Piers Faccini et Vincent Ségal en duo : Entre grâce et ferveur

Dans le cadre du XVe Festival International de la guitare (2010), le JAM de Montpellier accueillait les deux musiciens pour une soirée exceptionnelle, dont les maîtres-mots demeureront: intimité et enchantement.

On aura bien palpé ce soir la complicité éprouvée de ces deux artistes complets, née sur le pavé des street-singers qu’ils furent à leurs débuts – il y a plus de 20 ans. Puis, c’est pour chacun un chemin qui se dessine, ponctué de retrouvailles sur quelques «bon plans»: une apparition dans le concert de l’un, une ou deux pistes sur l’album de l’autre. La braise, ça se couve!

Vincent SEGAL* et son violoncelle, il y a tant à dire, c’est … tous les continents si on s’y met, et une vaste culture musicale sur quatre cordes.  Pour ce soir, mettons-le juste dans l’axe de Piers FACCINI* – et c’est déjà énorme.

Le répertoire choisi est essentiellement celui de Piers Faccini, avec une sélection adaptée à ce duo.  Elle va assez naturellement privilégier – mais pas seulement – des titres issus de l’album Leave No Trace, produit en 2004 par un certain Vincent Ségal.

Nous avions assisté en juillet dernier au concert de Piers Faccini et Vincent Ségal en clôture du festival Jazz à Vienne. Le dernier concert d’une généreuse Jazz Mix Night: oui, une nuit entière de musique, et puis ce récital, à l’heure où le soleil se lève. Nous étions dans un drôle d’état, proche de l’hallucination, pour recevoir ces versions revisitées d’un répertoire assez connu.  Un ange était passé sur cette aube-là …

Au JAM, le set démarre dans une amorce des plus intime, lorsque Piers pose son Jesce Sole comme un petit oiseau dans votre main. On retient son souffle mais pas lui : il chante juste doucement, sans se retenir néanmoins. Avec cette chanson Napolitaine, comme naguère avec Deep Blue Sea ou New Morning, chantés a cappella en tout début de récital, il est capable de pénétrer au cœur de notre attente dès les premières notes : c’est un mystère ou son miracle, comme on voudra.

Sans transition,  Vincent glisse vers Circles ’round You, dans le même registre de confidences. Arrive Where Angels Fly. Un morceau mythique pour les fans, de plus en plus attendu depuis que Piers le projette dans le cosmos de ses délires psychédéliques avec loops et effets. Les spectateurs de ses derniers concerts en duo avec l’époustouflant batteur Simone Prattico peuvent en témoigner.  Mais là, pas de Simone, pas de pédales, pas de loops, et un ton de confessionnal depuis le début ! Alors ??! Alors c’est Vincent qui fait le boulot, sur un violoncelle qu’il fait pleurer, proche du sitar.
Les ressources de ce virtuose inspiré sont infinies : on entendra encore de la contrebasse autant que du fiddle dans ce concert !!  Il nous offrira en outre une belle démonstration de sa capacité d’invention et d’improvisation.

Sans aucun doute, Jesce Sole, Circles ’round You, Where Angels Fly, composent un triptyque qui donne le ton, qui pose le concert : là on a compris qu’on était à l’intérieur du tabernacle.

(Les yeux fermés, je reçois, je reçois, je reçois … un flot d’énergie, une vague qui emporte, exporte, reporte, transporte, va, vient, berce. Rien de brutal, je m’y laisse aller en confiance. Et je vogue loin.)

L’ange de Jazz à Vienne n’est pas très loin, perché tout là-haut sur une poutre de la jolie charpente qui surplombe le public charmé du JAM.  Est-ce sa présence qui élève le spectateur, chacun dans son cercle intime ? Lui qui ouvre le cœur pour comprendre l’enjeu de ce concert, que Piers place sous le signe de l’amour de la musique et de l’amitié? Chaque spectateur va prendre son temps, oser les pensées que cette musique lui inspire, les formuler tout bas, comme nous le faisions à Vienne:

(Les chansons savent où nous trouver, mènent à la rencontre entre l’artiste et la vision donnée par l’ajustement de notre prisme à un certain moment.
Je prends, j’accepte, sans lutte, en reconnaissance.)

