La Route de la Voix # 1 : Piers Faccini et Francesca Beard

Sud-Cévennes avant l’été. Caresses à la pierre Romane. Derniers recueillements sur le seuil de la chapelle: c’est le départ de La Route de la Voix.

(Saint Etienne d’Issensac -  4 juin 2011)
 

Tout entier dévolu à l’accomplissement de son projet artistique, Piers FACCINI inaugure en montagne un cycle initiatique de concerts éphémères, perles invisibles semées sur la route du nomade sidéré, en quête du sens du son, de la musique célébrée, et de lieux qui élèvent l’âme.

C’est une idée naissante et qui le restera.  Une chapelle, un vieux château, une clairière, .. avec leur charge d’histoire et leur acoustique naturelle. Ce soir-là Saint Etienne d’Issensac. En juillet, Saint Jean de Buèges. Le Causse de la Selle en plein août. D’autres lieux à suivre, sans doute. Piers FACCINI invite un artiste et partage avec lui un répertoire choisi, pour un public restreint. Toutes les volontés réunies accouchent ainsi d’un événement chaque fois unique, volatile, et qui pourtant irrigue, à la manière d’un filet d’eau, d’un ruissellement de pluie: Leave No Trace. Les mots peut-être, seuls en écho, tenteront le témoignage au fil de ces trois premières dates, pour que se perpétue La Route de la Voix.

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L’OR DE SUAREZ

GARDEL Quartet – Le concert de Millau en Jazz (5 mars 2011)

Il en va des moments de grâce comme de certains matins d’été: ils inondent la chambre à mesure qu’on ouvre les volets.  Pleine mesure, oui, l’autre soir à Millau, dans la générosité des quatre artistes emmenés par Lionel Suarez et la ferveur d’un public accueillant.

Carlos Gardel, “le plus célèbre chanteur et composteur de Tango”, était une invitation bien inspirée à libérer un lyrisme musical des plus réconfortant par les temps qui courent. Devant nous, donc: Lionel Suarez, l’accordéoniste multi-scènes surdoué que les plus grands réclament, instigateur et cheville ouvrière de ce brillant projet; Airelle Besson: on oublie vite que c’est rare, une fille à la trompette – Airelle fait partie des magiciens capables de révéler l’intime de cet instrument; Minino Garay, percussionniste Argentin et ce n’est pas tout: voix d’or, intuition, charisme incroyables – voici un showman!; Vincent Ségal, un prophète sans piédestal, maître d’inventions inouïes, tant de couleurs du monde dans les cordes de son violoncelle libéré.

 

De ces quatre virtuoses, affamés de rencontres et de projets atypiques, on retrace aisément le grand chemin d’excellence, planté de distinctions et de productions remarquables.  Quelques liens y renvoient, proposés ici en fin d’article.  Mais peu importe, en réalité.  Ce que ces pedigree renseignent entre les lignes, c’est l’immense culture musicale d’artistes qui ne semblent avoir d’autre pulsion, d’autre instinct que de partager tout ce qu’ils ont, tout ce qu’ils sont, dans un va-tout de flambeurs joyeux.  Avec une différence: joueurs de poker sans le calcul, chercheurs d’or sans la fièvre qui aveugle, nos prospecteurs pressentent qu’ils ont tout à gagner dans cette ruée dont ils savourent chaque enjambée.  Grands princes, ils nous invitent à leur table, et quelle table!

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Dans cette lente spirale de tendresse (Les Rêves Dansants)

En confiant aux  mains d’adolescents inexpérimentés la semence de son ballet Kontakthof (1978), la grande Dame de la Danse contemporaine allemande ne cherche pas le coup de lifting improbable dont son œuvre n’a de toutes façons pas besoin.  Fidèle à un processus créatif qui la voit accoucher d’êtres dansants, Pina Bausch guide les premiers pas de jeunes personnes balbutiantes dans l’exploration émouvante d’eux-mêmes et de leur rapport aux autres.

Dans cette lente spirale de tendresse, des femmes et des hommes sont nés.

 

Les rêves dansants – Sur les pas de Pina Bausch (Tanztraüme) – Documentaire – Réalisation Anne Linsell et Rainer Hoffman – Allemagne 2010 – 1h29′ – prod. Tag/Traum – WDR

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Voici, les amis, un bouquet de talents.  L’heureuse conjonction d’impudeurs et de séductions, le ravissement de corps autrefois prisonniers, les pleins feux d’un grand ballet.  Voici un film d’aventure, d’audace, et de douceur.

Pina Bausch est née dans le giron de la  “danse-théâtre” à la Folkwang-Hochschule de Essen, en Rhénanie du Sud.  L’Amérique la découvre à la sortie de la prestigieuse Julliard School de New York, et lui offre un parcours lumineux qui culminera là-bas avec son engagement au sein du Metropolitan Opera et du New American Ballet Cette célébration de la parole et de la danse, ce “théâtre de la danse” constitue l’apport le plus remarquable de Pina Bausch à la danse contemporaine. De retour en Allemagne au début des années ’60,  elle poursuit dans cette voie au travers de prestations de soliste, de chorégraphe ou de directeur artistique.  En 1973, elle prend la direction du Tanztheater de Wuppertal, qui incarnera longtemps le fleuron du ballet Allemand.

