HORSEDREAMER : Folk légère aux paroles tranchantes: Hear My Voice!

Après GNUT et TUi Mamaki parus en mai, HORSEDREAMER est le 3e opus dans la collection Hear My Voice qui se pose en éclaireur des nouvelles voix folk du 21e siècle au sein du label Beating Drum.
C’est aussi le deuxième EP pour ce duo, l’occasion d’emprunter à notre ancienne chronique de quoi faire le pitch sur la genèse et la singularité de cette collaboration stylée entre le poète-performer Roger Robinson et Piers Faccini.

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Lignes mélodiques et arrangements installent un univers doucement bucolique et une allure de cavale qui s’accorde à merveille à l’esthétique visuelle « grands espaces » déclinée dans les différents clips vidéo réalisés par Piers Faccini sur les deux EP du groupe.
Mais cette suggestion de folk légère est tissée de paroles plutôt tranchantes, dans la ligne très actuelle de l’écriture résolument engagée de Roger Robinson.

Les quatre chansons de ce nouvel EP défendent la figure de l’anti-héros et tracent des parallèles avec la survie radicale suscitée par la donne économique et politique actuelle.  Cette réalité infuse dans leurs chansons, avec la mélancolie de celui qui se sent pour toujours l’étranger, mais aussi la révolte et l’instinct de survie des populations déplacées.  Horsedreamer est le chant du nomadisme ancestral de ses deux auteurs, l’écho qui descend des sommets jusqu’au fond des vallées.  Des déserts les plus rudes aux prairies verdoyantes, doucement dans le murmure du vent chante Horsedreamer.

Roger est un formidable story-teller.  Pour lui une histoire racontée est d’abord un cadeau, une sincérité primordiale qui fait l’élan, l’accroche, et le courant qui passe.  Les arrangements minimalistes dans un style folk épuré vont ensuite transporter sans l’affaiblir l’émotion originelle vers l’audience, le public.

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© P.David

L’EP va chercher ses influences du côté des Narcocoridos (voir wki plus bas) et du folklore western. Un nouveau sous-genre est né,  baptisé « gangsta folk ».  Douces polkas pour poésie acérée…

Sweetmeat est la dernière complainte de la victime du prédateur aux sentiments.
Feast on the sweetmeat of my feelings / Don’t you choke on my broken heart

A Thousand Stallions, chant d’espoir éperdu de celui qui a laissé son foyer pour les mirages d’un nouveau monde.

Trigger est une histoire de cavale joliment illustrée par la vidéo de Piers Faccini.

Billy The Kid – vous avez dit “western”?
Quand Billy était un enfant / Il pliait le monde entier à ses quatre volontés / S’assurant que chacun souffrirait autant que lui

Compositions, arrangements, interprétation instrumentale, réalisations vidéo : Piers Faccini est donc au four et au moulin sur ces chansons.  Certes,  mais la voix du frontman est souvent ce qui signe l’identité d’un groupe musical, ce qui déclenche l’adhésion.  Roger Robinson est alors particulièrement  fondé à prendre le relais et porter haut cette collection siglée comme une incantation : « Hear My Voice ! »

Comme pour les autres EP de la collection, les pistes sont mixées en finesse par Francesco De Nigris (NGR Studio Recordings) et la mastérisation (dont une version optimisée vinyle) est assurée par François Fanelli (Sonic Mastering).  Le design d’Oliver Carrier aka Uncle’O, right-to-the-point, est juste parfait et faut être doué pour ça !

Hear My Voice réunit le travail soigné de plusieurs artisans : son esthétique repose sur la qualité des artistes – sans quoi le concept ne serait qu’une enveloppe !,  et le support vinyle concrétise l’objet collector et justifie cette offre alternative au tout-puissant streaming dématérialisé.

Au-delà de l’opération de communication, une collection a des chances de perdurer et de trouver son public si elle dégage une singularité qui parle à son époque.  C’est également un travail créatif porté par le directeur de collection par exemple chez un éditeur en littérature.  Piers Faccini se pose ici en curator, terme plus académique que l’on traduit parfois par leader d’opinion mais qui se résume au phénomène assez courant de la découverte (de lectures, de musiques, d’expositions, ..) au gré des recommandations ou des suggestions exprimées par des personnes dont on pense partager la sensibilité.

Le temps dira ce qu’il adviendra de Hear My Voice.  Mais quel beaux débuts !!!

Les vinyles de la collection sont disponibles auprès du label: ici
ou sur les plateformes:
GNUT: http://smarturl.it/HearMyVoice1
TUi Mamaki: http://smarturl.it/HearMyVoice2
Horsedreamer: http://smarturl.it/HearMyVoice3

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On pourra en juger en live à l’occasion du concert organisé cette semaine par le label pour présenter ses nouveaux artistes : un plateau exceptionnel qui réunira la Néo-zélandaise TUi Mamaki, le Napolitain Claudio Domestico aka GNUT, et le Trinidadien de Grande-Bretagne : Roger Robinson (HORSEDREAMER).

La soirée présentera également YelliYelli, une chanteuse précédemment éditée sur le label.
Manquera à l’appel la fabuleuse Jenny Lysander, dont l’album Northern Folk (Beating Drum) nous avait ébloui.  Mais on la reverra un jour : c’est une comète à l’orbite longue…
Et en backing band, outre Faccini, des musiciens pointus et recherchés: Simone Prattico aux drums et Malik Ziad à la mandole et au guembri.

Ca se passera le 17 août dans les Cévennes dans un cadre bucolique et on peut réserver ici: grange@bouilloncube.fr
Bouillon Cubehttps://bouilloncube.fr/
Tarif vendredi 17/08 : 8 euros

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Un narcocorrido (prononcé en espagnol : [narkokoˈriðo], ballade de la drogue) est un sous-genre du norteñocorrido (ballade du nord), une musique folk traditionnelle du nord du Mexique, à partir duquel plusieurs sous-genre ont évolué. Ce type de musique se retrouve des deux côtés de la frontière entre les États-Unis et le Mexique. La base rythmique est une polka dansable à l’accordéon. Les premiers corridos, qui se concentraient sur les trafiquants de drogue – les « narcos », de « narcotique » – remonte à Juan Ramírez-Pimienta dans les années 1930. Les tout premiers corridos remontent à la révolution mexicaine de 1910, et racontaient des histoires sur les combattants révolutionnaires. Les critiques musicales ont aussi comparé les paroles du narcocorrido au gangsta rap et au mafioso rap1,2.

