Entre Prince et le Petit Prince, Nosfell enchanteur

Énergie, grâce, bonheur , …  on sera bien en peine de taguer d’un seul mot le concert éblouissant de Nosfell, programmé la semaine dernière dans le cadre du festival Détours de Chant pour le public élargi du Théâtre des Mazades à Toulouse.  Pour qui aime la sensation d’une musique qui emporte, propulse, traverse et laisse rêveur (c’est indescriptible en vérité !) vivre un concert de Nosfell est assurément une expérience  hors du commun.

© photo manu wino live photography

On peut arriver sans connaître, craindre un instant le trop de ferveur d’une messe pour initiés tant l’avant-concert bruisse des commentaires des aficionados, et finalement se réjouir de la page vierge, de la rencontre à écrire.  T.S.Eliot soulignait que ce que nous connaissons des gens est de l’ordre du souvenir, que les gens changent, et il recommandait  de se rappeler qu’à chaque retrouvaille on rencontre un inconnu.

Visiblement, Nosfell a ce potentiel rare de maintenir la ferveur et de gravir de nouveaux échelons dans la séduction d’un public qui ne demande qu’à se renouveler.

Comment ce phénomène opère-t-il ?  Un show bien réglé, une chorégraphie au millimètre et des postures à la Placebo, des sons simples et bruts, une rythmique appuyée, un band qui assure la puissance et la couleur ?
Tout y est mais ce n’est pas ce qu’on retient pas vrai ?

© photo manu wino live photography

Face à la beauté et à la fluidité d’un oiseau en vol on ne s’interroge éventuellement que plus tard sur l’incroyable complexité et la maîtrise qui permet à cet organisme vivant de faire preuve de tant de liberté.  Voilà sans doute le secret de Nosfell : cette intransigeance quant à la liberté qu’il entend déployer dans son art de la scène.  Une soif de liberté à laquelle il asservit son corps, sa voix, sa guitare, au prix de longues  heures de travail, jusqu’à l’expression épurée qui va porter la note, la chanson, l’histoire.  Il y a du Prince dans cette discipline du showman et du plaisir à y prendre assurément, jusque dans l’outrance ou la grimace.

© photo marie forêt

Mais là où Nosfell quitte la trace du Kid de Minneapolis c’est quand il laisse la chanson l’aspirer vers les paroxysmes et les apnées qu’elle s’invente.  Chorus baroques et tapageurs ad libitum, cassure soudaine de rythme qui laisse monter le filet de voix mélancolique d’un enfant réfugié au grenier, la profondeur des champs et des chants de Nosfell est infinie, captivante, sidérante parfois.  Liberté,  encore, par ces univers intimes déroulés avec pudeur et qui connectent lentement le public. Une expérience partagée avec certaines chansons de Radiohead, si ça vous parle…

© photo manu wino live photography

Il y a du Petit Prince, dans ces pas-de-côté, dans ces alizés poétiques où l’on voit Nosfell tantôt songeur, réfugié en des poses d’échassier, tantôt renversé par la dérive de sa propre guitare, et soudain rendu au public dans un sourire d’enfant.

© photo manu wino live photography

Il y a en France ce chanteur extra-ordinaire, et la tournée de son dernier album Echo Zulu qui, au bas mot : pour se faire une idée, vaut le détour.

nosfell.com/

Une interview à lire  ici

Publicités
Publié dans live | Tagué , , , | Laisser un commentaire

Emily Loizeau en concert : la transe lente de « Mona »

© photo Guillaume Souvant AFP

Le Festival qui l’accueille à Toulouse (31/01/2018 à L’Escale – Tournefeuille – complet!) s’appelle Détours de chant, pourtant Emily Loizeau est une de ces chanteuses populaires qu’on aime sans détours parce que ses chansons et sa personne s’installent avec naturel dans le bagage d’imaginaire narratif et musical qui accompagne beaucoup de moments de vie.