Les rapports homme/femme, la relation entre la séduction et la violence, et plus largement la communication humaine sont les thèmes récurrents de ses créations. Solliciter la vie, explorer l’anatomie de chaque danseur pour construire son personnage, telle est la méthode de travail de Pina Bausch.  Elle nous fait penser à l’école américaine de l’Actor’s studio, dédiée aux comédiens, et qui fonctionnait sur les mêmes ressorts.

En 1978, Pina Bausch crée Kontakthof, une chorégraphie de la séduction et de l’amour, une singulière danse de l’exploration “(…) un lieu où l’on se rencontre pour nouer des contacts, se montrer, se défendre, avec ses peurs, avec ses ardeurs.  Déceptions. Désespoirs. Premières expériences.  Premières tentatives.  De la tendresse, et ce qu’elle peut faire naître.” En 1999, Kontakthof est remonté avec des danseurs-acteurs seniors, afin de charger le propos du poids de l’existence.  Le résultat est émouvant et surprenant.

La gageure d’une distribution adolescente, c’est bien entendu concilier – ou exploiter? – la confusion propre à ces âges particuliers avec le propos universel du ballet.  Arrivent donc quelques dizaines d’ados,  vaguement volontaires, un peu bravaches, et tous inconnus au bataillon des pointes et des entrechats.  Qu’à cela ne tienne: ils sont d’accord pour jouer, un peu, et il s’y prêtent dans la confusion des premiers pas.  Certains se cabrent lorsqu’une pudeur trop familière les envahit.  Dame, à ces âges, la tendresse “c’est avec Maman , et les caresses, pour mes chats!”.  Alors, pour une tape sur les fesses, ou un déshabillage fille/garçon tout en minauderies, imaginez les valises de patience et de confiance en soi …! Mais quel voyage!  Et quels cadeaux de la part de ces filles et garçons dès qu’ils s’approprient ce travail d’équilibriste.  S’y mêlent leurs bouffées de désirs ados d’être eux-mêmes, l’envie de bien faire – stimulé par une complicité touchante avec les répétitrices (Bénédicte Billiet et Jo Ann Endicott), et bientôt des morceaux de leurs déjà longues vies: sentiments reclus, émotions étouffées, convictions censurées.

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Ecrire sur le sable

A propos de PLATONOV, d’Anton TCHEKHOV, par la Compagnie MACHINE THEATRE

Par les temps qui courent, lorsque la brutalité décomplexée et la résignation miséreuse éteignent une à une les étoiles à nos firmaments, n’y aurait-il pas urgence à célébrer le poète et à fréquenter davantage le spectacle vivant?  Voltigeurs par-dessus les abîmes et les vasières, l’auteur et l’artiste – pourvu qu’ils soient humbles, généreux et sincères, plus que virtuoses – ne seraient-ils pas notre chance, notre plasma régénérateur, notre indispensable questionnement pour retrouver du sens?

 

La jeune Compagnie Machine Théâtre n’a d’autre boussole que celle qui conduit à débusquer la vérité absolue dans l’épaisseur de la vie.  Pas d’autre dynamique que celle, collective, qui électrise son “chœur de solistes” dans un engagement total au service du texte-matrice.  Et tout s’éclaire lorsque s’alignent ou s’organisent, avec l’évidence d’une constellation, leur acte de foi, l’univers d’Anton Tchekhov, et cette adaptation de son Platonov tout particulièrement.

La comédie de mœurs n’a jamais simplement représenté pour Tchekhov un genre littéraire où il excellerait à illustrer avec talent la fameuse “âme russe”, déclinée en mode théâtre.  Pas plus que Machine Théâtre ne prend prétexte de ce fleuve de mots et d’une peinture luxuriante de la condition humaine pour donner du champ aux virtuosités individuelles – termes absents de l’ADN de la compagnie.

L’un et l’autre courent en effet un tout autre galop! Lire la suite

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Piers Faccini et Vincent Ségal en duo : Entre grâce et ferveur

Dans le cadre du XVe Festival International de la guitare, le JAM de Montpellier accueillait mercredi 6 octobre les deux musiciens pour une soirée exceptionnelle, dont les maîtres-mots demeureront : intimité et enchantement.
On aura bien palpé ce soir la complicité éprouvée de ces deux artistes complets, née sur le pavé des streetsingers qu’ils furent à leurs débuts – il y a plus de 20 ans. Puis, c’est pour chacun un chemin qui se dessine, ponctué de retrouvailles sur quelques «bon plans» : une apparition dans le concert de l’un, une ou deux pistes sur l’album de l’autre. La braise, ça se couve!
Vincent Ségal* et son violoncelle, il y a tant à dire, c’est … tous les continents si on s’y met, et une vaste culture musicale sur quatre cordes.  Pour ce soir, mettons-le juste dans l’axe de Piers Faccini* – et c’est déjà énorme.

