Words can sing now – Dom Gabrielli

 «Peu de livres changent une vie.
Quand ils la changent c’est pour toujours. »
Christian Bobin

Ce fut d’abord un poème venu à ma rencontre.
D’enivrants effluves qu’il me semblait devoir suivre.
Et quelques jours plus tard, le livre dans ma boîte aux lettres.

J’ai commencé sa lecture et le livre m’a faite sienne.
J’ai pleuré, j’ai tremblé. J’ai frémi, j’ai souri. J’ai vécu avec lui.
Rien qu’avec lui durant trois semaines.

Et puis, alors que j’émergeais, on m’a demandé ce que j’avais fait pendant ce temps, si mes vacances avaient été agréables, où j’étais partie …

j’étais chez moi …
dans un livre …

Oui, un livre m’avait appelée par mon nom.
Cela s’est produit.

Il a parlé à mon âme, avant tout. Puis il a parlé à tout mon être.
J’ai eu soif de ce qu’il avait à me dire avant même de l’avoir rencontré, l’impression de l’avoir attendu depuis toujours.
Rencontrer un livre, je crois bien que c’est ce dont il s’agit.

Des poèmes comme autant d’arcs-en-ciel sur lesquels j’étais invitée à marcher, des ponts me conduisant  à la découverte d’espaces, de lieux, dont je n’avais jamais soupçonné l’existence. J’ai poussé porte après porte, pour y trouver ici, une pièce éclairée de la plus vive des clartés, presque aveuglante. Là, une autre, plongée dans les ombres qu’il me faudrait apprendre à apprivoiser.

Car la poésie de Dom Gabrielli se vit, jour après jour, c’est une évidence.

Ses lignes vous écrivent, dans vos ombres et dans vos lumières. Elles dessinent les courbes de vos méandres, et longent vos rapides. Elles détaillent votre silhouette entre mer tiède et galet brûlant.

Elles chuchoteront à vos oreilles à jamais, une fois qu’elles auront rencontré vos yeux, vos doigts ; lorsque vos cellules entreront en résonnance avec elles.

Ses poèmes sont mouvements, élans, impulsions vers cet au-delà des mots, au-delà de la pensée. Ils ouvrent des voies nouvelles sur les parois de votre âme, palpent ses failles et ses aspérités, ses reliefs et la température de votre vie, font éclater des rochers, en déplacent ou en contournent d’autres …

Une apocalypse en son sens grec.

Dom Gabrielli vient à votre rencontre et vous tend la main. C’est une invitation à ne pas manquer.

« La poésie et la philosophie se sont séparées
à certains moments catastrophiques
de l’histoire inénarrable de la pensée.
Le destin du poète moderne est de réunir la pensée,
le sentiment, l’imagination, l’amour, la création. »
Roberto Juarroz

The Eyes of a Man - Dom Gabrielli

Faisant route avec The Eyes of a Man, nous allons croiser l’une ou l’autre des sources d’inspiration de l’auteur, auxquelles plusieurs poèmes sont dédiés comme autant de sacrifices déposés sur l’autel de l’amour.

De touchantes transcriptions de ce que leurs affluents auront charrié jusqu’au delta de sa propre plume. De ces sédiments fertiles, naîtront mot après mot, odes et élégies à Jabès, Deleuze, Artaud, Masaccio, Kafka, Celan, Césaire …

Et Il Professore.
Dans l’une des pièces les plus émouvantes qu’il m’ait été donné de lire.

 

“And now they have dug a grave for you, a cold hole in the mud. And they put a stone cave above your neck. Just like the others. Just like the others that got carried away too. »
(Last Comment)

Ou comment vivre encore après la disparition d’un père, frère, ami. Amour. La perte, si présente au cœur de ce recueil ; perte de repères, de terres nourricières. Pertes matérielles ou morales. Perte de liberté. Perte de la vie. Perte à appréhender, apprivoiser, adoucir, surmonter. Perte à laquelle il faudra survivre.

Cette pièce venait me rejoindre dans le deuil de mon propre père, dans lequel je sombrais depuis des mois. Une flèche droit dans mon cœur.

Comment continuer ? Comment résister ?

“I felt il professore’s spirit invade my mind and I suddenly realised how close he still was to me. I imagined his essence no longer knew the slightest boundary and could alight in all those who thought strongly of him. Thus our love for him could live and claim a long life.”
(Last Comment)

La résistance de Dom Gabrielli infuse chacun de ses mots, elle est pigment de l’encre de chacune de ses lettres. Jusque dans leur silence même. La poésie comme souffle, unique survie possible …

“Our voices express a love our bodies rarely repay, as our bodies rarely carry the courage of our convictions. Hence we must surrender to the poem which is a tightrope over the abyss into which we dare not dive.»
(Autumn Leaves)

Des poèmes, témoins de dialogues, réponses offertes à mille questions sous-tendues ou dévoilées.