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Un peu, beaucoup, alla follia : Pulcinella invite Maria Mazzotta

Préfiguration d’un concert annulé (risque d’intempérie)

Dans un été déjà bien monté en température (merci la Coupe et le bal des pompiers), le festival TOULOUSE D’ETE ne craint pas de chauffer à blanc une ardeur festive garantie cette fois sans compétition : musique et danses endiablées pour tous sous les lumières du bal.
Pour une édition al dente de son show LE GRAND DEBALLAGE , Pulcinella  invite une chanteuse – et quelle chanteuse:  MARIA MAZZOTTA, une des personnalités les plus emblématiques des Pouilles au sud de l’Italie.  Pour cette exclusivité TOULOUSE D’ETE , le quartet toulousain « qui se prend pour un orchestre » a réalisé des arrangements inédits autour des chansons de l’immense folklore méditerranéen porté par Maria Mazzotta.

Maria Mazzotta & Pulcinella
© Photo – Lionel Pesqué

Plantons le décor.  Puis écoutons la Signora et Ferdinand Doumerc (Pulcinella) raconter leur version de l’histoire.

Le Grand Déballage de Pulcinella est de ces spectacles qui ne laissent personne indifférent, car si la qualité et l’invention musicales sont au rendez-vous, c’est avant tout un bal qui file la bougeotte, toutes générations confondues.  Certes, Pulcinella peut faire dans l’intime, dorlotter à la langoureuse, mais ces malicieux ambianceurs sont aussi capables de lâcher tous leurs chevaux, passant du cercle circassien au funk, de l’afrobeat au merengue ou au paso doble.  Sans oublier la tarentelle car la sensibilité italienne de Pulcinella n’est pas une nouveauté.

Mais plus récemment, Florian Demonsant, l’accordéoniste du quartet, a réalisé un vieux rêve en intégrant son personnage dégingandé et une prestation musicale aussi attachante que déjantée dans l’inoubliable spectacle STRAMPALATI de la Compagnie Circ’Hulon – joué il y a quelques semaines à peine à Saint-Cyprien (Toulouse). Voilà qui rapproche…

Maria Mazzotta est une authentique voix d’or,  pétillante et véhémente, parfois sauvage ou déchirante, mais toujours passionnée.  Lorsqu’elle était la voix du célèbre ensemble Canzoniere Grecanico Salentino, dans les duos qu’elle promène aujourd’hui en Europe avec le violoncelliste Redi Hasa ou l’accordéoniste Bruno Galleone, entre autres, son fil rouge est indéniablement celui d’une musique populaire méditerranéenne incroyablement vivante, bien loin de l’image d’Epinal des musiques « folkloriques ».

Dans nos régions du sud, des pays rudes, souvent pauvres, la musique populaire et les chants, les danses traditionnelles ont une fonction sociale : celle de rassembler et de raconter mais aussi de se libérer, de lâcher l’énergie ensemble.  Cette musique populaire est présente dans toutes les circonstances de la vie, où on voit par exemple les bandas (fanfares) accompagner toutes sortes d’événements ; cette musique est vivante parce qu’on en a besoin.

Dans ces communautés villageoises ou lors de rassemblements plus importants, il faut voir avec quelle ferveur le public porte ses chanteuses, ses chanteurs, et ses musiciens, comme Maria Mazzotta ou le regretté Uccio Aloisi, et comment ceux-ci sont capables d’enflammer toute la place.

Ecoutez, ici, d’où ça peut partir : 

Imaginez alors la fièvre qui va se répandre dans le jardin Raymond VI sous la piqure des Tarentelles et autres Pizzicas poussées sans répit par Maria et Pulcinella …
Combien résisteront au vertige ?  Pour qui la tentation de la transe ?

Ferdinand Doumerc rappelle comment le choix du nom de Pulcinella s’est imposé au quartet.  Personnage de la Comedia dell’arte et haute figure folklorique italienne, Pulcinella s’est transporté et transformé dans de nombreux autres folklores : notre Polichinelle bien sûr, Hanswurst en Allemagne, Punch chez les Anglais.  A l’image de ce valet malicieux, vif et impertinent, la musique de l’ensemble toulousain a développé dans son projet Le Grand Déballage une esthétique aventureuse qui s’amuse à piéger les genres convenus en multipliant les décalages rythmiques et autres détournements « spectaculaires ».

A l’idée d’installer la voix de Maria au milieu de notre Grand Déballage et d’en faire un Bal ‘dente, il était clair pour nous qu’il fallait revoir ou épurer les arrangements complexes  tricotés de tous nos instruments pour faire place à la voix.  On a voulu un écrin pour cette voix puissante et chaudement colorée, proche des sonorités cuivrées des saxophones, pour qu’elle trouve dans nos propositions de quoi allumer cette énergie, cette follia libératrice qui semble nous réunir.

Heureusement, cette idée n’est pas restée longtemps que sur papier :

On a très peu répété ; Maria comme nous, on joue beaucoup – et Maria est souvent à l’étranger avec ses différents projets.  Alors on a décidé de travailler surtout des chansons du répertoire de Maria (et une surprise!) En deux courtes séances l’interface s’est mise en place, nos cinq personnalités musicales se sont accordées à l’instinct.  C’est quelque chose de très important chez Pulcinella : on travaille ensemble, on valide par le plaisir, et il faut que ça se sente, tant au niveau de l’entente entre musiciens que dans le choix des morceaux qu’on va jouer – ou pas.  Et ce truc qu’on cultive avec Pulcinella depuis près de quinze ans, on l’a trouvé instantanément avec Maria !

Maria Mazzotta

Bien sûr j’ai été séduite par les atmosphères et l’originalité des musiques de Pulcinella, mais aussi par la follia qui peut monter et exploser dans certaines de leurs compositions, c’est ça qui m’a décidé d’y aller, de tenter.  Ma première collaboration avec Redi Hasa – un autre porteur de follia,  il y a longtemps, c’était dans un groupe de jazz, et même si Pulcinella c’est pas  l’archétype du groupe de jazz, l’idée de me frotter à nouveau à cette créativité très libre a aussi pesé dans la balance.

Maria Mazzotta

Et je dois dire que dès les premières répétitions, toutes ces hypothèses se sont confirmées : c’est la première fois que je partage à ce point la puissance libératrice de la pizzica avec des musiciens qui ne sont pas de cette culture !

Venez écouter cette femme, voir comme elle embrase, et les danses de ce fou de Pulcinella.