Le répertoire choisi est essentiellement celui de Piers Faccini, avec une sélection adaptée à ce duo.  Elle va assez naturellement privilégier - mais pas seulement – des titres issus de l’album Leave No Trace, produit en 2004 par un certain Vincent Ségal.

Nous avions assisté en juillet dernier au concert de Piers Faccini et Vincent Ségal en clôture du festival Jazz à Vienne. Le dernier concert d’une généreuse Jazz Mix Night : oui, une nuit entière de musique, et puis ce récital, à l’heure où le soleil se lève. Nous étions dans un drôle d’état, proche de l’hallucination, pour recevoir ces versions revisitées d’un répertoire assez connu.  Un ange était passé sur cette aube-là …

Au JAM, le set démarre dans une amorce des plus intime, lorsque Piers pose son Jesce Sole comme un petit oiseau dans votre main. On retient son souffle mais pas lui : il chante juste doucement, sans se retenir néanmoins. Avec cette chanson Napolitaine, comme naguère avec Deep Blue Sea ou New Morning, chantés a cappella en tout début de récital, il est capable de pénétrer au coeur de notre attente dès les premières notes : c’est un mystère ou son miracle, comme on voudra.
Sans transition,  Vincent glisse vers Circles ’round You, dans le même registre de confidences. Arrive Where Angels Fly. Un morceau mythique pour les fans, de plus en plus attendu depuis que Piers le projette dans le cosmos de ses délires psychédéliques avec loops et effets. Les spectateurs de ses derniers concerts en duo avec l’époustouflant batteur Simone Prattico peuvent en témoigner.  Mais là, pas de Simone, pas de pédales, pas de loops, et un ton de confessionnal depuis le début ! Alors ??! Alors c’est Vincent qui fait le boulot, sur un violoncelle qu’il fait pleurer, proche du sitar.
Les ressources de ce virtuose inspiré sont infinies : on entendra encore de la contrebasse autant que du fiddle dans ce concert !!  Il nous offrira en outre une belle démonstration de sa capacité d’invention et d’improvisation.

Sans aucun doute, Jesce Sole, Circles ’round You, Where Angels Fly, composent un triptyque qui donne le ton, qui pose le concert : là on a compris qu’on était à l’intérieur du tabernacle.

(Les yeux fermés, je reçois, je reçois, je reçois … un flot d’énergie, une vague qui emporte, exporte, reporte, transporte, va, vient, berce. Rien de brutal, je m’y laisse aller en confiance. Et je vogue loin.)

L’ange de Jazz à Vienne n’est pas très loin, perché tout là-haut sur une poutre de la jolie charpente qui surplombe le public charmé du JAM.  Est-ce sa présence qui élève le spectateur, chacun dans son cercle intime ? Lui qui ouvre le coeur pour comprendre l’enjeu de ce concert, que Piers place sous le signe de l’amour de la musique et de l’amitié ? Chaque spectateur va prendre son temps, oser les pensées que cette musique lui inspire, les formuler tout bas, comme nous le faisions à Vienne :

(Les chansons savent où nous trouver, mènent à la rencontre entre l’artiste et la vision donnée par l’ajustement de notre prisme à un certain moment.
Je prends, j’accepte, sans lutte, en reconnaissance.)

La suite est à l’avenant, ce qui ne veut pas dire sans surprises.
On est toujours surpris et heureux de retrouver de vieux amis : les covers chaleureuses de Mississippi John Hurt et son Make Me Down a Pallet on Your Floor, Townes Van Zandt et Quicksilver Daydreams of Maria nous ramènent à Jazz à Vienne :

(Chacun de nous aura reçu. Beaucoup reçu. Son moment rien qu’à lui, et lui seul saura pourquoi. Nous repartirons tous plus riches. Une parcelle de bonheur, des braises auprès desquelles venir se réchauffer lorsqu’il fera un peu plus froid. Des braises à partager, un feu sur lequel souffler, à tour de rôle ou tous ensemble.
Pour que la musique vive toujours.)

Catch a Flame, en harmonie parfaite avec les deux artistes et l’écoute du public à ce moment-là, introduit et gentiment “fermé” par Vincent sur des notes pures, filées … C’est le morceau le mieux ressenti par Piers sur ce set, nous avouera-t-il plus tard !  To See is to Believe, rare en live et ici dans une version magique, également soulignée par Piers.  Each Wave that Breaks en final (avant les rappels), dans une version aussi intimiste que dans le liveincam, un webconcert italien diffusé l’hiver dernier. (voir la vidéo sur Liveincam)
Il faut citer No Reply, un titre tout neuf qui figurera sans doute sur le prochain album.  Doux-amer, sombre par le texte, bien enlevé  par le rythme et la mélodie ; un titre écouté dans une sorte de recueillement, comme chaque fois qu’on reçoit une faveur !

