansons et pas un article à boucler.  Nous le partageons tous. Everyone -Everyone -Everyone”

L’artwork

Des paysages intérieurs, la musique comme un voyage, le tout en dynamique de découverte de soi-même, autant d’accentuations qui annoncent l’artwork de MY WILDERNESS, composé de collages réalisés avec des morceaux de cartes géographiques.  Une oeuvre originale de Piers, déclinée en deux versions différentes pour les éditions européenne et américaine.
J’ai choisi des cartes qui avaient un sens biographique et un sens dans mes inspirations musicales : l’Afrique et le Sahara pour la peau, les cartes des Cévennes pour les cheveux, Texas et Mississipi avec le quadrillages des longues routes droites pour la chemise, mers et océans pour le fonds, Asie mineure, Iran pour les montagnes.
Compte tenu des inévitables contraintes du travail graphique, le rendu est surprenant.  Il renforce le concept global déjà évoqué, en mettant entre nos mains un authentique carnet de voyage.

Chuchotons ici la diffusion dans les tout prochains jours d’un vidéo-clip pour accompagner la parution de l’album.  Un travail d’orfèvre, réalisé au départ de ces collages par des artisans anglais de l’animation.

J’ai écouté la voix se mêlant à celle du livre.

J’y ai aperçu un portrait à la craie, tout en douceur et en intimité. Les petits craquements de la guitare m’ont projetée droit dans le creuset où, dans un écrin tissé de dentelle, j’ai vu la vie prendre naissance, là où l’on peut l’esquisser, jusqu’à faire du vent son oreiller et des cieux son lit … (“the wind is his pillow and the skies are his bed …”). J’ai suivi l’appel des cordes et des chœurs. Jusqu’à l’envol final, au-delà de la stratosphère.

Les chansons, les poèmes comme autant de pigeons voyageurs, porteurs de questions toujours retournées, toujours creusées, questions en dialogue avec d’autres questions, une ébauche taillée dans le silence comme seule réponse, permettant de conserver l’ouverture, rendant la vie des mots, de la pensée, possible.

J’ai assisté au labour d’un champ avant les semailles, au travail de la matière afin de la rendre malléable, fertile. Semer, se voir, se savoir arbre. Puiser son énergie dans la terre nourricière, laisser grandir nos branches, produire de l’oxygène, porter du fruit, la vie.
Écouter respirer le monde en se laissant guider par le rythme – flux – reflux-, qu’on dirait éternel, jusqu’à la lente et longue expiration finale des cordes.

Je l’ai écouté aussi dire mais surtout ne pas dire. Qu’on aime. Qu’on restera. Qu’on sera là.
Toujours.
Ne rien savoir. Ne surtout pas vouloir savoir. Progresser pas à pas. Découvrir le chemin ensemble. Dans ses contraintes et ses libertés. Soulever, déplacer les pierres au fur et à mesure. Et avancer.
Coûte que coûte.

Enfin je l’ai suivi dans une élévation en deux actes, une lente progression crescendo, jusqu’au cœur du poème, centre, pivot, point de passage, après lequel le chemin change d’apparence, enveloppé dans les brumes d’une aube inattendue peut-être, dans une recherche désormais toujours renouvelée, les yeux clos, le noir pour servir d’écrin aux couleurs dont on peindra sa vie désormais.

(Blind
Blind I walk
Everywhere I search
I search for you)

Du noir …

… au noir

(I called out
to the darkness
I’ve been looking for my eyes)

en passant par le spectre de la lumière au complet.

Sur tous les tons

Toutes produites et arrangées qu’elles soient sur l’album, chaque chanson de MY WILDERNESS recèle un potentiel d’interprétations infini, gage d’une charpente bien conçue, d’une composition limpide.  Aussi, chaque occasion de concert sera la bonne : unique et témoin de l’ensemble de la démarche, de la danse.

Votre concert de Piers FACCINI sera celui-là. Portés, enveloppés par une note en voie d’extinction, une porte vers l’infini vient de s’ouvrir à nous.


La tournée MY WILDERNESS verra Piers FACCINI se produire la plupart du temps en trio, quelques fois en duo, et s’offrira ça et là le plaisir de quelques invités de renom : il n’en manque pas dans le cercle.