Maria Mazzotta : chant, percussions

Florian Demonsant : accordéon, orgue Elka, chant
Ferdinand Doumerc : saxophones, flûtes, métallophone, chant
Pierre Pollet : batterie, chant
Jean-Marc Serpin : contrebasse, chant

pulcinellamusic.com

page Facebook du projet de Maria Mazzotta et Redi Hasa

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TUi MAMAKi – Hear My Voice : Je suis mes amours musicaux

Celle-ci est un oiseau libre  au vol toujours sûr et gracieux, aussi juste dans ses triolets de pur plaisir que par ses confessions mélodieuses à la nuit ou au soleil levant.  Le chant qu’elle délivre aujourd’hui est un aboutissement mais avant tout une identité poétique révélée.
Deuxième parution dans la collection Hear My Voice du label Beating Drum de Piers Faccini, voici TUi MAMAKi,  une fille qui voyage à la légère, au fil d’un cœur chantant.

cover design: Uncle O

La petite enfance est très souvent l’époque où infusent les ferments  d’une identité singulière.  Celle de TUi MAMAKi se déroule en France et mélange très tôt les cultures et les langues (papa Néo-zélandais, maman Française pied-noir du Maroc) au gré des projets un peu saltimbanques de ses parents – comme cette itinérance de plusieurs mois à dos d’âne dans les Pyrénées avec un petit spectacle de cirque.

Ainsi, quand viendra le temps du grand voyage en Nouvelle-Zélande, l’enfant de 5 ans emporte et ne perdra jamais l’amour vibrant pour cet autre bout du monde où s’est initié son être-au-monde. Comment pourrait-il en être autrement ?

Suivre des amours musicaux

L’éveil poétique, c’est une autre histoire : il faut un choc, de la charge, et l’adolescence est un théâtre assez connu pour de tels éblouissements.  Dans les cassettes audios de ses parents, TUi découvre un enregistrement du Mystère des Voix Bulgares qui fascine l’adolescente de 12 ans et la conduit à ce qu’elle identifie aujourd’hui comme une première expérience consciente du sentiment d’appartenance au monde.  C’est une sensation physique, semblable à celle que l’on éprouve en rêve, et impulsée par la dynamique vibratoire particulière des polyphonies chantées par les femmes dans la tradition bulgare.

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photo ©Jen Raoult/Clair Obscur

Grâce à cette révélation, TUi comprend que sa voie sera de suivre des amours musicaux.  Elle réalisera également la signification du prénom donné par ses parents : le TUi est un oiseau au chant complexe et mélodieux, spécifique à la Nouvelle-Zélande.

Les études seront artistiques (Beaux-Arts, théâtre, musique, ..) mais le chant s’imposera en fil conducteur des explorations et des rencontres en jeunesse : du Pays Basque, avec l’immense Benat Axiary, jusqu’en Inde.  Mais un premier voyage en Bulgarie (2011) établira le pont entre l’éblouissement de l’enfance et la confirmation que son chemin repassera par ici.  Ce temps viendra quelques années plus tard, à une période charnière dans la vie personnelle de TUi MAMAKi et à la fin d’un projet musical en duo (The Mamaku Project) qui aura duré 10 ans.

Des chansons nées d’un nouveau silence

TUi  a beau être motivée par l’étude des chants polyphoniques des femmes Bulgares, pour autant la bascule est radicale dans la petite ville rurale de Plovdiv.  La suite est une histoire de déracinement et de renaissance.
De ce nouveau contexte d’isolement,  purgé des habitudes et des repères familiers, naissent des premières chansons, nourries des nouveaux apprentissages musicaux.
Et puis, écrire des chansons, c’est aussi une façon de s’apporter des réponses.

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photo ©Jen Raoult/Clair Obscur

Le temps passant, germe l’idée d’enregistrer, mais pas n’importe comment.  C’est avec Patrick Jauneaud, l’ingénieur du son pour les voix du sublime album Tchamantche de Rokia Traore que TUi trouve les conditions d’enregistrement qui préservent au mieux le naturel de la voix.  Dans les Cévennes où il habite, Patrick Jauneaud est presque voisin avec Piers Faccini ; et leur collaboration sur les enregistrements et les concerts de Piers ne date pas d’hier.  La suite, on la projette aisément…

Lorsque Patrick m’a fait écouter les enregistrements de TUi, ma première émotion a été de comprendre que j’entendais là quelqu’un qui venait de trouver sa voix.  J’ai reconnu ça parce que ça m’est arrivé à moi aussi : j’écris des chansons depuis l’adolescence mais c’est presque 15 ans plus tard que tout s’est révélé dans une chanson qui, sans être pur assemblage, traduisait dans mon style et avec ma voix, tout ce qui comptait pour moi dans mon chemin d’artiste musicien.  Je comprends que TUi a poussé loin le voyage, avec le courage de se perdre.  C’est le lot de certains artistes, cette traversée du désert et puis le jour où on réalise que sa vraie voix sort enfin.  Cette aventure poétique de l’artiste ou de l’auteur, c’est quelque chose d’extrêmement touchant.
Croiser le chemin de TUi à ce moment si particulier m’a donné l’occasion d’illustrer – et de quelle façon ! – l’idée et le nom de la collection : Hear My Voice.

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photo © Shannon Aroha

 

Piers a ramené le village

Avec une intelligence musicale très fine, Piers a su déployer des arrangements riches et ajustés, mais toujours respectueux de mes bébés.  C’est comme si, autour de ces chansons solitaires nées d’un nouveau silence, Piers avait en douceur ramené tout mon village.

Voyez comment TUi elle-même commente ce pas de géant pour l’artiste qui remet son intime dans les mains des autres:

J’avais peur.  Je craignais que ma vision ne soit assez solide.  J’avais peur de perdre mon indépendance toute neuve en laissant quelqu’un d’autre toucher à mes bébés.  Nos caractères se sont exprimés mais nous avons fait face.  Par amour de la musique, par loyauté envers l’inconnu, et pour laisser entrer les couleurs.  Parce que rien de tout cela ne nous appartient.
[Lire tout le post – en anglaissur le site de TUi]

Les compositions de TUi MAMAKi sont infusées – et non le simple assemblage – de ses explorations et de ses extrapolations de troubadour nomade, entre Pays Basque, Bulgarie, Inde, et autres rencontres fertiles.

L’instrumentation est inspirée de mon histoire d’amour avec les rythmes du folklore bulgare mais transposé sur ma petite guitare Martin, dont je joue comme d’une harpe.  J’ai développé mon propre style de finger-picking pour en interpréter les mesures asymétriques. (mesures à 11 temps).