La suite est à l’avenant, ce qui ne veut pas dire sans surprises.
On est toujours surpris et heureux de retrouver de vieux amis : les covers chaleureuses de Mississippi John Hurt et son Make Me Down a Pallet on Your Floor, Townes Van Zandt et Quicksilver Daydreams of Maria nous ramènent à Jazz à Vienne:

(Chacun de nous aura reçu. Beaucoup reçu. Son moment rien qu’à lui, et lui seul saura pourquoi. Nous repartirons tous plus riches. Une parcelle de bonheur, des braises auprès desquelles venir se réchauffer lorsqu’il fera un peu plus froid. Des braises à partager, un feu sur lequel souffler, à tour de rôle ou tous ensemble.
Pour que la musique vive toujours.)

Catch a Flame, en harmonie parfaite avec les deux artistes et l’écoute du public à ce moment-là, introduit et gentiment « fermé » par Vincent sur des notes pures, filées … C’est le morceau le mieux ressenti par Piers sur ce set, nous avouera-t-il plus tard !  To See is to Believe, rare en live et ici dans une version magique, également soulignée par Piers.  Each Wave that Breaks en final (avant les rappels), dans une version aussi intimiste que dans le liveincam, un webconcert italien diffusé l’hiver dernier. (voir la vidéo sur Liveincam)
Il faut citer No Reply, un titre tout neuf qui figurera sans doute sur le prochain album.  Doux-amer, sombre par le texte, bien enlevé  par le rythme et la mélodie ; un titre écouté dans une sorte de recueillement, comme chaque fois qu’on reçoit une faveur !

C’était une bulle hors du temps, oui, et deux magiciens aux cordes et au cœur. Leur art fut de construire un cadre intime qui accueille autant la ferveur et la délicatesse que la détente, qui favorise le déploiement d’une forme de beauté et laisse le temps aux commentaires amusés des deux complices.

(Piers et Vincent nous ont offert d’être témoins de cette très belle osmose. Leur joie de jouer ensemble faisait plaisir, vraiment plaisir à voir. Et cela se ressentait dans les interprétations. Piers était puissant ce matin-là, très fort. Fort de ce soutien peut-être, fort de leur bonheur. Vincent, lui, rayonnait et tout semblait si facile. Touchés par la grâce, nous avons été touchés en écho.)

Les hasards (qui n’en sont pas !) nous auront également offert deux autres bonheurs ce soir.

S’être placé un peu par défaut hors du champ de diffusion des grandes enceintes nous aura donné l’impression d’assister à un récital presque acoustique. Les heureux détenteurs d’un billet pour le concert de ce duo à Saint-Eustache (Paris) en novembre prochain goûteront, eux, pour de vrai à cette qualité.
Ensuite la rencontre avec une spectatrice particulière : Claire Menguy*, brillante violoncelliste sur un titre et une bonne partie de la tournée en 2009 de l’album Two Grains of Sand, de Piers Faccini. Claire Menguy est membre du Trio Zephyr (cordes et voix), dont l’album Le lendemain Matin, magnifiquement inspiré,  mérite une écoute attentive. On emprunte d’instinct à la pochette de leur album cette citation fort appropriée:

« Pourquoi la musique existe-t-elle, sinon pour porter secours au plus malheureux, pour le sauver dans les pires circonstances, rendre son cœur à celui qui l’a perdu ? Ce n’est pas le musicien qui compte, ni la musique non plus.  L’auditeur seul est cette étoile qui se lève, inattendue et impossible, dans le ciel de sa détresse; la chaleur dans son froid; l’espérance inconnue dans l’océan connu et tourmenté du désespoir. L’amour est là.  Ni dans celui qui donne ni dans celui qui reçoit, ni même entre les deux: il est l’échange de l’un à l’autre. La musique est cet échange; le musicien, celui qui le commence »
(Shakespeare in «La Tempête»)

L’ange, là-haut, approuve d’un battement d’ailes.
(La tête dans les étoiles pour encore longtemps …)

Idéïous et Lisa

*****

* Pour poursuivre la balade :
Avec Piers : Le site de Piers (avec des surprises et des merveilles à découvrir et emporter)
Avec Vincent : Le site de Bumcello (Vincent Ségal et Cyril Atef)
Avec Claire : et le Trio Zephyr
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