My Wilderness : le nouvel album de Piers FACCINI

Maintenant que nous avons partagé avec Piers FACCINI quelques vagabondages en chacun ses terres vierges (voir notre article précédent), voici venu le temps d’approcher l’album : palper, feuilleter, écouter, et franchir la porte.
 
 
 

« Ce garçon, à sa manière,
invente un nouveau monde
et l’on découvre que c’est le nôtre. »
Henry Bauchau in L’enfant bleu
(Babel/Actes Sud 2004)


Il y eut l’attente. La longue attente. La délicieuse attente. Les promesses semées le long du chemin, les petits cailloux que l’on choisit de suivre, ou pas. J’ai tenté et je suis parvenue à éviter tous les extraits distillés ci et là depuis des semaines, les émissions radio – gardées pour plus tard, les morceaux offerts sur les players, MySpace ou BandPage de Facebook …

Aucune note, aucun souffle. Rien. Je ne voulais rien percevoir avant d’avoir cet album en mains. J’aime …

l’attente menée à son apogée.

Impossible toutefois de passer à côté de la pochette, douce confirmation de ce qu’aura été la lecture du titre de l’album : MY WILDERNESS, comme une exploration de ses propres terres, intimes, territoires reculés ou sauvages. Un voyage qui, une fois amorcé, aura changé notre regard sur les paysages pour toujours ; aucun retour en arrière possible. Jamais.

J’ai donc reçu LE disque. Aujourd’hui.

D’abord le sortir de l’enveloppe avec une certaine impatience … et apprécier chaque seconde de cette apparition, de cette apocalypse en son sens grec. Prendre le temps de l’effleurer, apprécier son contact sous les doigts, en respirer l’odeur. Le tourner et le retourner dans tous les sens.
Enfin, doucement, l’ouvrir.

Commencer alors la lecture du livre, comme pour Two Grains of Sand. La lecture en premier lieu.
Délectation.

Le ton est donné dès que l’œil rencontre la pochette. Un autoportrait, patchwork de pièces taillées dans des cartes routières ou maritimes. Un chemin dont on découvre la topographie à l’issue de chaque méandre, que l’on suit en pèlerin, Piers en ouvreur. Pas besoin de plus pour l’instant. Apprivoiser déjà les paroles, poèmes semés au vent, envolés de leurs propres ailes pour un temps, avant que ne les rejoigne la musique. J’ai lu. Une interrogation sans fin du silence. La question laissée en suspens. J’ai lu et j’ai pleuré.

J’ai lu et j’ai refermé le livre.

Demain, j’écouterai la voix de Piers rejoindre celle qui s’élève du poème, le silence et les mots dans une danse irrésistible, qui étourdit, mène au ciel.
Demain.

« Dans ma famille, les frères, on est tous écrivains; tous très différents mais complémentaires, tous concernés par ce qui touche à la parole, « the word ».  Parmi les voies mystiques qui explorent la création du monde, il y a celle qui pose le principe créateur premier comme une vibration, le son « Aum ».  Cette énergie originelle, primaire, vibre en toute chose; même les physiciens commencent à l’expliquer! »
A l’évidence, Piers FACCINI instille un peu de ce principe générateur dans ses chansons,  que l’on peut transposer en une expérience personnelle, « comme une lampe dans la nuit, tu décides librement de la diriger vers ce que tu veux ».

(In this light truth gets exposed)

Cette idée d’exploration respectueuse de ses propres étendues sauvages, ce wilderness que nous portons tous en nous, Piers FACCINI la prolonge au moment d’écrire ses chansons et de réaliser l’album.  L’intégrité des récits rapportés et le champ libre préservé pour la résonance naturelle des « ingrédients » (mauvais mot pour désigner les musiciens collaborateurs, les instruments, et les voix mixés sur l’album) font de MY WILDERNESS un album abouti, d’une grande cohérence, un gisement pour des écoutes multiples, attentives, émouvantes.