Foin de postures ou de storytelling à injecter dans les médias pour construire une carrière, cette Ardéchoise-là a un caractère, authentique, et ses chansons n’ont besoin de rien d’autre que ce qu’elles racontent, pour nous accompagner longtemps.

C’est que cette fille vient du théâtre, et pas du radio-crochet.  Dans cette exposition à voix nue, ça passe ou ça casse, mais quand on touche, c’est souvent au cœur.  Son propos explore les sentiments humains avec l’humilité de l’expérience ou la sincérité de ceux qui s’engagent.  Dès lors la tonalité de ses créations peut être tantôt mélancolique, tantôt doucement joyeuse, mais l’émotion et la tendresse y affleurent toujours.

Sa culture poétique est profonde et vivante, ressource donc.  Pour preuve, sa lecture musico-théâtrale des chansons de Lou Reed, présenté entre-autre au Printemps de Bourges il y a bientôt deux ans.

Si on retient de son parcours une ligne délicate piano/voix, elle est surtout curieuse d’autres formes, soucieuse à chaque nouveau projet de pousser sa créativité hors de sa zone de confort.  Ainsi le spectacle « Mona » – qu’elle présentera à Toulouse en version concert – a d’abord été monté comme une pièce de théâtre musical,  un genre abordé lors des ses années londoniennes (*).  Basé sur une double histoire familiale, elle y aborde sa relation à sa propre mère; une exploration tout en paraboles et en questions.  L’atmosphère des chansons est logiquement intimiste.  Emily excelle dans ce registre, propre à émouvoir, souvent, et à emmener l’auditeur dans des transes lentes, hypnotiques, propices aux changements d’état – chose que proposent quelquefois les concerts réussis.

  • Emily Loizeau / Piano – Prophet – Chant
  • Jeff Hallam / Basse
  • Csaba Palotaï / Guitares – Chœur
  • Clément Oury / Violon – Tuba baryton – Choeur
  • Sophie Bernado / Basson – Chœur – Clavier
  • Emmanuel Marée / Batterie – Chœur

(*) D’origine franco-anglaise, Emily a vécu à Londres où elle a étudié le théâtre.

emilyloizeau.fr/

Emily Loizeau sur Facebook pour le fil d’actualités

Le festival DETOURS DE CHANT, jusqu’au 3 février 2018 à Toulouse.  Aussi sur Facebook

Publié dans live, musique, vie culturelle | Tagué , , , , , , , , , | Laisser un commentaire

Lula PENA en concert – Rencontre avec un mirage

Salle NOUGARO de Toulouse: le 23 janvier 2018

Et à Paris à l’Alhambra le 30 janvier dans le cadre du Festival Au Fil des Voix

© Buddhy // © Vera Marmelo

Artiste très rare sur scène et avec seulement 3 albums parus depuis 1998 , Lula Pena, pour le petit cercle de ses admirateurs, est un authentique mirage.  L’opportunité de la retrouver ou de la découvrir en live à la Salle Nougaro est du niveau pince-moi-je-rêve  pour les uns, occasion à ne pas manquer pour les autres.

Son destin de chanteuse se révèle en Belgique il y a une vingtaine d’années où elle avait posé ses sacs au fil d’une pérégrination nomade : des amis lui avaient organisé un concert au mythique club jazz Le Travers, un producteur l’invite à enregistrer le soir-même, et tout commence.  Son premier album Phados est un gros succès critique mais devient rapidement introuvable (moi-même j’en avais reçu une copie d’amis aux yeux brillants, comme on confie un grimoire aux vertus thérapeutiques révolutionnaires hahaha). Comme l’écrit joliment un blog-collègue : « Les années passent et aucune nouvelle : on finit par croire que Lula, comme un feu follet, s’est dissipée pour ne plus revenir. »  Un deuxième album finit par débouler en 2010 (« Troubadour »).  Enfin, « Archivo Pittoresco », sorti il y a peu (janvier 2017), est le socle de ces quelques concerts programmés depuis.