De même, ses mélodies vocales résonnent-elles des langues qu’elle pratique et d’une technique vocale étudiée à Plovdiv.  On est sous le charme de ses ornementations parfaitement harmonisées entre la tessiture cuivrée héritée des polyphonies bulgares et des phrases plus intimes,  confiées comme des prières.

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photo © Shannon Aroha

LIFT OFF est la chanson de l’exorcisme, la chanson pour assumer la coupure avec le départ de Nouvelle-Zélande pour la Bulgarie, l’arrêt du Mamaku Project; une chanson pour purger la nuit des rêves étranges qui la hantent, et décider de son propre envol.  Elle est construite sur cette narration : les chorus, comme un rituel, expriment cette traversée, ce dépassement, et convoquent les forces pour mettre en œuvre la transformation.

BE ONE est un autre petit rituel, de réconfort celui-ci.  Il invite à inscrire des mots de sagesse à même le cœur, sur sa surface. De telle sorte que le jour où il se brise, les mots de sagesse tombent dedans.

RIUWAKA est le nom d’une résurgence sacrée au pied de la montagne Takaka, à Te Wai Pounamu (Aotearoa/Nouvelle Zelande).  Beaucoup de monde vient recueillir et boire cette eau cristalline et bienfaitrice.  La chanson invite à baisser les armes, à se rendre à l’inévitable solitude qui succède à la rupture des relations, et à se laisser purifier, physiquement et spirituellement,  par la nature.  Une histoire de tendresse, et d’ouverture.

FOLLOW donne rendez-vous au premier sourire du matin ou au dernier soupir du soir, lorsqu’on ressent la vérité de son humble condition et qu’on se trouve heureux de cette vie qui n’est ni longue ni courte.  Car elle n’est faite que de cycles, illustrés dans cette vidéo irisée, filmée et montée par TUi MAMAKi, entre Bulgarie, France, et Nouvelle-Zélande.

First smile of the morning
Do you know which one I mean?
Long lined horizons
This heart is following itself home.

Last sigh of the evening
Do you know which one I mean?
Long lined horizons
This heart is following itself home.

Praises from dawn til sundown
Prayers through the dark…

Long life just beginning
Do you know which one I mean?
Short life ending
This heart is following itself home.

Praises from dawn til sundown
Prayers through the dark…

 

Les chansons de l’EP Hear My Voice sont écrites et composées par TUi MAMAKi, arrangées et produites par Piers Faccini.
Avec les contributions instrumentales de TUi MAMAKi, Piers Faccini, Malik Ziad (Guembri, Mandole) et Tunji Beier (percussions).

Les EP vinyles de la collection Hear My Voice sont disponibles chez les disquaires en France et en Angleterre.

Distribution physique et digitale en lien ici

tuimamaki.com

beatingdrumrecords.com

 

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A Place Called Love : Zsuzsanna Varkonyi

En concert à Paris – Studio de l’Ermitage, le 19 juin 2018

Cette artiste est plume au vent, lumière qui frise.
Hongroise accentuée tzigane,
sa living road infuse dans les langues du monde.
Irradiée par les coups de cœur et les beaux textes,
elle y sème des chansons qui sont autant de petits cailloux blancs,
trace volatile des mélancolies et des émerveillements
glanés dans la poussière des routes cabossées.

photo © Pierre Dolzani

On trouvera toujours des gens pour peser la valeur d’un artiste à l’aune de sa comm’, de ses images-clés, de ses punch-lines.  Les concepts et le story-telling façonnent des carrières, nourrissent le business d’une certaine scène.

A l’opposé, les artistes comme Zsuzsanna relèvent de la sortie de route, des chemins de traverse, de la marche à l’instinct pour trouver l’eau.  Tous capteurs dehors, ils s’exposent sans filet à des émotions révélatrices dont nous prive un quotidien de plus en plus pesant ou formaté.
La poésie qu’ils nous partagent, intense ou légère, est le fruit de ces expériences.
Zsuzsanna l’envisage avec délicatesse, comme la naissance d’une vibration impulsée par son nouveau répertoire, des chansons magnétiques.

Plume au vent, lumière qui frise…

 

 

Zsuzsanna VARKONYI (composition, voix, accordéon)
Csaba PALOTAI (guitare)
Frédéric NOREL (violon)
Sébastien GASTINE (contrebasse)
Steve ARGÜELLES (batterie)
invité : Stan GRIMBERT(vibraphone)

 

TARIF prévente 13€
studio-ermitage.com

http://www.zsuzsanna-varkonyi.com/

Lien vers l’Evénement Facebook 

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Claudio ‘GNUT’ Domestico – Hear My Voice : L’ammore o’ vero !

A l’occasion du Disquaire Day 2018 ce samedi 21 avril, le label Beating Drum de Piers Faccini annonce la sortie du premier opus de sa nouvelle collection : HEAR MY VOICE avec le nouvel EP quatre titres de GNUT, alias l’Italien Claudio Domestico. Edition vinyle chez les Disquaires – et version digitale par ailleurs*

La chanson Napolitaine est sans doute devenue au fil du temps un de ces clichés estivaux associés aux animations de terrasses et trattorias.  Sans rien perdre de son essence intimement liée à la sérénade et à l’amour courtois, Claudio Domestico, jeune chanteur Napolitain frotté à bien d’autres folks du 21e siècle, transcende avec subtilité et une irrésistible musicalité le jaillissement poétique d’Alessio Sollo, son alter ego de plume.

 

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Claudio ‘GNUT’ Domestico

On rencontre Claudio à Naples, à la Libraria Berisio, près de la Porta ‘Alba (où on peut aussi boire des coups), juste avant sa répétition avec le super-groupe Capitan Capitone e i Fratelli della Costa emmené par Daniele Seppe, une figure du jazz en Italie.  Claudio a grandi à Naples et s’y trouve bien finalement, de retour après une pérégrination de plusieurs années à travers l’Italie au gré de diverses collaborations musicales.  Il fait partie de ces musiciens locaux qui évoluent sur une scène régionale très active.  Sous le nom de scène GNUT (ne cherchez pas ça ne veut rien dire, même en italien), Claudio a déjà sorti trois albums.  Mais ce projet dans la collection HEAR MY VOICE est une sorte de retour aux sources, un hommage à la plus belle expression de la chanson guitare-voix, incarnée en son temps par l’illustre Napolitain Roberto Murolo.  C’est la chanson nue, bouleversante dans sa simplicité, et pour son interprète, une grande responsabilité.