C’était une bulle hors du temps, oui, et deux magiciens aux cordes et au coeur. Leur art fut de construire un cadre intime qui accueille autant la ferveur et la délicatesse que la détente, qui favorise le déploiement d’une forme de beauté et laisse le temps aux commentaires amusés des deux complices.

(Piers et Vincent nous ont offert d’être témoins de cette très belle osmose. Leur joie de jouer ensemble faisait plaisir, vraiment plaisir à voir. Et cela se ressentait dans les interprétations. Piers était puissant ce matin-là, très fort. Fort de ce soutien peut-être, fort de leur bonheur. Vincent, lui, rayonnait et tout semblait si facile. Touchés par la grâce, nous avons été touchés en écho.)

Les hasards (qui n’en sont pas !) nous auront également offert deux autres bonheurs ce soir.
S’être placé un peu par défaut hors du champ de diffusion des grandes enceintes nous aura donné l’impression d’assister à un récital presqu’acoustique. Les heureux détenteurs d’un billet pour le concert de ce duo à Saint-Eustache (Paris) en novembre prochain goûteront, eux, pour de vrai à cette qualité.
Ensuite la rencontre avec une spectatrice particulière : Claire Menguy*, brillante violoncelliste sur un titre et une bonne partie de la tournée en 2009 de l’album Two Grains of Sand, de Piers Faccini. Claire Menguy est membre du Trio Zephyr (cordes et voix), dont l’album Le lendemain Matin, magnifiquement inspiré,  mérite une écoute attentive. On emprunte d’instinct à la pochette de leur album cette citation fort appropriée :

« Pourquoi la musique existe-t-elle, sinon pour porter secours au plus malheureux, pour le sauver dans les pires circonstances, rendre son cœur à celui qui l’a perdu ? Ce n’est pas le musicien qui compte, ni la musique non plus.  L’auditeur seul est cette étoile qui se lève, inattendue et impossible, dans le ciel de sa détresse ; la chaleur dans son froid ; l’espérance inconnue dans l’océan connu et tourmenté du désespoir. L’amour est là.  Ni dans celui qui donne ni dans celui qui reçoit, ni même entre les deux : il est l’échange de l’un à l’autre. La musique est cet échange ; le musicien, celui qui le commence »
(Shakespeare in «La Tempête»)

L’ange, là-haut, approuve d’un battement d’ailes.
(La tête dans les étoiles pour encore longtemps …)

Idéïous et Lisa

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* Pour poursuivre la balade :
Avec Piers : Le site de Piers (avec des surprises et des merveilles à découvrir et emporter)
Avec Vincent : Le site de Bumcello (Vincent Ségal et Cyril Atef)
Avec Claire : et le Trio Zephyr
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Parole d’auteur : Etienne Bours (suite)

 

(propos recueillis par Ideïous, seconde et dernière partie)

Les compositions de Pete Seeger sont irrésistiblement entraînantes, elles appellent une reprise en choeur par le public, que Pete sollicite d’ailleurs assez systématiquement en concert.  Cette connexion qu’il installe est d’une grande ferveur; ses chansons sont littéralement portées par tous.
D’où vient cette magie?  Ces chansons sont-elles construites sur un modèle particulier?  Comment ça marche?!

Il n’aime pas chanter en concert, il aime chanter de concert. Il n’aime pas chanter pour, il aime chanter avec. C’est aussi simple (et compliqué) que ça. Son credo c’est participer. La chanson se partage obligatoirement. Chanter est un plaisir, il aime profondément la musique mais pour lui ça n’a de sens que ensemble. Il existe des images filmées remarquables où on le voit s’arrêter sur scène pour écouter le public chanter et on le comprend parce que son public chante souvent magnifiquement. Et Seeger applaudit le premier à la fin du morceau.  Il a poussé des milliers de gens à chanter, à se décomplexer, à oser, à prendre des libertés avec les airs traditionnels mais à entrer dedans, à se les approprier et à les continuer, les relancer, les rechanter. C’est vrai que la ferveur peut être terrible, au point qu’il a fait changer des gens d’avis parce qu’ils ont compris.

Ce n’est pas étonnant que certaines personnes n’aient rien compris aussi et que dès lors il est arrivé souvent qu’on le taxe de boy-scout. Tout simplement parce que certains n’aiment pas cette impression qu’ils ont d’être à un feu de camp. Mais on ne chante pas ce genre de chansons à un feu de camp !