Esprit libre, intransigeante sur sa démarche artistique, peu sensible aux sirènes de l’industrie du disque, elle explique ainsi ses longs silences publics :

«Pendant tout ce temps, j’ai été dans une dynamique constante, j’ai travaillé, fait quelques concerts, rencontré des musiciens. Mais dans une dynamique étrangère au mode de fonctionnement de l’industrie, qui ne m’a jamais intéressée. J’ai suivi un chemin qui n’a jamais croisé celui du monde du disque.»

© Buddhy // © Vera Marmelo

Expression de sa trace bohème scintillante, les textes des treize chansons du nouvel album Archivo Pittoresco circulent entre portugais, français, anglais, espagnol, italien et grec. Un rêve de polyglotte, espéré depuis dix ans par ses aficionados…  Choisis chez des auteurs de tous pays, de la Chilienne Violeta Parra au poète surréaliste belge Louis Scutenaire, du compositeur sarde traditionnel Giuseppe Rachel au compositeur grec contemporain Mános Hadjidákis, ils chantent l’amour, le manque, l’absence et la tristesse.

Tout comme pour la chanteuse d’origine hongroise Zsuzsanna Varkonyi, sa créativité toute personnelle, sa trace poétique s’affranchissent résolument d’une typologie ou des étiquettes attendues par l’industrie. Tout en conservant une identité et une forte personnalité, son répertoire se situe dans un après-musiques du monde.  Si l’univers de Lula évoque dans un premier parfum Saudade un fado accentué de rythmique flamenco, assez vite les frontières de la folk, de la bossa-nova, du tango argentin sont dépassées.  Ce mouvement créatif est fondé sur l’instinct, et non sur une transgression exploratoire en forme de concept formel, qui n’offrirait pas l’harmonie du style et l’émotion ressentie à l’écoute des chansons de Lula Pena ou de Zsuzsanna Varkonyi.

Sur scène, Lula Pena est captivante, elle dégage une atmosphère intense, à la limite de l’embrasement, déjà rayonnante. Sa voix de contralto, aussi minérale que celle de Zsuzsanna est aérienne, est apaisante et troublante à la fois. Dans un premier temps, elle opère avec une douce étrangeté, et puis comme un souffle, un baume.

«Mes concerts sont une forme d’acupuncture : seule sur scène avec ma guitare j’ai une communication directe avec le public. Je vais toucher un point émotionnel, très intime. La musique a ce pouvoir.

Mon répertoire est ouvert, un corps vivant qui se comporte différemment à chaque interprétation.  Pour moi, chaque concert est une pièce unique, au cœur de laquelle  les différentes chansons peuvent se connecter et s’organiser de différentes manières, sensibles à l’atmosphère, l’inspiration, l’interaction entre l’auditoire et l’entité temporaire créée par la conjonction de la voix et de la guitare. »

Venez donc contribuer à l’expérience, à la transe lente …

Pour réserver sa place sur le site de la Salle Nougaro

Salle Nougaro sur Facebook

lulapena.com

Page Facebook Lula Pena

Publié dans live, musique des mondes | Tagué , , , , , , | Laisser un commentaire

A Place Called Love : Zsuzsanna Varkonyi

Concert de sortie de résidence au Comptoir de Fontenay (région parisienne) – Vendredi 19 janvier 2018

Cette artiste est plume au vent, lumière qui frise.
Hongroise accentuée tzigane,
sa living road infuse dans les langues du monde.
Irradiée par les coups de cœur et les beaux textes,
elle y sème des chansons qui sont autant de petits cailloux blancs,
trace volatile des mélancolies et des émerveillements
glanés dans la poussière des routes cabossées.

photo © Pierre Dolzani

On trouvera toujours des gens pour peser la valeur d’un artiste à l’aune de sa comm’, de ses images-clés, de ses punch-lines.  Les concepts et le story-telling façonnent des carrières, nourrissent le business d’une certaine scène.

