Kiline

(article initialement publié sur Myspace en février 2010)

‘En l’homme, tous les chants prennent naissance dans les grandes régions vierges.
Quelquefois, ils nous viennent comme des pleurs, profonds comme la peine de la terre; quelquefois comme des rires insouciants qu’on ne peut réprimer en sentant la vie et les beautés des terres du monde.
Sans que nous le sachions, ils viennent avec notre souffle, ces mots et ces intonations qu’on n’emploie pas tous les jours, et ils deviennent la propriété de celui qui sait comment les chanter pour les autres.’

Kiline, Inuk de la Côte Est du Groenland, (cité par Norbert Rouland, Inuit Studies, Vol 3, 1979)

Ce texte, je l’ai cherché longtemps.  Sans me rappeler que l’ami Etienne me l’avait mis sous les yeux quelques vingt ans plus tôt(*).Dans un sanglot étouffé de Billie ou l’explosion de joie de Sonny Terry, les premiers troubles.  Le long de la route du Blues du Delta, une conviction qui se forge.  Arrivent Piers Faccini, Ballake Cissoko et Vincent Segal, et l’arc en ciel se forme.  D’autres assemblages, d’autres timbres mais toujours une même illumination.

D’où vient donc le chant des hommes, le chant de celles et ceux qui ne font pas semblant ?  Tout à l’exhubérance d’avoir compris, tout à l’urgence de convertir, on en fera des tonnes, on (je) ne contiendra(i) pas le fleuve des mots.

Heureusement il y a Kiline l’Inuk.
On ne va pas le phantasmer, puisqu’il existe et qu’il parle.  En peu de mots.  Quelques mots, trois phrases lui suffisent à tout dire.  Car Kiline est d’un peuple premier qui tient encore le fil de la tradition populaire, orale, vécue, de sa communauté.

Le chant et la musique comme pulsion vitale, comme nécessité sociale, ce lien entre le ventre, le souffle, le rêve, et la communauté …
Quelle évidence, si commune, mais quelle évidence!Kiline est un passeur.

Il légitime le rôle que prendront, en conscience éveillée et à différentes époques, des Skip, Billie, Johnny, Cast, Woody, Pete, Bob, Bruce, Neil, Jimi, Lhasa, Piers, .. et Lou, et Nick, et Rog, et ..

On peut rallonger la liste.  On va encore trop causer.
La parole de Kiline suffira.  Et son écho jusqu’à nous et ceux qui suivront.

(*) Musiques des Peuples de l’Arctique – Analyse discographique – Etienne Bours ( La Médiathèque 1991 – ISBN 2-87147-078-2)

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