Piers FACCINI inaugure son label BEATING DRUM

artwork P.Faccini

artwork P.Faccini

 

Close my eyes tight to the beating drum
Time is come time is come

Fire in my Head – album Tearing Sky 2006

Songs I Love – Between Dogs and Wolves

2 albums à paraître le 23 septembre

Avec toute la projection poétique dont ce blog est capable, on sera tenté de lire à la suite les titres de ces deux albums pourtant bien distincts: Les chansons que j’aime entre chien et loup.  En quelques mots, voici exposées les lignes de force qui tendent vers l’horizon de BEATING DRUM:  faire ce que j’aime et choisir mon heure.

WOLF-VECTOR

Manifesto

Nous suivons l’actualité de Piers FACCINI depuis plusieurs années maintenant.  D’albums en concerts, nous nous sommes attachés à observer la progression singulière d’un artiste dans la société que nous connaissons : l’auteur-compositeur est-il épanoui dans ses réalisations ? comment  s’accommode-t-il de la crise du disque ? connaît-il le visage de son public ?  Beaucoup d’articles de presse commentent le sujet façon photo de groupe, dans les rubriques économie ou société.  Nous avons préféré suivre une trace, décrypter une réalité, et comprendre notre rôle possible dans la célébration de belles expressions artistiques.

Quelle que soit la manière dont on apprécie sa musique (aucun mystère là-dessus en ce qui concerne LA MAISON JAUNE et Piers !) on peut regarder d’un peu plus près cette entreprise artistico-économique par laquelle un song-writer, arrivé à une forme de maturité, prend une option aussi exposée que la création de son propre label.

tu130910Piers_Faccini_Broken480x172

A la faveur de quelques entretiens avec Piers, les fondamentaux montent en surface, le manifeste s’énonce clairement, la voie est libre.  Voyez ici ce qu’il en dit.

Florac – Corniche des Cévennes – Avril 2013

Piers vient de terminer le mixage de son 5e album BETWEEN DOGS AND WOLVES.  Celui qui fit la première partie de Ben HARPER dans une tournée mondiale en 2006 appuie aujourd’hui le Disquaire Day avec un show-case dans la petite boutique de Guillaume,  La Quatrième dimension.  Petite place de village plutôt que Paris ?  Tout un symbole.  Avant la balance pour le concert acoustique prévu le soir dans un club associatif local, nous rentrons dans le vif du sujet.

 » Moi qui ai toujours beaucoup de projets en cours, tout le temps en train d’écrire des chansons, de fabriquer de l’artwork ou des objets, … voilà quelques années que je me sens à l’étroit dans le schéma classique du contrat d’artiste avec une maison de disques qui te laisse sortir un album tous les 2 ou 3 ans.  C’est un phénomène amplifié par la crise, bien sûr, mais il ne faut pas oublier qu’un label c’est avant tout une entreprise qui doit payer ses salariés et faire si possible du bénéfice. Alors, un artiste comme moi, avec un bon succès critique mais pas de gros chiffres en vente, je les intéresse pour l’image du catalogue. Mais c’est clair qu’ils ne vont pas me financer n’importe quel projet.  Je comprends cette loi de l’économie, mais c’est frustrant : tu as l’impression d’exister à moitié. »

extrait du clip Black Rose . P.Faccini

extrait du clip Black Rose . P.Faccini

 » Alors, avec maintenant un peu d’expérience du web, sur mon site et les réseaux sociaux où j’ai testé certaines choses, regardé les retours et les commentaires, en parlant beaucoup avec les gens à la sortie de mes concerts – toujours ce dialogue que je privilégie depuis des années, j’ai commencé à réfléchir à un autre modèle.  Par exemple si je conçois pour ce public que je commence à bien connaître un objet un peu spécial, disons un concept-album très personnel, la maison de disques va me dire qu’avec les 500 exemplaires espérés à la vente, ils ne peuvent pas vivre.  Mais moi oui !  Avec une petite structure, en faisant beaucoup de choses moi-même, avec une souscription et de la vente directe sur mon site ou à la sortie des concerts, c’est jouable : le modèle économique n’est plus le même.  »

Piers FACCINI n’est pas le premier à parvenir à ces conclusions. Dans d’autres registres, on peut rappeler l’avènement du chanteur de variétés GREGOIRE grâce au dispositif de financement participatif My Major Company.  Ou le pianiste GONZALES, également  producteur de FEIST.  Ou encore le groupe MORIARTY.  C’est par contre plus rare de voir un artiste s’engager dans cette voie à ce stade de sa carrière.  Oui et non, nuance Piers.

