Une Route de Printemps | de la Grande Ourse aux Corniches

stillTime4Springtime - photo IdeiousJe suis un peu comme vous: vaincu à la longue par les atermoiements d’un printemps en lutte avec les dernières morsures de l’hiver; engoncé dans quelques ‘dossiers’ un peu complexes qui attendent un franc kick-off …  La vérité: elle est où cette journée-charnière? Il est où ce ‘moment-venu’ où l’on tombe vigoureusement son lourd manteau d’hiver, ses contractures et ses frilosités ..
C’est quand la peau offerte au nouveau soleil?!

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Choisissez.  Ou bien ouvrez juste les yeux.  A ma conjonction particulière de circonstances favorables répondait une autre: deux concerts de Piers FACCINI sur le même week-end et dans une géographie à ma portée – c’est pas toujours aussi simple!  Un tableau éphémère, l’assemblage dynamique de couleurs particulières pour chaque événement.  Des propositions inédites, bien alignées sur l’énergie du réveil qui nous picote les sens. Go!

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Vendredi 19 avril à Villeneuve-lez-Maguelone (34), Martine COMBREAS donnait les clefs de son théâtre La Grande Ourse à Piers FACCINI et consorts pour une résidence – création.  Martine et son équipe savent accueillir, recevoir, et accompagner, avec le même respect pour les artistes que pour son public.  Tous apprécient et je le redis ici.

Laissez-moi d’ailleurs la naïveté de croire au choix symbolique de l’exposition photographique de Dorothea LANGE accrochée aux cimaises du salon de La Grande Ourse.  Photographie des migrants dans l’Amérique du Dust Bowl des années ’30.  Le début de l’errance, là où est né l’archétype du bluesman itinérant – à l’origine d’une aventure musicale hors du commun autant que creuset d’une philosophie de vie incroyablement vivace aujourd’hui (lire à ce sujet l’essai de Philippe PARAIRE: Philosophie du Blues).

Le projet de ce soir est axé sur la présentation d’une sélection de chansons du prochain album de Piers, Between Dogs and Wolves, à paraître dans les prochains mois (on en reparlera ici).  ‘Des chansons d’une grande intimité, propices à un environnement théâtral‘ confiait Piers à Martine COMBREAS.  La formule choisie privilégie les arrangements simples, associant Piers – sa voix, ses cordes – au batteur-percussionniste Simone PRATTICO, son compagnon de route (albums et tournées récentes).  Co-auteur de la création, Simone est ce soir tout à son affaire, amputé de sa grosse caisse et doté d’un xylophone, instrument par lui jamais effleuré!  Disposés en vis-à-vis, sapés comme de classieux bluesmen, les complices ont déroulé un set franc comme le fil d’une lame, rehaussé du travail soigné de l’ingénieur du son Patrick JAUNEAUD et du régisseur lumière de La Grande Ourse – respect Messieurs!

Sans entrer dans la présentation des nouvelles chansons (article à venir), juste un mot pour dire que la création a donné toute sa mesure sur des titres comme ‘Mangé pou’ le coeur ‘ (Piers interprète Alain PEETERS) ou encore Home away from home , If I  pour un public des plus réceptif!  Xylophone aux accents de balafon ou sollicité comme une batterie endiablée, légère distorsion de la Guild au plus près du grain de la voix de Piers, …  Que des belles vagues pour dessiner l’océan des chansons.

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Et comme en face il y a des gens, restent dans ma mémoire du soir les yeux brillants de Laura et de Sabrina qui parlent de Black Rose ou de Reste la Marée

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Pointant sur la Grande Ourse (là-haut), la route est tracée pour le lendemain et les Corniches des Cévennes.  Transhumance précoce, irrésistible approche d’une démarche artistique, là où elle se partage.

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Oui, le samedi c’est montagne!  Lente ascension dans les Gorges du Tarn où les degrés Celsius tombent au rythme de la machine à remonter le printemps…  Mais il faut ce temps long pour comprendre où l’on arrive, se préparer à Florac, Cévennes, pas encore habillée en capitale des vacances vertes – Dame! Il fait 2°C!!

Ce jour, dans plein de pays, c’est DisquaireDay, une initiative pour relancer le goût du disque et soutenir les disquaires indépendants.  Et à Florac – Lozère – Monde, c’est carrément La 4eme Dimension,  la boutique (c’est son nom)  disquaire – vidéo-club, avec son noble souteneur Guillaume SAPIN, qui a de l’ambition pour ses catalogues d’éditeurs indépendants, de l’ambition pour sa clientèle, et de l’amour pour son pays Cévenol.