A l’opposé, les artistes comme Zsuzsanna relèvent de la sortie de route, des chemins de traverse, de la marche à l’instinct pour trouver l’eau.  Tous capteurs dehors, ils s’exposent sans filet à des émotions révélatrices dont nous prive un quotidien de plus en plus pesant ou formaté.

La poésie qu’ils nous partagent, intense ou légère, est le fruit de ces expériences.
Une résidence d’artiste en est une variante, une possibilité fragile.

Zsuzsanna l’envisage avec délicatesse, comme un creuset où s’élabore un certain élixir qui se révélera le moment venu.  Cette résidence sera un temps dédié au quintette des musiciens réunis dans cette vibration impulsée par le nouveau répertoire de Zsuzsanna, des chansons magnétiques.

Découvrir une création dans l’élan de sa gestation est une opportunité rare.  L’audience réunie au Comptoir de Fontenay ce 19 janvier en aura la primeur.

C’est une résidence pour la création. La création est une chose fragile, un vent à souffler. Je n’en connais pas le résultat, moi-même je le découvrirai. (Zsuzsanna)

Plume au vent, lumière qui frise…

 

 

Zsuzsanna VARKONYI (composition, voix, accordéon)
Csaba PALOTAI (guitare)
Frédéric NOREL (violon)
Sébastien GASTINE (contrebasse)
Steve ARGÜELLES (batterie)
invité : Stan GRIMBERT(vibraphone)

 

TARIF WEB 12€
www.musiquesaucomptoir.fr

Lien vers l’Evénement Facebook 

Publié dans live, musique, musique des mondes, paroles et musique, vie culturelle | Tagué , , , , , , , , | 2 commentaires

La plus belle des berceuses va captiver large…

On n’a vraiment pas honte, des fois, d’aller feuilleter les beaux albums pour enfants dans les librairies.  Même pas besoin d’être ‘piégeable’ dans la catégorie captive des parents,tatas,papys et autres gagas des marmots pour s’émerveiller devant les pépites artisanales qui poussent dans cette catégorie grâce à la créativité inépuisable des auteurs et des illustrateurs.  Et ils ont du mérite de ne pas se blaser, car les droits de ces auteurs qui façonnent un peu beaucoup l’imaginaire de nos gamins n’ont vraiment rien à voir avec ceux des romanciers à succès , ce n’est rien de le dire.

 

Berceuse_cover

De ces albums, on en trouve quelques uns augmentés d’un CD, mais ce qu’ils apportent à l’univers de l’histoire contée ne saute pas toujours … aux oreilles.  En voici un fameux, ravissant pour les yeux … et les oreilles, et pour le coup, porteur d’un univers qui va peut-être bien captiver large.

En effet, l’auteur n’est autre que Piers Faccini, le songwriter souvent chroniqué ici, et dont le label quasi-familial Beating Drum nous a habitué à des réalisations artisanales de qualité, qu’ils s’agisse des albums de Piers, des tirages collectors de dessins de l’auteur, ou encore de clips vidéo souvent réalisés ces derniers temps par l’animation de papiers découpés imaginés par Piers lui-même.  L’affaire – la belle affaire! – a été éditée par la prestigieuse maison Actes Sud junior.  Voyez plutôt.

berceuses

La Plus belle des Berceuse est une histoire qu’il a imaginée et illustrée pour les enfants de 4 à 9 ans, et dont il a également réalisé la partie musicale.  Le CD intégré à l’album propose le récit de l’histoire par Piers Faccini lui-même et six berceuses de toute beauté (et super efficaces!), chantées tantôt par Piers en anglais, en napolitain, en français, tantôt par des voix amies proprement envoûtantes : Florence Comment en hindhi, Djene Kouyaté en malinké de Guinée, Tom Stuart en anglais.

Mes enfants sont assez grands maintenant mais j’ai toujours adoré ce moment intime, entre parent et enfant, qui est l’histoire du soir. On a l’impression que l’histoire lue à voix haute fonctionne comme un accès en douceur au monde du sommeil et des rêves.