 » Oui, c’est un pari : on en reparlera dans un an !  Mais c’est aussi parce que j’ai cette expérience des circuits et que je communique beaucoup avec mon public que j’ai aujourd’hui une vision plus claire de la manière dont je veux travailler, de ce que je peux investir.  Une artiste plus jeune, comme DOM la NENA dont j’ai réalisé le premier album ELA, a préféré travailler sur une base plus classique avec un label qui prend en charge plus de choses.  Et je la comprends : elle a 23 ans.  Créer sa propre structure, c’est aussi beaucoup de travail administratif, des centaines de mails à écrire, … on n’a pas toujours l’énergie pour ça.  J’espère que ça ne sera pas trop lourd à la longue. « 

WOLF-VECTOR

Passage à l’art

Piers FACCINI a donc créé BEATING DRUM en association avec Anaïs LEDOUX – qui est son manager depuis des années et  bien au fait des arcanes de la production et de la distribution discographiques.  Une micro-structure qui tient le projet à bout de bras.

 » On a besoin de beaucoup de partenaires partout.  Autant avec la FNAC pour un accord de distribution, que la presse pour faire écho, ou encore le relai de blogs comme LA MAISON JAUNE pour présenter le travail avec une approche plus en profondeur.  Et pour les concerts, c’est la même chose.  80 personnes à 12€ l’entrée dans une chapelle romane en pleine montagne sans électricité, c’est juste inconcevable pour un tourneur classique.  En revanche, en partenariat avec l’association BOUILLON CUBE dans le Gard,  on peut le faire chaque été depuis 2011 avec le concept de La Route de la Voix. « 

Dans cette architecture minimaliste, on a bien compris que le public de Piers (les fidèles et les toujours nouveaux ‘adhérents’) joue un rôle essentiel.  On pourrait presque définir l’art par cette entrée d’ailleurs : l’art existe-t-il si la salle est vide ? si personne ne vient voir l’expo ? si aucun livre n’est vendu ?  Ca marche dans les 2 sens il semble : d’un côté un public qui témoigne de ce qu’il attend en matière de qualité ; de l’autre, un artiste qui se sent ‘engagé’ à développer ses options artistiques ainsi validées, voire à mettre sur la table du ‘matériel’ dont la distribution ne pouvait s’envisager dans le circuit classique.

artwork P.Faccini

artwork P.Faccini

 » Avec SONGS I LOVE par exemple, on a une série de 17 chansons reprises d’auteurs compositeurs que j’adore comme LHASA, Leonard COHEN, Bruce SPRINGSTEEN, … que j’offre en téléchargement gratuit régulièrement depuis 2009.  Tout est donc à disposition depuis longtemps.  Pourtant le 23 septembre on va sortir un livre-cd avec ces 17 titres, un objet somptueux, travaillé au millimètre avec mon partenaire graphiste Uncle O (complice de toujours), avec une petite histoire, une illustration que j’ai faite pour chaque chanson, et tous les enregistrements remastérisés, … Voilà.  On pense qu’on peut le faire, avec un tirage de tête limité et numéroté, pour ce public de fidèles pour qui les chansons sont seulement une partie de l’objet. Un truc comme ça, on le fait pour l’amour de la musique.  Pas pour faire de l’argent.  On donne de la plus-value pour ceux qui comprennent la démarche. »

 » Même chose avec ce vinyle 45T (rouge!) qu’on sort pour ce Disquaire Day.  Un titre inédit : YOU NEVER LEFT et une b-side instrumentale tirée d’une musique que j’ai faite pour un documentaire TV.  Là aussi, tirage limité à 300 pièces et l’engagement qu’il ne sera jamais vendu sur les plateformes de téléchargement. Un vrai collector ! « 

 » Et derrière, il y a plein d’idées, des choses à faire avec du matériel plus ancien, enregistré à l’époque de mon groupe CHARLEY MARLOWE  en Angleterre, et même avant, des trucs très roots, enregistrés sur un 4 pistes, …  Si ce canal d’échange et de confiance s’amorce bien, on peut l’alimenter avec beaucoup de choses.  »

WOLF-VECTOR

BEATING DRUM, on peut le voir comme un circuit court, à l’image de ces maraîchers qui proposent des paniers de légumes souvent bios, directement de la ferme à la cuisine du particulier.  Manière de faire vivre une certaine agriculture, à condition que le consommateur y trouve son compte, cela va de soi.

 » D’accord avec ça.  La comparaison avec la nourriture me va bien : essentielle au bon fonctionnement de l’organisme à condition qu’elle soit de qualité, sinon tu tombes malade, tu développes des allergies, …  D’accord aussi pour préserver la fonction de l’artiste dans la société, sauf que pour moi c’est plus que sauver un métier d’autrefois.  Je le vois plutôt comme une forme de parrainage : une communauté qui s’entendrait avec un peintre pour réaliser des fresques dans son église, voilà une image qui me paraît mieux correspondre.  C’est un concept un peu perdu, mais c’est de ce côté-là que je regarde.  »

A LA MAISON JAUNE, ça fait un moment qu’on insiste là-dessus : l’artiste dans un rôle populaire, qui sublime la culture d’une communauté  et assure le passage du témoin avec les traditions et l’histoire passées.