Le producteur arrangeur …

Cette approche globale, intégrée, maîtrisée oserait-on dire, était absente des premiers albums, dont la réalisation avait été confiée – à des degrés divers – à des grands noms : Vincent Segal (pour l’album Leave no trace), JP Plunier (Tearing Sky), Renaud Letang (Two Grains of Sand).  En cumulant tous les rôles : compositeur, arrangeur et producteur, Piers se donne avec MY WILDERNESS la possibilité de travailler cette unité, l’intégrité de son projet artistique, comme il le ferait d’une toile ou d’un poème.

… et le sens du son

Avec cette vision très précise de ce récit qu’il cherchait à rendre, Piers FACCINI a trouvé en Patrick Jauneaud, ingénieur du son et ami, un comparse idéal.  Ce grand professionnel, collaborateur des grands, s’est posé pour challenge de tout mettre en œuvre pour réaliser la vision de Piers sur ce projet complexe.  Complexe, parce que, dans la « pop », l’idée générale du son c’est la transformation : tailler dans le spectre, dans l’enregistrement de chaque piste, voix ou instrument, pour tout faire rentrer dans le mix « idéal ».  Vraiment une affaire de technique.

« Mon idée, avec Patrick, c’était le contraire : réaliser un album quasiment sans effets, de chercher au maximum à préserver la nature intégrale de chaque voix, de chaque instrument.  Faire en sorte que chaque collaborateur instrumentiste, par exemple Badje (Makan Kountara qui joue du N’Goni) soit traité comme un soliste et reconnaisse pleinement son instrument sur le mix final.  C’est une vraie prise de tête, de ne pas dénaturer les sons et de les garder ainsi côte à côte.  Pour réaliser ça, je me suis pas mal inspiré du travail effectué avec JP Plunier, sur l’album Tearing Sky; ce type est un génie.  Mais les ingrédients de l’album étaient peu nombreux, tout aurait pu tenir sur un 16 pistes.  Sur MY WILDERNESS, pour un titre comme « Strange is the Man » par exemple, imagine-toi qu’il y près de 50 pistes!  C’est un gros travail, une forme de maturité gagnée à fréquenter ces grands professionnels : Vincent Segal, JP Plunier et Renaud Letang ».

Rien d’étonnant – connaissant à présent le personnage – à ce qu’il partage et mette désormais ce savoir reçu au service des projets d’artistes proches, tel Claudio Domestico  et Dom Pinto, dont il a produit les albums à paraître en France.
Irriguer et recevoir : dans une famille, ces flux sont implicites, spontanés, harmonieux, et nourriciers.

La musique est nomade

L’autre principe fondateur de cet album repose sur l’idée d’une musique sans frontières, ce qui ne veut pas dire qu’elle est de partout.  Pour Piers FACCINI, écrire la musique est un voyage, un mouvement.  « Ce voyage est déjà en moi, dans mes géographies, dans mes racines et mes branches personnelles : Italie, Angleterre, Irlande et Pays de l’Est. »

(Digging in deep I’m digging in slow
The roots go deep but the branches grow)

Pas de collage non plus dans la liste des influences musicales de Piers FACCINI : le blues du Delta du Mississippi, la musique malienne, la chanson napolitaine, la dentelle des percussions persanes, le folk anglo-irlandais, toutes citées à l’envi dans les copiés/collés des bios à cliquer.
 A l’image de sables colorés jetés dans l’eau, ou les épices dans la marmite qui mijote, vient ce moment – impossible à déterminer – où le temps long ayant fait son ouvrage, la symbiose et le repos accouchent d’une expression nouvelle, transcendée, et unique.  L’artiste peut alors la valider, dès lors qu’elle fait sens pour lui, à ce moment de sa vie.