 

 

Écrites dans ce dialecte Napolitain qui cultive depuis des lustres l’art de la métaphore, les chansons de cet album de Claudio « GNUT » Domestico sont nées de sa rencontre avec le poète-chanteur-punk-bouddhiste Alessio Sollo, qui écrit comme il respire, et lâche quotidiennement ses poèmes dans la nature comme on libère des oiseaux, sans intérêt pour une quelconque édition ou diffusion.

Ce sont quatre chansons d’amour écrites dans une langue dans où le verbe aimer n’existe pas. Pour parler de l’amour en Napolitain on ne trouve que le substantif « l’ammore. » Mais impossible de dire « je t’aime  » ! Ca se traduirait par  « te voglio ben », pas mieux.  Cette situation pousse les poètes et les auteurs de chansons à chercher des solutions alternatives, comme des figures de style ou des métaphores, pour exprimer leurs propres sentiments.
Le poète Alessio Sollo répète tous les jours cet exercice stylistique en écrivant des dizaines de poèmes directement sur les réseaux sociaux. Ces enregistrements sont ma tentative de mettre en musique cette disposition naturelle qui est la sienne. Presque toutes les composantes du disque sont nées de cette collaboration. [Claudio]

ASollo

Alessio Sollo

Les deux ‘frères’ se produisent régulièrement dans des petits clubs à Naples et alentour.  Pas obsédés par les projets internationaux au montage compliqué, ils s’en remettent au hasard des rencontres, en philosophes des petits ruisseaux.  Dans cette veine, leur EP pour la collection HEAR MY VOICE est leur première « fixation ».  Pour l’occasion, ils se sont mis au vert pour une session de quelques jours.  C’était quasiment la première fois qu’Alessio retouchait (un peu) ses vers pour s’ajuster aux compositions de Claudio.

i Fratelli photo © Angelo Trani

Du point de vue de la composition, j’ai tâché de fondre des éléments de ma tradition musicale: la chanson napolitaine, avec d’autres genres plus éloignés de mon « monde ». Je me suis inspiré du blues, du folk anglais, et de la musique africaine du Mali. Dans cette idée, j’ai assez naturellement cherché la collaboration de Piers Faccini qui reste pour moi une référence importante et inspirante. Piers assure avec une grande maîtrise l’harmonisation de sonorités éloignées géographiquement, dans le respect de la personnalité de l’artiste qu’il produit. C’est pour moi un grand honneur.

HEAR MY VOICE est une nouvelle collection du label Beating Drum qui met en lumière une sélection de voix contemporaines passionnantes, révélatrices d’un courant éclectique et innovant de songwriting. Par le choix de ces artistes, Beating Drum entend défendre des chansons qui portent un regard sensible sur notre époque, ce qui les rend plus belles encore.

Le packaging de l’édition vinyle est à la hauteur, avec un portrait de chaque chanteur dessiné par Piers Faccini et le design soigné de Uncle’O.

 

Produits par Piers Faccini, les enregistrements seront distribués au format digital dans le monde entier.
L’EP de chaque chanteur sera également disponible au format vinyle EP en édition limitée «collector».

Les prochaines parutions dans la collection seront la chanteuse Néo-Zélandaise Tui Mamaki et le poète-chanteur Roger Robinson, originaire de Trinidad et basé au Royaume-Uni, partenaire de Piers Faccini dans le projet Horsedreamer.

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**L’album de GNUT sera disponible à partir du 21 avril 2018 au format vinyle pour le Disquaire Day 2018  chez les Disquaires participants, et à partir du 27 avril au format digital par exemple sur la boutique en ligne du label  ou sur les plateformes habituelles.

https://disquaireday.fr/

DDay2018

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Vincent Segal – La musique, une prise de parole … pour ne rien dire

Conversation avec Vincent Segal

Vincent Segal est partout, vous l’aurez remarqué.  Violoncelliste prodige et nomade: du classique (le conservatoire) à l’expérimental (Bumcello), de la chanson française (Juliette, entre autres) à la pop (Sting, entre autres), et bien sûr des musiques de tant de mondes, de l’Amérique du sud aux USA, de l’Afrique à l’océan Indien, qu’il les pratique dans la tradition ou dans l’invention – comme avec le projet ‘The Rythm Alchemy‘ de Keyvan Chemirani.

Cet homme-ressource est bien entendu un instrumentiste recherché, dont la virtuosité n’est pas une fin en soi mais ne fait que servir une imagination surprenante d’à-propos.
On s’était rencontrés quelques fois lors de ses concerts avec Piers Faccini.  De passage à la Salle Nougaro de Toulouse en 2016 avec le maître de kora Ballaké Sissoko, je le retrouve le lendemain pour une parlotte, et tenter de comprendre d’où part cet élan – parce qu’il est toujours là – qui alimente de si fécondes conversations musicales.

(de G à D: Derya Türkan, Vincent Segal, Renaud Garcia-Fons, Ballake Sissoko

Rendez-vous pris le  matin dans le lobby de l’hôtel.  Étape sur un agenda bien chargé, la fatigue se fait sentirMais quand les cafés finissent par arriver, je sors les gaufres-maison qui révèlent aussitôt un gourmand et font monter le sourire.
Là, on peut commencer à parler, ou plutôt: à parler pour ne rien dire.

Avec ce genre de petite phrase qui vous retourne en un clin d’œil des idées toutes faites, Vincent Segal va droit au but:

Au fond notre musique (avec Ballaké), c’est comme parler pour ne rien dire!  La musique c’est une prise de parole.  Et il existe toutes sortes de paroles.  Notre musique ne construit rien de concret, elle ne dit rien d’utile, ce n’est même pas le résultat d’un travail, rien n’est à proprement parler « conçu » puisqu’elle naît essentiellement de nos envies à tous les deux.
C’est vrai pour la manière dont naissent les compositions.  C’est encore plus vrai quand on les joue en live.  Bien sûr il se passe quelque chose, mais ce quelque chose ne fait que traverser, ne laisse pas de traces.  En concert, quand on se dit qu’on va expérimenter quelque chose de technique ou que sais-je parce qu’on se sent obligés, face au public, à tous ces gens qui ont payé, de leur donner quelque chose…  Eh bien ça ne fonctionne jamais.  Il ne faut pas faire ça.

Parvenir à cet état d’esprit pour jouer purement sur les envies, c’est un équilibre très fragile. Et naturellement il dépend beaucoup du dialogue avec le public, s’il est lui aussi (majoritairement) à l’unisson de cette conversation « pour ne rien dire ».
Piers Faccini disait un jour que cet état volatile est comme une bulle qui flotterait entre les artistes sur scène et le public; elle va, elle vient, elle s’équilibre selon … on ne sait quoi.  Elle peut aussi éclater et l’équilibre se perdre au moindre incident: un éternuement (pas de chance!) ou le flash d’un appareil malotru mal réglé.