Quand Actes Sud m’a proposé un projet de livre pour enfants, je savais que je voulais faire quelque chose autour du sommeil et des berceuses. Lorsqu’ils étaient petits, je chantais souvent pour mes enfants et je suis ravi de pouvoir laisser, à travers ce récit et ces berceuses, une petite trace de ce rituel intime et privilégié que j’ai vécu avec ma famille.

Clairement, si l’histoire est pour les petits, les berceuses sont des clés atmosphériques à partager sans modération.

Écoutez plutôt cette merveille écrite en Napolitain par Claudio Domestico et Alessio Sollo.

berceuse

Vous pouvez acquérir l’album avec une dédicace sur la boutique sécurisée BandCamp de Piers Faccini et Beating Drum, à cette adresse (épuisé pour l’instant mais en réassort imminent)

L’album est disponible au rayon Jeunesse des bonnes librairies.
A Toulouse, allez voir chez Tire-Lire, rue de la Bourse

Les plateformes pour le téléchargement etc sont en lien ici

 

Publié dans Faccini (Piers), labels-production-édition-diffusion, littérature, musique des mondes, paroles et musique, uncategorized | Tagué , , , , | Laisser un commentaire

La Guerra dei Cafoni : une fable tendre dans un pays attachant

Passé comme une comète au Festival du Film Italien de Toulouse (une première pour sa version sous-titrée en français), cette « guerre des boutons » intemporelle, ancrée dans l’Italie rurale du sud, est l’histoire de la lutte des classes traitée comme un mythe, truculent et féroce dans la tradition du grand cinéma italien –  comme on pouvait l’espérer.

Il y a parfois des films dont on sait qu’ils ne s’effaceront pas de notre bouquet de références conscientes pour reconnaître en soi des sentiments ou des émotions comme l’attachement, la tendresse, et quelques pulsions qui font grandir quand on les dépasse, comme oser, partir, ou être soi.  C’est bien le rôle des fables non?

Sur fond de conflit séculaire entre bouseux et riches propriétaires terriens, les réalisateurs Davide Barletti e Lorenzo Conte ont construit un récit dense de symboles et d’ouvertures à la réflexion tout en conservant une dynamique narrative digne des excellents westerns.  La dimension western est ici puissamment portée par la terre aride, brûlante et rocailleuse des Pouilles et plus particulièrement du Salento.

Combiné à la polyphonie des nombreux dialectes des Pouilles –  ceux des adolescents (non professionnels) qui portent le film, voilà qui fait l’attachement, la tendresse cités plus haut, et la musique inoubliable qui introduit les « Il était une fois … »

Encore une séance programmée au Cinema ABC pour le  Festival du Film Italien de Toulouse, ce mercredi 6 décembre (jour de la Saint Nicolas, protecteur des enfants!), voire une autre dimanche 10 décembre si le palmarès aura distingué ce très beau film (on croise les doigts).

La page Facebook du Festival

Publié dans uncategorized, vie culturelle | Tagué , , , , , , | Laisser un commentaire

C’était panache, couleurs, yeux qui brillent …

Catherine Ringer et le supplément d’âme des Rita Mitsouko au Bikini de Toulouse (28/11/2017)

Quel concert mémorable : show brillant, puissant, qui a vu affleurer ou se précipiter émotions, célébrations, et fête colorée.  Comme il en va du cours d’une onde au gré de tout ce qu’elle traverse.  Catherine Ringer, c’est encore l’élan des Rita Mitsouko bien sûr, mais pour arriver jusqu’ici – c’est-à-dire au chaud dans nos cœurs toujours gamins, le carbure c’est sa foi dans la vie, sa braise, et les étincelles qui en jaillissent.

Elle a été la voix incontournable de quelques générations qui ont appris à parler de l’intime au milieu de la fête. On l’a écoutée nous raconter des histoires avec Fred et elle nous a épuisés sur les dance-floors des nuits entières.