Pour le trio, Piers sera entouré de Simone Prattico (batterie, percussions) et de Kieran Smith (basse, violoncelle).

* * * * * * *

Pour acheter My Wilderness :
le label Tôt ou Tard (Europe) ou Six Degrees Records (Canada & U.S.)
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Into MY WILDERNESS : entretien avec Piers FACCINI

Le 26 septembre paraîtra le nouvel album de Piers FACCINI :  MY WILDERNESS.
Nous consacrons à cet événement une revue en deux temps, invités tout d’abord par l’artiste à pénétrer au cœur des choses.

“Le concept de MY WILDERNESS est en moi depuis mon premier album, LEAVE NO TRACE.  Mais à force d’écrire – et surtout de vivre – tu comprends de mieux en mieux quelle est ta démarche, quelle est ta marche, ta route.  MY WILDERNESS n’est pas juste un recueil de chansons ;  cet album a un vrai sens, une cohérence : c’est un accomplissement.»

* * *

Le coup de froid a surpris tout le monde ce dimanche 18 septembre à Claret.  Il est midi et le serveur du Café de la Place regrette sûrement son option T-shirt/bermuda au moment de nous servir en terrasse.  Nous avons rendez-vous avec Piers FACCINI pour parler du concept de son nouvel album : MY WILDERNESS.
Quelques gouttes de pluie nous refouleront à l’intérieur du bistrot de village, dans un joyeux bazar, dosé des commentaires du match de rugby (la télé), de franches rigolades (c’est l’apéro des papas), et d’enfants qui braillent (ils ont faim – où sont les mamans ?!).

Je ne sais plus trop ce qu’on a mangé, si le vin blanc valait le coup ;  juste qu’on avait peu de temps avant la répétition pour le concert de Piers avec le TRIO ZEPHYR ; alors on a plongé sans détour dans les grands espaces, on était là pour ça. Lire la suite

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TRIO ZEPHYR EN GRAND PIC SAINT LOUP

Ces filles ont du grain, dans la voix, dans le frottement des cordes vers les bois en tension. De ce grain par lequel la pierre des églises adoucit la lumière rasante.

Elles sont filles et c’est un sacré supplément au bénéfice de la musique.  Raillez ce lieu commun et balayez-en tous les clichés ; observez ce qui reste et convenez de ceci, vous qui étiez à Claret : du bout des doigts, au bord des lèvres, au fond du cœur, et à bras le corps, la musique prend naissance, se délie et dessine une vie d’émotions par la grâce de trois anges.  L’une la regarde s’élever du dedans ; l’autre la souffle en harmonies, la troisième la porte du regard jusqu’aux ciels de la voûte. 

Cette musique organique ose une langue maternelle, réveille un pouls vital, et nous dépose au bord du vaste monde, apaisés.

Ces choses-là se vivent de préférence au premier rang, si on ne craint pas de prendre en plein buffet le choc de l’onde, le cri primal qui ébranle ; on peut entrer alors en résonnance avec la musique qui prend corps, suivre son chemin initiatique, et franchir ses propres frontières. Chose faite dès le premier titre SAUVE TES AILES, éponyme du prochain album à paraître en janvier 2012.

TRIO ZEPHYR (Marion Daques : violon alto et voix mezzo soprano ; Delphine Chomel, violon et voix alto ; Claire Menguy, violoncelle et voix soprano) s’affranchit des démonstrations d’une virtuosité accomplie, dans cette sorte de maturité qui rend du plaisir à l’intensité.  Fort d’une expérience de dix années, le chœur de ces solistes affine sans concessions un caractère affûté et qui le restera.  Toutes soifs étanchées aux échos du monde, TRIO ZEPHYR livre son crû dans le grand concert des musiques qui aident à vivre.  A nos oreilles ébahies, des sons inouïs.  Dans ce langage de l’indicible, des réponses et du réconfort : nous sommes entendus.