Question _  Après toutes ces années et tous ces retours qu’on vous fait, vous entendez – vous ressentez que cette musique pour ne rien dire touche les gens de façon parfois très intime, les bouleverse même?  Certes votre Chamber Music ou Musique de Nuit installe des atmosphères plutôt paisibles et poétiques et vous ne semblez pas vouloir conduire les auditeurs à éprouver des émotions particulières.

Ça, c’est chacun qui ressent pour lui-même, c’est fonction de la sensibilité émotionnelle de chacun, et l’écoute de notre musique va s’inscrire de façon très différente sur la toile de ce que chacun est en train de vivre dans sa vie.  Ça ne nous appartient pas, notre musique n’est pas faite pour ça.

La veille, en sortie de concert, Ballaké Sissoko parlait déjà dans ce sens:

Il n’y a pas dans nos compositions d’intention délibérée de conduire à un état spirituel particulier.  Ça peut arriver, mais c’est l’affaire de chacun.  Même si on joue sur une trame mandingue, ce n’est pas non plus de la musique sacrée.  C’était plus répandu avant, au Mali et en Afrique de l’Ouest, mais aujourd’hui ça se perd: la mondialisation bouscule aussi la fonction de la musique dans les sociétés traditionnelles.

On joue vraiment selon nos envies, avec notre culture musicale, nos racines, et tout ce qu’on a cueilli au cours de nos voyages, de nos rencontres.  Et avant tout, les morceaux naissent en jouant.  On s’installe, on commence à jouer, et les suggestions arrivent, l’autre suit, on essaie, on reprend, … On ne cherche rien, on a le temps. (V.Segal)

Ces moments-là sont évidemment aussi nourris de choses plus personnelles qui montent à la surface dans des moments pour soi, dans les chambres d’hôtel en tournée par exemple.  On joue, jusqu’à se sentir satisfait, content de ce qu’on joue.

Public, artistes, on cherche la même valeur: celle de la rencontre

Au total, c’est beaucoup de temps passé, beaucoup de travail – un mot que Vincent Segal tient à commenter, s’agissant d’activités artistiques.  Il parle de nos enfants, des jeunes qui se lancent aujourd’hui dans des études ou des apprentissages artistiques, là où de nos jours on se crispe sur l’emploi utile et rare.

On (l’économie libérale? les diktats financiers?) a cassé ce que représente le travail.  C’est une chose qui n’appartient plus aux gens maintenant.  Le travail n’est plus fait que de contraintes et d’obligations.  Il faut produire utile, rendre des comptes.  S’approprier son travail, ce n’est pas seulement maîtriser un outil, une méthode, ni même être son propre patron.  Je dis que je n’ai jamais travaillé – au sens productif du terme.  Pourtant les gens donnent de la valeur à ce que nous faisons: ils achètent des albums, des places de concert.
Cette valeur est celle de la rencontre, de la place que va prendre dans leur journée, dans leur vécu, le plaisir qu’ils éprouveront dans la découverte, l’expérience artistique ou esthétique.  Eh bien c’est la même chose avec ceux qui font des activités artistiques leur quotidien: ils cherchent cette même valeur.  Après, je ne dis pas: dans nos activités il y a aussi des contraintes, de la fatigue; ça on le partage avec les travailleurs du monde « ordinaire ».
(V.Segal)

Écouter ses envies.  Il n’y a pas d’autre scénario

Dans notre culture, dans notre imaginaire collectif, nous n’avons pas de récit pour accompagner la réflexion, préfigurer ou engager l’imagination sur d’autres voies pour demain.  C’est vrai pour la vie en société, pour l’économie, la gestion des ressources.  Il n’y a pas de scénario; à part ceux qui se répètent, et qui s’épuisent. (V.Segal)

Alors pourquoi pas une musique pour ne rien dire?  Musique sans recette, sans discours.  Musique improductive.  Musique libre et sans clés, même pas inventée au sens d’un protocole et d’une démonstration.  Fruit de la seule écoute des envies d’essayer sans filet, sans enjeu non plus – et donc sans risque.

Musique pour ne rien dire, libre, et juste.

Songs of Time Lost – Vincent Segal & Piers Faccini

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Omar Sosa et Seckou Keita – Jazz en eaux transparentes

Un pianiste mythique, un maître de kora, et un percussionniste-coloriste donnent libre cours à l’exploration de leurs racines afro-américaines.  Sorciers jazz addicts de l’improvisation, ils conduisent une méditation lente avec la légèreté d’un essaim de papillons au-dessus de l’eau cristalline.

En concert exceptionnel à la Salle Nougaro de Toulouse, Omar Sosa, Seckou Keita, et Gustavo Ovalles présentent l’album Transparent Waters (2017).

C’est quelque chose, le trajet d’un fleuve.  Il porte l’eau de la source et celle de tous ses affluents influents dans le même flux, seconde après seconde, et il en ira ainsi jusqu’à son embouchure.
Il en va ainsi du pianiste Omar Sosa – monstre sacré des circuits jazz depuis plus de 20 ans, et de tout ce qui a nourri cet artiste cubain à la recherche de ses racines africaines.

Improbable mais finalement pas étonnante, cette rencontre en 2012 avec le maître de kora et chanteur Anglo-Sénégalais Seckou Keita à la belle voix de tête. L’émotion partagée est telle que les artistes décident aussitôt d’un  projet d’album commun … qui prendra le temps de mûrir des expériences de chacun, puisque Transparent Waters sort en 2017 , au terme d‘un processus d’enregistrement alterné avec leurs projets personnels.

photo © Maxppp_Sebastien LAPEYRERE et Matrixpictures

Ces deux habitués des convergences se sont accordés sur le désir d’explorer de nouvelles combinaisons créatives à la recherche d’une destination musicale totalement impromptue mais subordonnée à la joie soudaine des expressions artistiques des uns et des autres qui se mettent en phase,  ce Graal de de l’improvisation  que les musiciens de jazz cherchent comme des fous de concert en concert.

 

 

 

 

Transparent Waters révèle une très nette inspiration spirituelle.  Des divinités afro-cubaines au  mysticisme yoruba teinté de douceur mandingue, le toucher léger du piano d’Omar Sosa, la kora cristalline et la belle voix de tête de Seckou Keita conduisent à une méditation lente sur les cycles de la vie et de l’existence.