The songs

Voici pourquoi (« vous me connaissez bien » dit-il) nous savons Piers incapable de stratégie, de formatage, a fortiori dans la réalisation de MY WILDERNESS et du concept associé (voir l’article précédent). « Cet album doit être lu comme un ensemble, une danse soufie, avec des moments où ça tourne lentement (« Strange is the Man », « The Branches Grow ») et d’autres où ça tourne plus vite (« Dreamer »).  Mais jamais je ne présenterai quelque chose en dehors de cette cohérence d’ensemble. »

Alors TRIBE les amis : TRIBE, ce Mississippi charrie le fracas des peines et des espoirs du monde. Entendez la cadence des worksongs, le pas des migrants, les gospels ruraux des affranchis, et l’Afrique pas loin: tout est de front, presque trop riche. TRIBE est un sacré morceau, qui roule avec l’histoire, prend possession, s’étale. « A bridge of hope accross the Western lands »  Souffle la trompette et le répit, au coin de la rue le musicien de passage et son chapeau dans la poussière.

Poussant aux Suds, la frontière mexicaine ou notre proche-Orient, THE BEGGAR AND THE THIEF prend des airs de fable pour stigmatiser les discriminations, le racisme, et tous ces clichés qui ont accompagné le douloureux épisode de l’expulsion des Roms.  Ecrit comme une conversation musicale avec Ibrahim Maalouf, souffleur de tragédies, de romances, d’épopées ou de danses.  Du bout des lèvres même à pleins poumons, ce fin modulateur est un héritage à lui tout seul, et pour Piers FACCINI, une de ses clefs vers cette musique orientale qui l’attend.

MY WILDERNESS – la chanson. Quintessence d’écriture en fusion d’auteurs (avec Francesca Beard), de violoncelle en haute voltige (Vincent Segal) et de contrebasse inouïe dans cette couleur (Jules Bikoko), chœur de solistes en pulsations, assurés par la rythmique de Simone Prattico autour de la voix de Piers.  Tout ce qui passe dans cette chanson, en si peu d’artifices et autant de bravoure, meublerait une vie de paix – si on pouvait en rêver une.

Il reste tant à dire, à ressentir; c’est un chemin semé de chansons et pas un article à boucler.  Nous le partageons tous. « Everyone -Everyone -Everyone »

L’artwork

Des paysages intérieurs, la musique comme un voyage, le tout en dynamique de découverte de soi-même, autant d’accentuations qui annoncent l’artwork de MY WILDERNESS, composé de collages réalisés avec des morceaux de cartes géographiques.  Une oeuvre originale de Piers, déclinée en deux versions différentes pour les éditions européenne et américaine.
« J’ai choisi des cartes qui avaient un sens biographique et un sens dans mes inspirations musicales : l’Afrique et le Sahara pour la peau, les cartes des Cévennes pour les cheveux, Texas et Mississipi avec le quadrillages des longues routes droites pour la chemise, mers et océans pour le fonds, Asie mineure, Iran pour les montagnes.« 
Compte tenu des inévitables contraintes du travail graphique, le rendu est surprenant.  Il renforce le concept global déjà évoqué, en mettant entre nos mains un authentique carnet de voyage.

Chuchotons ici la diffusion dans les tout prochains jours d’un vidéo-clip pour accompagner la parution de l’album.  Un travail d’orfèvre, réalisé au départ de ces collages par des artisans anglais de l’animation.

J’ai écouté la voix se mêlant à celle du livre.

J’y ai aperçu un portrait à la craie, tout en douceur et en intimité. Les petits craquements de la guitare m’ont projetée droit dans le creuset où, dans un écrin tissé de dentelle, j’ai vu la vie prendre naissance, là où l’on peut l’esquisser, jusqu’à faire du vent son oreiller et des cieux son lit … (“the wind is his pillow and the skies are his bed …”). J’ai suivi l’appel des cordes et des chœurs. Jusqu’à l’envol final, au-delà de la stratosphère.

Les chansons, les poèmes comme autant de pigeons voyageurs, porteurs de questions toujours retournées, toujours creusées, questions en dialogue avec d’autres questions, une ébauche taillée dans le silence comme seule réponse, permettant de conserver l’ouverture, rendant la vie des mots, de la pensée, possible.