Le fait qu’il a passé des années à chanter en école (il le fait toujours – il va sortir un disque prochainement avec des enfants de sa  région) est significatif. Quand il a compris qu’il pouvait emmener les enfants dans son chant et qu’ils y prennent plaisir en le comprenant de l’intérieur, il a compris qu’il pouvait faire la même chose avec les adultes. Ce qu’il a de toute façon fait dès le début en faisant reprendre des chants par des travailleurs, des grévistes, etc.
Le FBI l’a fiché notamment parce qu’il entraînait les gens à chanter avec lui – c’était donc un homme dangereux que les autres suivaient … Lire la suite

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Parole d’auteur : Etienne Bours (première partie)

(propos recueillis par Ideïous)

Journaliste, conseiller artistique, auteur, conférencier, producteur, chargé de formations, Etienne BOURS revendique sans doute avant tout l’ardeur du chercheur. Son ‘Dictionnaire thématique des musiques du monde‘ (Fayard 2002), a publié un travail admirable, organisé dans le souci de la pédagogie et de la transmission qui ont été au coeur de sa mission au sein du réseau des médiathèques belges durant des dizaines d’années. Son émission radio hebdomadaire ‘Terre de Sons‘ (Musiq’3 / RTBF)(**)tient du même élan, pour partager avec le plus grand nombre les trésors infinis des expressions musicales identitaires, encore plus riches lorsqu’elles se croisent. Sur un agenda professionnel désormais plus “choisi”, Etienne BOURS a rapidement souhaité enrichir l’écoute des musiques du monde en éclairant le contexte dans lequel la musique est produite et entendue: Le sens du son (Fayard 2007).

Avec son dernier opus: Pete Seeger – Un siècle en chansons (Editions LE BORD DE L’EAU, juin 2010)(*), Etienne BOURS révèle sa quête toute personnelle du “sens du son”, s’attachant à un artiste emblématique qui lui semble résumer tout ce qu’il cherche – et depuis si longtemps – dans la musique populaire. Un accomplissement.

Je l’ai invité à dévoiler ici la belle histoire de sa route vers Pete Seeger. Il le fait dans un style direct et passionné. Lire la suite

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Six Rois Mages: OnEira sextet

Prochains concerts:

15 fevrier – Région En Scène – Aubagne – (13)
09 avril – Planète Musique – Nanterre (92)
04 mai – Stanser Festival – Suisse
02 Juillet – Haapavesi Folk -Finlande

En prélude aux prochains concerts du sextet et de ses probables invités, nous livrons ici le compte rendu de leur récital du 28 mai 2010 à Millau (Aveyron), organisé par l’Association ‘Millau en Jazz’

* * * * * *

Avant OnEira, j’étais un peu né. En jeunesse, j’avais tenté davantage. Éveillé mes sens dans le désordre odorant de nos cités du sud. Cherché un départ, endormi sur le pont des ferries, entre Crète et Cyclades. Phantasmé un lointain dans la compagnie d’Iraniens en exil.

Et puis, si vous me comprenez, il fut temps de “vivre au pays”, de gratter son jardin, de penser à construire. Très bien. J’ai vraiment essayé.

Un jour, j’ai trouvé un cerf-volant lâché par un enfant qui lui avait confié ses rêves: étrangement il était à ma taille, je veux dire qu’il m’a semblé le reconnaître. A suivre ce fil, à ne pas perdre la voile des yeux, j’ai réappris à regarder les ciels et les nuages. Et une voix disait: Toi, tu vois.

C’est en baissant la tête que m’est apparu le pays soi-disant imaginaire, le vrai vaste monde d’OnEira, avec ses racines et ses grands vents, avec ses villes et les rumeurs de ses gares routières. La Méditerranée est son foyer; l’Asie mineure, sa montagne; la fraternité, sa réserve naturelle. Et l’Occitanie, notre passerelle. Je m’explique. Une culture lointaine, une expression artistique venue d’un autre continent peut nous séduire, voire nous fasciner, et nous demeurer cependant exotique, extérieure. Pour l’approcher, pour la comprendre, et un jour la ressentir, il nous faut davantage: l’expérience d’une vie commune, le chemin partagé d’un passeur, ou un territoire de rencontres et d’échanges. L’Occitanie est pour nous le lieu de ces transmissions. Lire la suite

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GRACE AND DANGER – John Martyn, une bonne étoile pour Piers Faccini

« Si j’avais réussi à plus me contrôler, je pense que ma musique aurait été beaucoup moins intéressante. Au bout du compte, ce qui est important, ce ne sont pas les personnes; c’est la musique. »

Ce genre de choses qu’on peut dire au soir de sa vie, au petit matin d’une nuit de déprime, ..   Toute une vie résumée d’un flash: la vie de John Martyn, auteur de cette sentence.

Avec quelle pudeur nommerons-nous ce que le patrimoine culturel de l’humanité a reçu au prix de vies brûlées, de douleurs jamais éteintes?  Sacrifice? Je ne crois pas. Reflets, plutôt, échos du paradoxe de cette magnifique hésitation congénitale de l’ Humanité, entre grâce et danger.  Tragédie et chef d’oeuvre: voici, (trop) vite fait, John Martyn.