Sur l’album, cette élévation est soutenue des musiciens invités et les notes distillées de cornemuse, de flûte traditionnelle chinoise, d’un koto, d’une guitare, d’un Fender Rhodes ou encore d’un djembe.
En concert, cette coloration est assurée par le génial percussionniste Vénézuélien Gustavo Ovalles (également crédité sur l’album).  Compagnon de route d’Omar Sosa de 1999 à 2003, il transcende ici l’âme polyrythmique de la disapora Africaine.  Gustavo est à l’unisson de cette quête spirituelle, lui qui s’est lancé dans une recherche approfondie des traditions afro-vénézuéliennes, tant pour leur sauvegarde que parce qu’« elles ont une force liée aux ancêtres » .

Transparent Water est un hommage à l’eau, l’un des éléments les plus précieux et les plus importants dans la nature, mais aussi dans toutes les cérémonies traditionnelles, religieuses et spirituelles partout dans le monde. Je voulais aussi utiliser l’image de la transparence de l’eau comme symbole de la clarté de l’âme de chaque personne. [Omar Sosa]

Outre Seckou Keita et Gustavo Ovalles, l’enregistrement de l’album a réuni des musiciens venus des quatre coins du monde :  Mieko Miyazaki (koto), Wu Tong (sheng : flûte traditionnelle chinoise), Mosin Khan Kawa (nagadi), E’Joung-Ju (geomungo) et Dominique Huchet (bird EFX). Il a été mixé en finesse par la batteur-producteur français Steve Argüelles, qui avait déjà travaillé avec Omar sur ses albums primés Mulatos et Afreecanos.

 

 

Salle Nougaro de Toulouse: réservez pour le concert ici

 

 

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Jacques Roubert, grandes orgues en-dedans.

A l’automne 2017, Jacques Roubert, galeriste au Confort Des Étranges,  éditait deux œuvres hors-format fondées sur son travail d’écriture.  Voir cet acteur inclassable et incontournable de la scène artistique toulousaine éditer ses poèmes n’est pas un geste impromptu mais nous apparaît comme l’image fuitée de la partie immergée de l’iceberg.

Voici en premier un grand portfolio, sobrement intitulé 20 puisqu’il rassemble onze de ses poèmes et neuf images de Richard Nieto.

[On parlera dans un autre billet du long poème symphonique édité en CD:  « La Compagnie des Bourdons du Trône », lu par le comédien Denis Lavant et mis en musique par Bertille Fraisse.]

& & &

Aux poètes qui servent une langue ciselée d’allégories, Jacques Roubert oppose la sienne, plus rêche et pas rétive à lécher la blessure.  Quand le poète dit le vrai, Jacques Roubert préfère dessiner le geste qui le désigne.
Ainsi se trouvent en lien l’émotion et les mots pour y croire sans qu’elle soit pour autant nommée.

Juste ce qu’il faut de poudre d’art oratoire pour instiller un ressenti de brûlure.
Prendre le risque de Croire, sans retour possible, que l’écart entre le langage et la chair n’existe pas.
Que l’un et l’autre sont en vérité comme le bloc soudé des bassins des amants quand le sculpteur les ébauche: pure énergie, tension de matière,  un nœud de vibrations et de lumière, une super-nova.

Elle me dévisagea comme seuls les arbres savent le faire lorsqu’ils déambulent à l’insu des passants.
Avec quelle énergie alors il se déplacent.
La cérémonie des entailles eût lieu
et elle me précipita vers d’inconsolables blessures.
Je nomme objectivement ce qu’une écorce d’amoureux pleure sous la coupure.
Ce furent des troubles légers, des broutilles sans incidences, si l’on songe aux iris d’où
pulsaient des échardes.
Je vis ce qui n’existait pas,
mais le filtre des rosées
et l’égoïne incendiaire
de ses yeux,
dressèrent dans ma bouche
un bûcher de sciure.

Le poème peut être parfois plus que vrai. Le poète peut ainsi armer ses mots et ses tournures jusqu’à la confrontation, jusqu’à à la nudité en face.  Jacques Roubert a décidément cette licence sur la volupté et la douleur.  Rien de tordu (Grands Dieux!!).  Rien que de l’humain, de la re-connaissance.

 

Dans ce choix du support qui appelle à l’étalage, à l’affichage, on reconnaît le par ailleurs galeriste Jacques Roubert.  Le lecteur-regardeur-manipulateur de ces grands formats s’engage inévitablement sur la voie du face à face. Les pages libres des textes et des images  ne font pas un pli, se tiennent à deux mains.   Ce faisant, on s’expose au texte comme on s’immerge dans un bain: il faut être saisi, changer d’état, pour toucher au subtil par les sens modifiés.

Après un temps,  alors que les phrases font mouche une fois abouti leur parcours d’insecte explorant l’interface sensible de notre peau, le va-et-vient peut s’amorcer avec les images de Richard Nieto.
Mais l’inverse peut aussi fonctionner, tant ces images sèment un trouble.  Elles valent aussi qu’on les éparpille, jusqu’à laisser sourdre leur petite musique, cet autre langage qui favorise le changement d’état.
Ces photographies ont sans doute leur histoire mais ce n’est pas le sujet.  Leur pouvoir tient en ce qu’elles suggèrent que chacun peut reprendre la piste jamais refroidie qui mène à la mémoire de ses propres situations intimes,  aux fissures par lesquelles on accède aux autres dimensions du soi.

C’est la pleine conscience poétique, et c’est tout l’art de Jacques Roubert d’y amener par l’agencement de poèmes et d’images en apparence épars, par le tissage entre formes brodées et sens débridés.  Car si la langue de Jacques Roubert sonne et claque et  peint de grands tableaux, c’est en tâche de fond qu’elle impacte et déroule son onde longue, celle des grandes orgues intérieures.

 

On peut trouver Jacques Roubert – et ce somptueux portfolio 20 – dans sa galerie, la bien-nommée Le Confort Des Étranges.  Ce lieu tient du repaire et semble  dressé pour distraire tant bien que mal l’esprit du poète de l’impérieuse confrontation avec l’en-soi.  Et même, au vu de ses écrits irradiés,  pourrait-on  interpréter les devoirs convenus du galeriste comme une officine de blanchiment des vertiges de son introspection.

Ce peu d’espace réunit avant tout les traces de son dialogue avec d’autres artistes, échos ou mises en abîme de sa quête du visage humain comme ultime toile sensible des sens et des émotions que l’Époque anesthésie inexorablement.