J’ai assisté au labour d’un champ avant les semailles, au travail de la matière afin de la rendre malléable, fertile. Semer, se voir, se savoir arbre. Puiser son énergie dans la terre nourricière, laisser grandir nos branches, produire de l’oxygène, porter du fruit, la vie.
Écouter respirer le monde en se laissant guider par le rythme – flux – reflux-, qu’on dirait éternel, jusqu’à la lente et longue expiration finale des cordes.

Je l’ai écouté aussi dire mais surtout ne pas dire. Qu’on aime. Qu’on restera. Qu’on sera là.
Toujours.
Ne rien savoir. Ne surtout pas vouloir savoir. Progresser pas à pas. Découvrir le chemin ensemble. Dans ses contraintes et ses libertés. Soulever, déplacer les pierres au fur et à mesure. Et avancer.
Coûte que coûte.

Enfin je l’ai suivi dans une élévation en deux actes, une lente progression crescendo, jusqu’au cœur du poème, centre, pivot, point de passage, après lequel le chemin change d’apparence, enveloppé dans les brumes d’une aube inattendue peut-être, dans une recherche désormais toujours renouvelée, les yeux clos, le noir pour servir d’écrin aux couleurs dont on peindra sa vie désormais.

(Blind
Blind I walk
Everywhere I search
I search for you)

Du noir …

… au noir

(I called out
to the darkness
I’ve been looking for my eyes)

en passant par le spectre de la lumière au complet.

Sur tous les tons

Toutes produites et arrangées qu’elles soient sur l’album, chaque chanson de MY WILDERNESS recèle un potentiel d’interprétations infini, gage d’une charpente bien conçue, d’une composition limpide.  Aussi, chaque occasion de concert sera la bonne : unique et témoin de l’ensemble de la démarche, de la danse.

Votre concert de Piers FACCINI sera celui-là. Portés, enveloppés par une note en voie d’extinction, une porte vers l’infini vient de s’ouvrir à nous.


La tournée MY WILDERNESS verra Piers FACCINI se produire la plupart du temps en trio, quelques fois en duo, et s’offrira ça et là le plaisir de quelques invités de renom : il n’en manque pas dans le cercle.

Pour le trio, Piers sera entouré de Simone Prattico (batterie, percussions) et de Kieran Smith (basse, violoncelle).

* * * * * * *

Pour acheter My Wilderness :
le label Tôt ou Tard (Europe) ou Six Degrees Records (Canada & U.S.)
fnac.com
amazon.fr

Les lyrics complets de l’album sur le site de Piers FACCINI


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A propos La Maison Jaune

Les articles signés "La Maison Jaune" sont issus de la collaboration de Pierre David et de Lisa
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8 commentaires pour My Wilderness : le nouvel album de Piers FACCINI

  1. magnifique et emouvante ecoute, tres beau pierre

  2. almaraye dit :

    Absolument remarquablement poétique !!

  3. ideious dit :

    A lire: l’excellent article consacré à Piers FACCINI et ce nouvel album sur notre blog ‘ami américain’ A Thousand Stories.

    http://www.athousandstories.com/story.php?id=22

  4. Pichouboy dit :

    Bonjour et merci pour ce bien bel article. Je suis à la recherche d’une info : quelle est la chanson où Piers répète « Everyone -Everyone -Everyone » ? Merci de votre aide.

    • Lisa dit :

      Avec plaisir, merci de la visite 🙂
      Il s’agit de « The Branches Grow »

      • Pichouboy dit :

        Merci bcp. Cette chanson est superbe. J’ai eu la chance de voir Piers Faccini au Café de la Danse, c’était assez magique.

        • Lisa dit :

          Magique, oh ça oui, je le crois volontiers !
          Il ne reste désormais plus qu’à acheter l’album, pour que la magie continue à se produire, page après page …

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