EN PISTE

On est dans la matrice Folk, Blues revival Britannique des années ’60. Beaucoup d’ingrédients mijotent dans la marmite et Woodstock est dans la ligne de mire. A Glasgow (UK), un ado teigneux, parents chanteurs d’opérette, vire son acné en choisissant la guitare comme mode de vie. C’est qu’il est rapide, doué, et déjà inspiré. Il sait faire et on le remarque. Harry Imlach, chanteur-guitariste en vue, le chaperonne une petite année et l’introduit en ‘guest set’ au milieu de ses concerts dans les clubs écossais, puis londoniens. Parmi ceux-ci, « Les Cousins » est une de ces scènes fameuses où défilent les Joan Baez, Bob Dylan et consorts ..

Initialement catalogué ‘Folk Celtique’, John Martyn va rapidement évoluer vers son propre style, tirant déjà vers les sonorités Jazz, en déployant une spontanéité, un goût pour l’inattendu et une prédisposition à la prise de risques qui deviendront les pierres angulaires de sa personnalité d’artiste. Il fera grosse impression dans ce circuit un peu convenu en y injectant une dynamique beaucoup plus inventive. Rapidement, il y tiendra ses propres concerts. C’est là que Chris Blackwell, patron de l’emblématique label Island, le signe en 1967 pour un premier album (London Conversation)..

Pour Island, LE label des musiques jamaïquaines, c’est aussi une nouvelle tranche de vie: John Martyn est son premier artiste « blanc ». Suivront bientôt les Spencer Davis Group, Jethro Tull, Free, .. au point de positionner Island comme le label leader du « Progressive Rock » à la fin des années ’60.

Plus accaparé par la maturation de sa musique que préoccupé par son statut de star en devenir, John Martyn va désormais multiplier les expérimentations artistiques au gré de son inspiration et de ses rencontres: addition de lignes de flûte (The Tumbler), ensemble instrumental complet (Stormbringer), duo de légende avec le bassiste (acoustique) Danny Thompson (depuis l’album Road to ruin jusqu’à la fin des années ’70), glissement vers la guitare électrique, découverte du déphaseur et des technologies Echoplex et Fuzzbox (sur le fameux Solid Air de 1973) , expérimentations à la base du trip-hop, période « rock-band’ aux ambitions plus commerciales lors de son passage chez Warner),etc., etc. L’imprévisibilité du tempérament de l’artiste et sa vulnérabilité aux accidents de la vie décideront du destin de sa musique.

Toutes les cartes passeront à sa portée et il en saisira la plupart, mais pour quelle bonne fortune?

TRAJECTOIRE ET HISTOIRES

Jeune poulain chez Island , le voilà embarqué en 1969 à Woodstock dans le sillage de la production de l’album de son épouse, la chanteuse Beverley Kutner. Appelé en renfort sur les guitares, il y rencontrera The Band’s Levon Helm – des pointures – et Jimi Hendrix, hôte régulier des WE dans la villa louée par la production. Impressionné, le jeune John, et motivé de plus belle. Il écrit et propose des chansons pour cet album et le suivant, qui seront finalement publiés sous le double nom de John et Beverley Martyn! La carrière solo se construira de facto, avec les maternités de Beverley. Mais c’était inévitable: John est lancé, sur orbite, son énergie, son tempérament doivent en passer par là. L’homme ne s’arrête jamais, enchaînant les tournées avec les sessions d’enregistrement au finish, des jours et des nuits pour trouver la fièvre et l’adrénaline propices à la création. Sortir des disques comme d’autres écrivent des journaux intimes. Durant cette période solo des années ’70, John joue et expérimente avec le bassiste Danny Thompson (ex-Pentangle). Ces deux-là formeront un des plus extraordinaires duo en terme d’improvisation et d’imprévisibilité, de folie. « Jamais on ne discutait de la musique ou de la poésie de John. Il ne me donnait aucune instruction. On le faisait, c’est tout » (D.Thompson).

Revenons sur la chanson Solid Air (1973), cri du ventre et du coeur pour un grand ami. Une main tendue désespérément pour atteindre Nick Drake, dont la dépression s’était sérieusement aggravée au point de menacer leur solide amitié. John Martyn s’empare du désarroi de Nick Drake mais en parle d’une façon très délicate et ressentie. Son décès l’année suivante laissera longtemps John dans le remords de n’avoir pas fait assez. « Nick était un homme magnifique (…) Il a été tué par l’opportunisme indécent et parasite qui prévaut dans le music business » (JM)

Retour aux concerts, aux sessions. Pour s’étourdir? A vrai dire, il y a déjà un dossier. Les problèmes de santé sont diagnostiqués depuis longtemps et la fatigue, les abus n’arrangent rien. Et une blessure plus ancienne, intérieure celle-là, commence à affleurer. Un blessure que John tentera de refouler avec la dernière énergie. Certains auront du mal, désormais, à reconnaître en privé l’artiste doux et romantique suggéré par tant d’albums inspirés. On termine les années ’70 sur une longue et épique tournée promo avec Eric Clapton. Trous d’air et grosses secousses.