Les Rita Mitsouko ont marqué une époque française, et si depuis le temps a passé, même si Fred Chichin a tiré sa révérence, et même si Catherine sourit avec une mélancolie lumineuse à son âge certain, la revoici sur les planches, célébrant l’essence des Rita dans sa patine à elle.
Teinté de pop, de funk et d’électro, son show continue à nous raconter notre vie dans le siècle.

Elle est la grande dame sans chichis, élégante jusque dans son pastiche des tralalas des divas : elle, c’est une vraie frangine.  Elle partage un rock pêchu, des éclats de rire, une danse endiablée, des tendresses sur l’âge, le souvenir de Fred Chichin (dites-moi que c’est sa grande guitare folk qu’elle joue sur quelques titres au milieu du set ?!!) et, l’œil brillant, les bras grand ouverts, un irrésistible « C’est quand même bien, la vie !! »

Comment résister si elle nous prend par tous les bouts : arabesques de ses mains graciles, sourires, et déboîtés du cou qui agissent comme le teaser d’un Marcia Baïla de légende qui finira par arriver, électrisant un public à l’unisson déjà bien chauffé par le Don’t forget the night des premières heures et enchanté par les titres de son dernier album Chroniques et Fantaisies qui aligne, comme toujours, fantaisies – parfois déjantées et mélancolies douces.

photo © Nathalie Amen-Vals / Midi Libre

Soutenue par de riches nappes harmoniques avec Nicolas Lienard aux claviers et la rythmique solide de Franck Amand, sa voix est toujours cet orchestre généreux qui laisse fuser à l’envi les arias de ses hauts-couturiers : les riffs baroques du guitariste Paul Pavillon, et la grande classe de Noel Assolo avec ses basses tantôt girondes, tantôt funky en diable – et que dire de son break frontstage en mode slap (combien dans les vappes ? +1).

Le show était brillant, puissant, mais voici ce qui le résume le mieux à mes yeux.  Parce que tout ce qu’on voit dans ce live de 2004 était présent en substance ou dans l’air au concert du Bikini de Toulouse : le panache, les couleurs, et les yeux qui brillent.

Publié dans live, musique, vie culturelle | Tagué , , , , , , , , , | Laisser un commentaire

Suite Ravel, par Woeste et Keberle à Antony : Tissu de résonances, un siècle plus tard.

Ce samedi 25 novembre 2017 à Antony, le concert des jazzmen Frank WOESTE et Ryan KEBERLE  va être l’occasion inédite d’inscrire dans le même set leur nouvel album Reverso – Suite Ravel (chroniqué ici) et l’œuvre originale du maître: Le Tombeau de Couperin, qui les a inspiré.  Zéro pédagogie.  Simple juxtaposition de matières qui va lever de lui-même le voile sur le dialogue fécond entre Maurice Ravel, le dernier des musiciens classé classique, auteur du célébrissime Boléro, et ce que ses inventions ont semé dans la tête de jazzmen du 21e siècle.

photo © Pauline Penicaud

Le concert alternera les mouvements de l’œuvre originale, donnée au piano par Clément Lefebvre, avec pour chacun leur miroir inspiré pour le projet Reverso par le quartet Jazz (Frank Woeste – piano, Ryan Keberle – trombone, Vincent Courtois – violoncelle, Greg Hutchinson – batterie, percussions).  Une rare filiation esthétique, livrée dans sa continuité.

Frank Woeste, ce n’est pas la première fois qu’on le chronique ici en pianiste de jazz  aussi doué en sideman ou arrangeur pour les autres que pour lancer de somptueux projets.  Mais voilà, depuis notre dernière conversation, il a semé quelque chose qui trotte en tête, et qui vient toucher à l’idée qu’on peut se faire de la matière première de la création artistique, toutes disciplines confondues.  Un petit livre de David Sanson consacré à Ravel  (Actes Sud – Classica)  nous a même offert quelques citations de Ravel lui-même qui viennent étayer ce que les musiciens Frank Woeste et Ryan Keberle ont mis en œuvre à l’instinct.