Pourquoi, comment.
La violence parfois.
La vie.
L’amour.

La mort. Le temps.

Le temps de la mort.
La mort du temps.

La question, toujours, centre, moteur, moyeu.
Pour sortir des sentiers battus, pour rompre le cercle.
Et commencer – ou poursuivre – le voyage.

Pour nous y aider, sur la couverture et dans ce recueil, dispersés ici ou là, des dessins ou peintures de Piers Faccini venus parfois secouer un peu le lecteur …

dessin de Piers Faccini

parfois l’apaiser, souvent l’interroger aussi.

Car il s’agit d’entrer en dialogue avec la question, de l’explorer, tous nos sens en éveil, les mots devenant nos montures.

« Dans le livre, les couleurs de la mer
passent de l’ivoire de l’absence au noir de l’encre.
La mer baigne les rives que mes pas retrouvent.
Dans ses coquillages, j’ai écouté gémir l’écho de mon nom. »
Edmond Jabès

Quelques mois plus tard à peine, prenait vie le second livre de Dom Gabrielli, comme dans une sorte d’urgence, assez rapidement après la parution de The Eyes of a Man.

Je l’ai souhaité.
J’ai vécu son attente. Belle. Pleine.

En amuse-bouche, j’ai goûté à quelques poèmes offerts en dégustation ici ou là … mais le moins possible.
J’aime cette douce période d’expectative – féconde de toutes promesses.

Puis le matin est arrivé, où le livre est venu se poser entre mes mains tremblantes.
Cœur battant, le voici donc. Enfin.

The Parallel Body - Dom Gabrielli

Sur sa couverture noire, veloutée (quelle délectation que ce premier contact, comme de sentir sous ses doigts la peau du livre nouveau-né …), le titre se détache. Blanc sur la page, noire.

Comme si celle-ci était tout-à-coup submergée, comme si l’espace demeuré libre vibrait lui aussi de cette attente, de ce désir de l’encre.

Comme si le titre parlait en silence.

 

 

 

Et comme pour The Eyes of a Man, le dessin de couverture et ceux disposés à l’intérieur du livre sont de Piers Faccini. Des esquisses de corps nus, habillés seulement de vent et de mouvement.

 

Me voici, debout dans la cuisine, à préparer le repas d’une main et à tenir le livre de l’autre.
Il y a des urgences auxquelles on ne résiste pas …

C’est une première rencontre à couper le souffle …
Dans les jours qui suivent, nous allons apprendre à nous apprivoiser mutuellement.

“words can sing now
words from so far
motionless
in a moment of you”

Je vais me laisser emmener par le chant qui s’élève du livre.

Page après page, Dom Gabrielli a  saisi l’instant, pour en offrir une traduction personnelle et vraie. Il vient chercher le lecteur, tout au fond de sa cachette, lui livre ses douleurs, sans artifices, dans un corps à corps prodigieux.

Il remet en cause nos idées reçues, enjambe les barrières, jette au loin les carcans. Il nous oblige à reconsidérer notre itinéraire, à faire volte-face. Et c’est loin d’être toujours facile.

“books can no longer save you
you know what awaits you
the calling”

Mais il est aussi celui qui recentre, réconcilie et calme. Ce livre est une voix, un écho, une réponse délivrée au cœur de la nuit.

“you must trust your instincts to lead you out
you will not need to call me
I will already have seen you
I will already be there”

Ce livre-là est un livre d’amour pur, jusque dans la moindre des fibres de ses pages.

Il sculpte le désarroi et façonne en lui des ouvertures.
La voûte étoilée sera désormais notre horizon.

« Le ciel regarde vers la terre.
Ecrire serait laisser les mots
se déverser pour irriguer le sol.
Toute phrase est de pluie et de lumière»
Edmond Jabès

Et le livre se fait récolte.
Main tendue, il nous reste à cueillir le fruit que le poète nous offre, doux, un peu amer, avec quelques accents piquants, comme l’olive qu’il cultive.

Nous voici le cœur et l’âme abreuvés d’un nectar au parfum d’infini.

* * *

* * *

Pour acheter les livres :
The Eyes of a Man
The Parallel Body

En attendant qu’ils arrivent, quelques lectures inédites :
– le blog de Dom Gabrielli

Pour en savoir plus sur l’auteur :
– le site web de Dom Gabrielli

Sur l’artwork :
– le site web de Piers Faccini

Et sur la musique :
– le facebook de la collaboration Ballaké Sissoko & Vincent Segal

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A propos Lisa

"I was born to use my eyes - Dream with the sun and the skies -To float away in a lifelong song - In the mist where melody flies" - Nick Drake
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Un commentaire pour Words can sing now – Dom Gabrielli

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