A ce rythme de dingue, John Martyn ne pourra éviter le divorce. Hébergé un temps par un Phil Collins à peu près dans la même situation, il commettra un album-catharsis: Grace and Danger, produit par P.Collins. Une douleur tellement à vif que Chris Blackwell, effrayé, retient près d’un an la sortie de l’album. Rien ne sera plus comme avant. L’autodestruction semble enclenchée. Au même moment, Phil Collins sort Face Value et rencontrera le succès que l’on sait aujourd’hui. John Martyn, lui, reste l’artiste favori de la critique. A coup d’albums essentiels, à l’écart des modes et sans grand tapage. Et sans véritablement rencontrer le « grand public ».

Alors bien déboussolé par ailleurs, John se lasse et décide qu’il est temps de disposer des moyens de réaliser un « grand album ». Warner (WEA) les lui offre. C’est le virage commercial, le temps des préoccupations d’argent et de carrière. Exit le bassiste complice, John joue désormais avec un rock band sur d’interminables tournées promo. Sa musique, de plus en plus rapide et agressive, perturbe les fans. Mais rien ne décolle. Embourbé dans des problèmes financiers et toujours l’alcool, John jette l’éponge et revient chez Island. Chris Blackwell est heureux de produire One World, l’album de la renaissance en quelque sorte, surprenant avec des prises réalisées en plein air (Small Hours).

Insatiable John Martyn. Le voilà qui s’embarque dans un nouveau trip avec le label Go!Discs et l’ingénieur du son Stefon Taylor, biberonné au Hip Hop. La musique d’abord, il dit. Mais John est toujours sur la pente et il semble même accélérer le tempo: il passe autant de temps à l’hosto (éclatement du pancréas, amputation d’une jambe) que ses frasques s’étalent dans les rubriques des faits divers (pas de détails, please!). Mais « J’ai choisi la route. J’ai choisi la bagnole. C’est mon choix. C’est la faute à personne d’autre! »

Alors, la suite, c’est vite vu. Retraite en Irlande. Troisième mariage avec une Theresa affectueuse au possible. Rencontre avec le Bouddhisme Zen … Il y a des mieux et la qualité du boulot – désormais on enregistre à la maison – s’en ressent. Optimisme? Pour le coup, l’artiste se fait pudique: « Bah, vous savez, il y aura toujours cette mélancolie pour griffer ma nature profonde ». Alors, pulsion de mort ou addition salée d’excès mal gérés? Les deux, mon général. Retenons plutôt l’élégance du désespoir, et les poignantes prestations des derniers concerts. Epuisé, le grand homme rend son dernier souffle en janvier dernier, 2009. Too bad, Johnny! (emprunté à Johnny too bad, titre du documentaire de la BBC – 2003)

MUSIQUE DROIT DEVANT

La musique et la recherche auront donc déterminé en grande partie la destinée de John Martyn.

Une forme de sincérité dans le travail créatif qui nous est familière, dès lors que l’on se risque à rapprocher les univers d’artistes comme John Martyn et Piers Faccini.

Poussé par la recherche, déterminé à suivre ses instincts, John Martyn va très vite se lasser de la structure Folk traditionnelle couplet / refrain. Il préfère de loin ouvrir sa composition, la bousculer, tout mélanger, laisser venir, tout comme dans la vie elle-même, où rien n’est jamais pareil.

L’artiste va progressivement acquérir les moyens d’extérioriser ses intuitions musicales en prenant rapidement confiance dans ses capacités d’instrumentiste d’abord, puis de compositeur, d’arrangeur et de producteur enfin. Dès l’album Bless the Weather, John Martyn sera son propre producteur. Il n’y a donc pas de hasard à trouver sur cet album une chanson-charnière qui va révolutionner son style et imprimer sa griffe sur le reste de sa production. Glistenning Glyndebourne démontre en effet sa puissance créatrice au plus haut degré, en 6 minutes 30 de brillance instrumentale contrôlée. Mais le morceau déroule surtout une structure dramatique interne impressionnante, qui semble presque raconter une histoire.

L’album de la maturité: Solid Air, déboule dans la foulée, déployé avec les effets Echoplex sur les guitares et une voix transformée, traitée comme un instrument noyé dans le mixage global. « Ma voix habite l’espace entre la musique et les paroles » . Une voix âpre, aventureuse, un phrasé qui roule comme une vague, et un chant hanté. Écoutez donc cette reprise de Skip James (tiens donc!) I’d rather be the Devil: des gémissements, des grognements presque. Un appel aux pionniers du Blues de la première moitié du 20e siècle dont il se réclamait et en particulier Skip James, auquel il s’identifiait le plus. Mais quel boulot sur cette cover: l’héritage est là, l’invention est là: traduire, pas reproduire – on en revient toujours à cette fameuse « main invisible ».