La parlotte est détendue à Odyssud -Blagnac où Frank est venu en octobre dernier assurer les claviers pour la diva YOUN SUN NAH.  Il parle de la fascination visionnaire de Ravel pour le jazz , ses inventions rythmiques et harmoniques, son écriture libre et ouverte, et la part belle faite à l’improvisation.

L’improvisation existait déjà avant le jazz, rappelle Frank. JS Bach, qui fut organiste, l’inscrivait dans ses compositions pour la liturgie.  Il fallait bien meubler pour couvrir les aléas dans le déroulement de la messe!

Lui et Ryan se sentent-ils des pionniers absolus dans leurs compositions, sans héritages aucun?

Certainement pas!  Tout fonctionne toujours par fécondations, inspirations successives.  Ça a fonctionné pour Ravel, et ça le refait pour nous, qui avons construit nos mouvements dans cette Suite Baroque revisitée à partir de ferments de l’œuvre originale: une suite harmonique, un élément rythmique, une mélodie… que nous avons développés dans notre écriture propre.

Comment alors fonctionnent ces artistes?  Si on lit Ravel lui-même, il n’y a pas de comment, ni de pourquoi:

Musicien: pas un professionnel, diable! Créateur ou dilettante; être sensible au rythme, à la mélodie, à l’harmonie, et à l’atmosphère qui créent les sons.  Frissonner à l’enchaînement de deux accords, comme au rapport de deux couleurs.  La matière: cela importe d’abord, dans tous les arts.  Le reste en découle.
(« Impressions », sur Chopin – 1909)

Cette liberté de ressentir, de chercher à l’instinct, Frank Woeste non seulement la revendique pour son écriture mais la recommande comme attitude pour explorer la musique selon sa propre sensibilité:

Je suis issu de formation classique, rappelle Frank, ce qui ne m’empêchait pas d’écouter autre chose dans ma jeunesse.  C’est le jazz fusion qui m’a attiré en premier.  Puis ça m’a intéressé de découvrir ce que tel musicien qui me branchait avait fait avant, ce qu’il écoutait dans sa jeunesse à lui, de voir ses influences, son parcours, … Je suis remonté comme ça à Bill Evans, au Cool et à Miles, au be-Bop,…

La parole à David Sanson, pour conclure:

Les plus grands artistes et les plus grandes œuvres se reconnaissent notamment parce qu’ils savent secréter en chaque être un système d’échos, un tissu de résonance propres qui, à notre insu, agissent à la manière d’un miroir et, finalement, d’un révélateur.  Certaines œuvres, certaines musiques nous accompagnent qui semblent n’avoir d’autre effet que de nous permettre de mieux entendre le monde. (…)  La musique de Ravel fait partie de ce trésor, de ce patrimoine inestimable (…).  Pénétrante et sereine, la musique de Ravel, entre autres bienfaits, enseigne l’art du compagnonnage.  Qu’ils soient cinéastes ou écrivains, comédiens ou interprètes, compositeurs ou plasticiens, la plupart de ceux que nous avons pu interroger (…) ont eu des mots qui ne trompent pas pour évoquer l’entêtante et vertueuse alchimie à l’œuvre chez Ravel.  A leur manière, eux-même prolongent sa musique en la faisant vivre à travers eux, en faisant fructifier ce qu’elle a à nous apprendre.

Concert à Antony (région parisienne) le 25/11/2017, organisé dans le cadre du Festival Place au Jazz (cliquez sur la date et accédez à la billetterie en ligne) ou encore ici
ou réservez par tel à l’Espace Vasarely au 01 40 96 68 57

Publié dans jazz, musique, uncategorized | Tagué , , , , , , | Laisser un commentaire

WALTER SEXTANT LIVE (encore): au Taquin de Toulouse

Au club Le Taquin le 25 novembre dans le cadre du Festival Bar-bars

photo © Sebastien Pipo

C’est toujours émouvant, un jeune band de Jazz qui s’ébroue, déploie ses ailes.  On ne va pas chercher à placer Walter Sextant sur une échelle de maturité parce que ici, maintenant, c’est l’élan qui compte, l’énergie.  Pour autant, c’est de l’énergie propre: Rémi Savignat – leader et compositeur – a les idées claires et ses collègues y contribuent en bonne intelligence artistique, on sent clairement que ça circule.