Dans cette célébration intègre, certaines rencontres sont fantasmées, d’autres sont inscrites  Quelques cailloux blancs semés sur le chemin, fil tissé d’envies partagées, et voici venu le jour rêvé de l’épure, celui de l’acoustique cordiale des univers de TRIO ZEPHYR et de Piers FACCINI.  Du dernier, nous parlons souvent dans ces pages. La collaboration de Claire MENGUY (violoncelliste du TRIO) aux albums de Piers FACCINI et à une précédente tournée de ses concerts serait ce fil rouge d’une découverte mutuelle et des projets semés ? Merci Claire. Celui d’un partage dans l’acoustique d’une petite église couvait depuis quelques temps.  L’association BOUILLON CUBE a joué les bonnes fées en posant le cadre : une résidence d’artistes pour le TRIO ZEPHYR et l’invitation faite à Piers FACCINI pour le concert du 18 septembre en particulier.

Quelques repères ont suffit à l’un et aux autres pour accorder ce bel unisson de leurs timbres, de leurs grains, et de répertoires qui se parlent.  Et par cette invention naturelle qui naît des belles intentions, la fusion des manières de chacun des artistes a créé un ensemble nouveau, prodigieusement inventif, où l’on reconnaît et découvre en même temps.  Sur les compositions du TRIO ; Piers apporte une vocalise modulée, travaillée par le souffle et la dynamique dans l’espace ; ses guitares, et singulièrement le jeu bottle-neck sur la Dobro National, l’harmonica, ou encore le tambourino italien tantôt soutiennent ou ornementent de motifs plus sauvages et primitifs le tissé délicat du TRIO .  Jesce Sole, salutation napolitaine au soleil, donnée a cappella, a résonné à Claret d’une intensité particulière, écho d’autres éditions de ce chant, vécues dans des lieux autant chargés d’Histoire (le Théâtre antique de Vienne – juillet 2010, et la chapelle romane de Saint Etienne d’Issensac – juin 2011).

La nouvelle chanson de Piers FACCINI : Three Times Betrayed  illustrera la symbiose intuitive, l’accord parfait, la vie riche et son infinité de reflets, dans un dialogue idéal entre voix et instruments , poussé en toute liberté jusqu’à sa conclusion naturelle par des artistes enchantés.

Fallait-il un coda à cette alchimie ?  Il fut donné par une improvisation commune, déployée avec grâce par TRIO ZEPHYR et son invité, orfèvres d’une note parfaite.

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La résidence d’artistes de TRIO ZEPHYR en Grand Pic Saint Loup, organisée par l’association BOUILLON CUBE, permet au TRIO de préparer les concerts qui accompagneront la sortie de leur troisième album en janvier 2012.  La sortie de résidence le 30 septembre 2011 sera l’occasion d’un concert sur le site de La Grange au Causse de la Selle, chez BOUILLON CUBE. Ne le manquez pas !

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Pour aller plus loin:

http://www.myspace.com/triozephyr

http://www.piersfaccini.com/

http://www.bouilloncube.fr/

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La route de la Voix #3: Piers FACCINI et Dom PINTO

aquarelle Piers FACCINI 1993

Initiée en juin dans le recueillement de la chapelle de Saint Etienne d’Issensac , la Route de la Voix s’était exposée en juillet aux vents fous de Saint jean de Buèges.  A ses pèlerins que le chemin a fourbus, elle offre en août la quiétude et la fraîcheur, la délivrance au bout de la quête.

Il faut d’abord s’extraire du long boyau infesté de marchands qui grimpe de La Clamouse à Saint Guilhem, louvoyer entre les blocs de rochers à la vitesse du désir, puis – sur cette lancée – propulsé dans l’air clair du Causse, dériver jusqu’à La Grange et se poser comme une bulle sur la plus haute branche de la plus haute yeuse du site de Bouillon Cube.  Savourer les bruits de cette paix qui se palpe, y reconnaître des amis, et les rejoindre enfin.

C’était le 17 août dernier  à Causse-de-La-Selle, site de La Grange, la troisième et (provisoirement ?) dernière étape de La Route de la Voix, mini-série de concerts impromptus de PiersFACCINI.  Organisées par l’Association Bouillon Cube, ces rencontres ont associé quelques lieux intimes des Cévennes à un format de récital cher à Piers FACCINI : public restreint, acoustique naturelle, performance unplugged et éphémère pour rendre tout son pouvoir à la mémoire émotive ( Leave no trace).