Le premier pas, on le fait tout seul dans son coin, hésitant. Le hasard ou le fil de votre intuition recompose à coups de petits échos, de bribes de poème, d’un accent porté sur une note, ou la manière de conduire son énergie, … il y a cette évidence qui vous parle avant d’avoir trouvé.

Pour l’étape suivante, on s’est motivé pour poser la question à Piers et sa réponse fuse: «Archi-fan! Remarquable! Sous-estimé! » Arrivez de nuit dans la cabane de vos vacances et le lendemain, au premier soleil, ouvrez d’un coup les volets sur la vallée radieuse!On y est!

Je ne suis pas en train de comparer deux histoires de vie. Mais s’il y a entre les deux hommes une gestion différente du danger, les voici frères quant ils touchent à la grâce. Et entendre Piers Faccini se sentir très proche de la musique de John Martyn rappelle au minimum quelques évidences et lui ouvre de beaux itinéraires pour les années à venir.

Skip James et les pionniers, des compositions habitées par des histoires qui touchent au coeur, une confiance croissante dans ses capacités d’arrangeur-producteur, une travail permanent sur la voix, une écriture libérée, une musique sans cesse renouvelée, des concerts jamais répétés, … choisissez.

Piers et John partagent beaucoup d’instincts et quelques credos, j’en suis convaincu. Détectés en germes dans les albums de Piers, et rencontrés (moi, c’est sûr et vous aussi) dans ses concerts, quand If I ou Uncover my eyes, par exemple, décollent de leur partition d’origine, sous les impulsions d’un Piers habité, sur la suggestion de son complice instrumentiste du moment, sur la réponse du public?, et se déploient, montent, et se mettent à tourner avec une toute nouvelle dynamique. John n’est pas loin alors, pour accueillir cette sorte de délivrance, comme quand on lit et relit un poème, pour le comprendre enfin.

Que Piers Faccini en soit conscient ou non, et pour avoir ressenti tout ce qu’un John Martyn peut déclencher dans la créativité des autres, je commence à voir où tout ça va nous mener.

Et bon sang,  j’ai envie d’y aller!

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article initialement publié pour le Forum des Fans de Piers Faccini: http://piersfaccini.xooit.fr/index.php

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Kiline

(article initialement publié sur Myspace en février 2010)

‘En l’homme, tous les chants prennent naissance dans les grandes régions vierges.
Quelquefois, ils nous viennent comme des pleurs, profonds comme la peine de la terre; quelquefois comme des rires insouciants qu’on ne peut réprimer en sentant la vie et les beautés des terres du monde.
Sans que nous le sachions, ils viennent avec notre souffle, ces mots et ces intonations qu’on n’emploie pas tous les jours, et ils deviennent la propriété de celui qui sait comment les chanter pour les autres.’

Kiline, Inuk de la Côte Est du Groenland, (cité par Norbert Rouland, Inuit Studies, Vol 3, 1979)

Ce texte, je l’ai cherché longtemps.  Sans me rappeler que l’ami Etienne me l’avait mis sous les yeux quelques vingt ans plus tôt(*).Dans un sanglot étouffé de Billie ou l’explosion de joie de Sonny Terry, les premiers troubles.  Le long de la route du Blues du Delta, une conviction qui se forge.  Arrivent Piers Faccini, Ballake Cissoko et Vincent Segal, et l’arc en ciel se forme.  D’autres assemblages, d’autres timbres mais toujours une même illumination.

D’où vient donc le chant des hommes, le chant de celles et ceux qui ne font pas semblant ?  Tout à l’exhubérance d’avoir compris, tout à l’urgence de convertir, on en fera des tonnes, on (je) ne contiendra(i) pas le fleuve des mots.

Heureusement il y a Kiline l’Inuk.
On ne va pas le phantasmer, puisqu’il existe et qu’il parle.  En peu de mots.  Quelques mots, trois phrases lui suffisent à tout dire.  Car Kiline est d’un peuple premier qui tient encore le fil de la tradition populaire, orale, vécue, de sa communauté.

Le chant et la musique comme pulsion vitale, comme nécessité sociale, ce lien entre le ventre, le souffle, le rêve, et la communauté …
Quelle évidence, si commune, mais quelle évidence!Kiline est un passeur.

Il légitime le rôle que prendront, en conscience éveillée et à différentes époques, des Skip, Billie, Johnny, Cast, Woody, Pete, Bob, Bruce, Neil, Jimi, Lhasa, Piers, .. et Lou, et Nick, et Rog, et ..

On peut rallonger la liste.  On va encore trop causer.
La parole de Kiline suffira.  Et son écho jusqu’à nous et ceux qui suivront.

(*) Musiques des Peuples de l’Arctique – Analyse discographique – Etienne Bours ( La Médiathèque 1991 – ISBN 2-87147-078-2)

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