Aujourd’hui, aidé de Lorraine, Guillaume est au four et au moulin mais il rayonne: sa boutique aux couleurs du DisquaireDay est envahie par un public gonflé, en appétit de vinyles et de découvertes; sa boutique comme une guinguette aux accents d’un improbable duo DJ/accordéon; sa boutique câblée vite fait en studio pour le premier ‘direct’ forain des jeunes animatrices ET techniciennes de Radio Bartas ( mais ça maaaaarche!); sa boutique plus que jamais ‘poumon de pays ‘ oserait-on écrire!  Sa 4eme Dimension enfin, préférée par Piers FACCINI aux feux de la rampe Parisiens pour marquer son attachement au super boulot des disquaires indés.  Car voilà ce qu’il y a à dire: on ne laissera pas cette fameuse crise de l’industrie du disque – avec son dogme du gigantisme et de l’exclusivité hyper-marketée – assécher les torrents et les ruisseaux qui irriguent bien mieux que ses orages.

Beating Drum Label - artwork Piers Faccini

Piers est à Florac – et non à Paris ou Londres – pour le souligner à sa façon: avec un petit show-case dans la boutique de Guillaume; avec l’annonce ô combien symbolique de la création de son propre label Beating Drum (autre article à suivre); avec la diffusion ce jour de la première réalisation de Beating Drum: un 45tours vinyle avec les titres You never left et Robot theme #6, des inédits qui ne figureront pas sur le prochain album, qui ne seront pas publiés en mp3; un vinyle pressé à seulement 300 exemplaires – disponible chez quelques disquaires et sur le site de Piers FACCINI.

Cette édition est un message clair: rapprochez-vous, rapprochons-nous; ici on est dans le hors format, le hors catégorie, et il se passe des choses uniques quand on est tous partenaires.  Agréger ces petites formes, les provoquer, les répéter, leur faire écho, c’est non seulement faire acte de création mais générer une micro-économie de terrain qui peut avoir du sens.  On en reparlera.

Un petit mot sur les deux sets de la journée – même si cet article ne se pose pas en chronique de concert.

Show-case acoustique à La 4eme Dimension donc; 5-6 titres, pas mal d’interaction avec le public et les enfants; l’incroyable polymorphisme des chansons de Piers qui se prêtent décidément à tous les arrangements, à tous les environnements.  Dans la fraîcheur ambiante, on retiendra un Home away from home et un Tribe bien enlevés et participatifs, pour gagner quelques degrés.

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Le soir, Ingrid accueille Deny LEFRANCOIS puis Piers FACCINI dans la cave associative Hardi-les-Arts!, un lieu qui tient au cœur d’une communauté visiblement très soudée et  qui s’active toute l’année à animer ses quartiers intimes avant la vague verte estivale.

Pour suivre notre fil rouge, disons qu’on a beaucoup apprécié ce soir la voix de Piers, toute proche dans une salle vibrant de toutes ses poutres; que les chansons Mangé pou’ le cœur et Reste la marée sont maintenant à maturité: elles donnent tout ce qu’elles promettaient.  Dans tout concert de Piers, il y a quelques chansons que les uns et les autres prennent comme des cadeaux, qu’elles soient sollicitées (Con todo palabra de LHASA) ou juste espérées (To see is to believeTalk to her).

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Et comme en face il y a des gens, dans ma mémoire de ce soir la conversation lente de Piers avec ce vigneron aux yeux plein de ciels; cette dame fervente venue ici rencontrer un Piers entrevu hors-chant dans un festival de films; les parlottes entre migrants de Belgique (partir, retourner, revenir, reconnaître, .. les échos de ça dans les chansons de Piers), vos yeux souriants jeune dame, qui me rappellent ceux de Paul LOUKA …

4edimension

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Voilà ma route de printemps.  Poussé par les bouffées tièdes de la Méditerranée, droit sur  la draille jusqu’aux Cévennes.  Puisque la vie s’arrange comme ça, suivre le prétexte de ces concerts puis découvrir des mondes insoupçonnés, mais espérés.  Quelques moments d’absence, à Florac, où je me vois assis au bord d’un monde et happant ces belles choses, comme la vision des vagues d’oiseaux migrateurs qui passent les cols au printemps.  Une sorte de quatrième dimension, en effet.

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* piers faccini *

* piers faccini: youtube channel *

* disquaire day *

* la 4eme dimension la boutique *

* la grande ourse *

* Hardi les Arts *

* dorothea lange *

* philippe paraire *

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Un commentaire pour Une Route de Printemps | de la Grande Ourse aux Corniches

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