Le site de Bouillon Cube à La Grange avait ce soir toutes les allures d’un caravansérail.  Avec sa grande bâtisse d’épais moellons, son réfectoire en plein air disposé à l’ombre bienveillante des grands arbres, son écologie joyeuse et le sourire de ses hôtes, la sensation d’accueil, de refuge, et de soulagement s’y ressent presque physiquement : être de passage et pourtant se sentir chez soi!
Le caravansérail, ne sont-ce pas des routes qui se croisent, des histoires qui s’échangent, des amitiés qui se nouent, des denrées qui se troquent, et des artistes qui font vibrer la nuit ?
Vous reconnaissez-vous, chacun ? D’où veniez-vous ce soir-là ? Voyageur, estivant, amateur musico-bucolique, faccinien invétéré, ou tout à la fois ? Dans vos sacs quelles histoires, quels fardeaux, quels espoirs ou quelles résolutions ? Qu’apportiez-vous à la fête ?  Quelle allait donc être votre expérience ?

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SAUVE: a place for me!

Il est des journées, ou des après-midi, dont le déroulement, certains événements, ou encore toute autre madeleine-de-Proust vous arrache au temps présent et vous rejette dans un vécu antérieur, palpitant des émotions d’alors, impatient d’en (re)vivre les surprises.

De longues heures de taille et de débroussaillage aux jardins, dans la chaleur écrasante de cet après-midi, m’ont donné le goût impérieux de la rivière. J’ai goûté cette eau douce au crépuscule, lentes brasses dans un pool du Tarn déserté.

Il y a quelques semaines, roulant vers Sauve en compagnie d’excellents amis, combien de fois ai-je sublimé les eaux de la Vis, de l’Hérault et du Vidourle pour apaiser l’esprit et délier le corps, aborder dans cette sorte de paix un récital qui s’annonçait entre parenthèses …

La Maison des Comtes à Sauve (Gard) agrémente en effet ses expositions de soirées dédiées au spectacle vivant, pour des audiences nécessairement confidentielles compte tenu d’un espace réduit.  A vrai dire, au vu de cette annonce, nous attendions plutôt quelques chansons saupoudrées au long d’un vernissage limite mondain, comme la société cosmopolite d’un certain ‘sud-de-la-France’ les prise beaucoup !
Eh bien pas du tout !  Mais alors pas du tout !!  Arrivés de bonne heure (on n’avait pas pris le temps de se baigner donc !), nous voici attablés à la joyeuse – petit vin local aidant – dans un jardin de bambous, attenant à la Maison des Comtes : Piers Faccini peut arriver !
Il y a sans doute plusieurs façons d’expliquer ce qui s’est passé ensuite.  Une certaine stimulation créée par l’ambiance particulière de cette maison d’artistes, par la tradition des événements choisis et soigneusement préparés qui s’y déroulent : certainement, l’artiste Piers Faccini est chez lui.  La jauge à 50 personnes dans une petite salle ancienne, les tapis et les bougies, Piers au plus près , …  la soirée s’apparente plus à une veillée qu’à un concert proprement dit.  Un peu tout cela à la fois, ou alors un supplément de magie  a transformé ce Salon de Musique  en cabane d’enfant, en clairière, en coin du feu, en bord de rivière.  Je veux dire : chacun son meilleur décor, son plus pur phantasme, ou chacun à Sauve, plus simplement, dans une paix rendue possible par la contribution générale à la tonalité subtilement équilibrée de l’ambiance.

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La Maison Jaune

On se disait depuis les débuts de ce blog, qu’un jour il faudrait que nous expliquions le pourquoi du comment de son intitulé … Dissiper un peu les brumes de notre « about »

Voici, donc.

A la base, nous avions une envie commune, de célébrer, partager, éditer, disions-nous.

Parler de, propulser, faciliter, mettre au jour, exploiter des gisements, des filons, suivre nos intuitions, inviter à explorer les chemins de traverse … Editer ? Oui mais comment ?

Naquit de cette réflexion, un jour, un dialogue :

- Toutes les belles histoires commencent par un délire ! Allez, on commence : “Il était une fois …” (tu continues ?)

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