Le Confort Des Étranges, galerie d’art – 33 rue des Polinaires à Toulouse 

le-confort-des-étranges.com

La galerie sur Facebook

Un portrait fort réussi de Jacques Roubert galeriste par Michel Grialou sur le blog Culture 31

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Entre Prince et le Petit Prince, Nosfell enchanteur

Énergie, grâce, bonheur , …  on sera bien en peine de taguer d’un seul mot le concert éblouissant de Nosfell, programmé la semaine dernière dans le cadre du festival Détours de Chant pour le public élargi du Théâtre des Mazades à Toulouse.  Pour qui aime la sensation d’une musique qui emporte, propulse, traverse et laisse rêveur (c’est indescriptible en vérité !) vivre un concert de Nosfell est assurément une expérience  hors du commun.

© photo manu wino live photography

On peut arriver sans connaître, craindre un instant le trop de ferveur d’une messe pour initiés tant l’avant-concert bruisse des commentaires des aficionados, et finalement se réjouir de la page vierge, de la rencontre à écrire.  T.S.Eliot soulignait que ce que nous connaissons des gens est de l’ordre du souvenir, que les gens changent, et il recommandait  de se rappeler qu’à chaque retrouvaille on rencontre un inconnu.

Visiblement, Nosfell a ce potentiel rare de maintenir la ferveur et de gravir de nouveaux échelons dans la séduction d’un public qui ne demande qu’à se renouveler.

Comment ce phénomène opère-t-il ?  Un show bien réglé, une chorégraphie au millimètre et des postures à la Placebo, des sons simples et bruts, une rythmique appuyée, un band qui assure la puissance et la couleur ?
Tout y est mais ce n’est pas ce qu’on retient pas vrai ?

© photo manu wino live photography

Face à la beauté et à la fluidité d’un oiseau en vol on ne s’interroge éventuellement que plus tard sur l’incroyable complexité et la maîtrise qui permet à cet organisme vivant de faire preuve de tant de liberté.  Voilà sans doute le secret de Nosfell : cette intransigeance quant à la liberté qu’il entend déployer dans son art de la scène.  Une soif de liberté à laquelle il asservit son corps, sa voix, sa guitare, au prix de longues  heures de travail, jusqu’à l’expression épurée qui va porter la note, la chanson, l’histoire.  Il y a du Prince dans cette discipline du showman et du plaisir à y prendre assurément, jusque dans l’outrance ou la grimace.

© photo marie forêt

Mais là où Nosfell quitte la trace du Kid de Minneapolis c’est quand il laisse la chanson l’aspirer vers les paroxysmes et les apnées qu’elle s’invente.  Chorus baroques et tapageurs ad libitum, cassure soudaine de rythme qui laisse monter le filet de voix mélancolique d’un enfant réfugié au grenier, la profondeur des champs et des chants de Nosfell est infinie, captivante, sidérante parfois.  Liberté,  encore, par ces univers intimes déroulés avec pudeur et qui connectent lentement le public. Une expérience partagée avec certaines chansons de Radiohead, si ça vous parle…

© photo manu wino live photography

Il y a du Petit Prince, dans ces pas-de-côté, dans ces alizés poétiques où l’on voit Nosfell tantôt songeur, réfugié en des poses d’échassier, tantôt renversé par la dérive de sa propre guitare, et soudain rendu au public dans un sourire d’enfant.

© photo manu wino live photography

Il y a en France ce chanteur extra-ordinaire, et la tournée de son dernier album Echo Zulu qui, au bas mot : pour se faire une idée, vaut le détour.

nosfell.com/

Mise à jour: revoir l’émission ACOUSTIC de TV du 10 mars 2018 (interview et musique live)

Une interview à lire  ici

Une autre à écouter

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Emily Loizeau en concert : la transe lente de « Mona »

© photo Guillaume Souvant AFP

Le Festival qui l’accueille à Toulouse (31/01/2018 à L’Escale – Tournefeuille – complet!) s’appelle Détours de chant, pourtant Emily Loizeau est une de ces chanteuses populaires qu’on aime sans détours parce que ses chansons et sa personne s’installent avec naturel dans le bagage d’imaginaire narratif et musical qui accompagne beaucoup de moments de vie.

Foin de postures ou de storytelling à injecter dans les médias pour construire une carrière, cette Ardéchoise-là a un caractère, authentique, et ses chansons n’ont besoin de rien d’autre que ce qu’elles racontent, pour nous accompagner longtemps.

C’est que cette fille vient du théâtre, et pas du radio-crochet.  Dans cette exposition à voix nue, ça passe ou ça casse, mais quand on touche, c’est souvent au cœur.  Son propos explore les sentiments humains avec l’humilité de l’expérience ou la sincérité de ceux qui s’engagent.  Dès lors la tonalité de ses créations peut être tantôt mélancolique, tantôt doucement joyeuse, mais l’émotion et la tendresse y affleurent toujours.

Sa culture poétique est profonde et vivante, ressource donc.  Pour preuve, sa lecture musico-théâtrale des chansons de Lou Reed, présenté entre-autre au Printemps de Bourges il y a bientôt deux ans.

Si on retient de son parcours une ligne délicate piano/voix, elle est surtout curieuse d’autres formes, soucieuse à chaque nouveau projet de pousser sa créativité hors de sa zone de confort.  Ainsi le spectacle « Mona » – qu’elle présentera à Toulouse en version concert – a d’abord été monté comme une pièce de théâtre musical,  un genre abordé lors des ses années londoniennes (*).  Basé sur une double histoire familiale, elle y aborde sa relation à sa propre mère; une exploration tout en paraboles et en questions.  L’atmosphère des chansons est logiquement intimiste.  Emily excelle dans ce registre, propre à émouvoir, souvent, et à emmener l’auditeur dans des transes lentes, hypnotiques, propices aux changements d’état – chose que proposent quelquefois les concerts réussis.

  • Emily Loizeau / Piano – Prophet – Chant
  • Jeff Hallam / Basse
  • Csaba Palotaï / Guitares – Chœur
  • Clément Oury / Violon – Tuba baryton – Choeur
  • Sophie Bernado / Basson – Chœur – Clavier
  • Emmanuel Marée / Batterie – Chœur

(*) D’origine franco-anglaise, Emily a vécu à Londres où elle a étudié le théâtre.

emilyloizeau.fr/

Emily Loizeau sur Facebook pour le fil d’actualités

Le festival DETOURS DE CHANT, jusqu’au 3 février 2018 à Toulouse.  Aussi sur Facebook

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