Cet esprit de band qui fait si forte impression dans leurs prestations scéniques fertilise en amont les compositions de Rémi, qui sait pouvoir compter sur la créativité des musiciens auxquels il va confier ses histoires.  Car Rémi est ce genre de raconteur qui brûle de connaître la suite de ses propres histoires: aussi écrites et contextualisées qu’elles soient, ses compositions commencent à vivre avec les répétitions et c’est bien dans la part qui échappe qu’elles révèlent leur charge émotionnelle, leur caractère, la couleur qui les fera chacune unique.

Voilà ce qui motive Rémi Savignat et ses musiciens: la recherche de la cohérence bien plus que l’approfondissement du style, au bout d’une recherche à risques, comme le ferait un explorateur impressionniste en donnant des moyens à ses rêves.  C’est aussi l’histoire de Rémi, jeune rocker qui s’est arraché à l’usine pour étudier la musicologie, qui a dépassé ses a priori sur le jazz intello pour approfondir ses intuitions narratives dans cette langue immense.  Au final, une histoire est bonne quand on se la raconte.  Quand elle s’inscrit ou se transcrit au poil dans l’univers de chacun.

Pour en savoir un peu plus sur l’ADN de Walter Sextant, retrouvez notre billet pour le webzine Les Musicophages ici

Pour le concert au Taquin, Walter Sextant élargit la palette avec la clarinette basse de Florian Leger.  Nouveau challenge excitant.  Ça va donner…

Club Le Taquin: infos et réservations

waltersextant.com

Publié dans live, musique, vie culturelle | Tagué , , , , | Laisser un commentaire

Idir (mé)tisse sa poésie au Phare de Tournefeuille

Ce jeudi 16 novembre au Phare de Tournefeuille, c’est une toute belle célébration de poésie musicale qui s’annonce avec le concert d’Idir. Ydir, légende en sa terre de  Kabylie, héraut d’un peuple dont la langue longtemps interdite a survécu par ses chantres et ses poètes, cultivée comme un art, ferment de résistance. Idir, poète subtil devenu pair des grands chansonniers français.  Cette belle histoire, cette boucle infinie entre deux cultures ne se réduit pas aux flux et reflux  d’une immigration qui a certes nourri la culture d’ici.

Ici et Ailleurs, son dernier album, assemble comme le ferait un collectionneur attendri quelques perles de la chanson française mises en résonance vibratoire avec la sensibilité kabyle.  Aznavour, Tryo, Cabrel, Lavilliers, Grand Corps Malade, Maxime Leforestier ou encore Gérard Lenorman exposent leur chanson à ces harmonies complexes, envoûtantes  et prêtent leur voix à l’accent d’une langue fleurie qu’ils appréhendent uniquement par les sens.  Bien loin des chansons à la manière de, dégagées des pesanteurs de la pédagogie transculturelle, ce sont de purs métissages qui s’offrent aux oreilles, racontent de nouvelles histoires.

La poésie, fût-elle musicale, se renouvelle tout les jours en inventant des formes inattendues.

Idir en écrira une nouvelle page jeudi au Phare de Tournefeuille, passant de l’album à la scène – où il va libérer, seul sur les concerts de sa tournée, tous les parfums subtils de ses duos fraternels.

Le site du Phare de Tournefeuille (et le lien pour acheter des places)

La page Facebook du Phare (page de l’événement)

Publié dans live, musique, musique des mondes, vie culturelle | Tagué , , , , | Laisser un commentaire