Between Dogs and Wolves . artwork P.Faccini

Between Dogs and Wolves . artwork P.Faccini

 » BETWEEN DOGS AND WOLVES », mon 5e album de compositions originales qui va lui aussi sortir le 23 septembre, est une chose tout aussi atypique, qu’aucun label n’aurait imaginé pouvoir exploiter en radio ou découper en vidéo-clips.  Un album réalisé sans une once de compromis, comme je le rêve depuis 10 ans. Les choix artistiques (des chansons pour le crépuscule), les arrangements (100% acoustique, aucune batterie ni percussion), la production : tout est fait maison !  »

WOLF-VECTOR

Voir loin

Avec ce genre de dynamique, on a le droit d’avoir de l’ambition pour son travail.  On perçoit déjà bien chez BEATING DRUM l’amour du travail éditorial bien fait, qui démarque cette entreprise du simple outil de distribution.  Sans concessions quand le public vous encourage, c’est aussi le pari éditorial réussi de l’éditrice DIANE DE SELLIERS.  Dans un tout autre genre – les textes littéraires fondateurs de l’humanité illustrés par les plus grands peintres – Diane de Selliers œuvre depuis 1992  comme l’architecte d’un ouvrage d’art dont la réalisation peut prendre jusqu’à 7 ans, par exemple pour le  DIT DU GENJII de Murasaki-shikibu illustré par la peinture traditionnelle japonaise du XIIe au XVIIe siècle.  Un parcours long et collaboratif, dont le financement comporte une large part de souscription en direction d’un public patiemment prospecté.  Quoi d’autre que le désir de partager pour motiver de tels défis éditoriaux ?  Un exemple qui encourage.

artwork P.Faccini

artwork P.Faccini

 » Pour nous, c’est important de soigner le travail et les objets qu’on propose.  Aujourd’hui, avec l’explosion du numérique et des plateformes sociales, tout le monde filme ou photographie avec son téléphone, poste sur YouTube ou Facebook, tout devient « cheap », jetable. On veut que les personnes qui achètent nos réalisations trouvent autant de plaisir que celui qu’on a eu à les fabriquer. »
Un credo que ne démentira certainement pas Diane de Selliers.

Créer son label, c’est implicitement inscrire sur la liste des projets la publication d’autres artistes.  Dans ce domaine, Piers a l’expérience de la réalisation de l’album de DOM la NENA (voir plus haut) et celui de CLAUDIO DOMESTICO (GNUT) : Il rumore della luce.

« Bien sûr qu’on y pense, mais c’est trop tôt. BEATING DRUM doit d’abord bien démarrer et stabiliser sa viabilité.  Il y a des coups de cœur qu’on a envie d’accompagner.  Toujours dans l’idée d’élargir et de nourrir la proposition à un public qui nous fait confiance.  Après, il y a ce rôle de passeur vis-à-vis d’autres artistes.  J’en ai moi-même bénéficié à mes débuts, quand Vincent SEGAL m’a mis sur le bon chemin, jusqu’à produire mon premier album solo.  Mon parcours personnel, même en dehors de la musique, est jalonné par ces rencontres avec des personnes que je considère comme des maîtres – pas au sens galvaudé de gourou, mais celui qui te montre le chemin.  Aujourd’hui, c’est normal que je facilite la progression de nouveaux artistes qui me touchent.  Mais tout n’est pas possible tout de suite.  Avec Vincent SEGAL par exemple, avec qui je joue depuis plus de 20 ans, on a enregistré cet été dans une chapelle une session acoustique qui nous ressemble, jouée comme ça vient, et on va le sortir en album, probablement en 2014.  Mais ce sera chez NO FORMAT, le label qui publie Vincent, avec Ballaké Sissoko et d’autres grands.

P.Faccini avec Vincent Segal - été 2014

P.Faccini avec Vincent Segal – été 2014

WOLF-VECTOR

Beating Drum

Le nom du label est tiré d’un vers de la chanson Fire in my head (album Tearing sky) :

Ashes will rise and the dus twill come
Close my eyes tight to the beating drum
Time is come time is come
What’s done is done

Quand on révèle à Piers le sens de l’expression ‘tambour battant ‘ en français, ça lui va aussi: une façon d’aborder l’aventure avec beaucoup d’allant!

Exigeant mais intègre, porteur de liens entre la peinture, la musique, et l’écriture, le manifeste de BEATING DRUM accouche  de réalisations à l’identité immédiate.  Dans les mains ou à l’écoute, SONGS I LOVE ou BETWEEN DOGS AND WOLVES ne ressemblent à rien de connu.  Comment expliquer  alors ce sentiment diffus de se rapprocher de son ‘homeland’,  de son pays intérieur ?

Parce qu’on l’a bien cherché sans doute.  Partenaire choisi, c’est tout de même mieux que consommateur assigné !

WOLF-VECTOR

A suivre très prochainement sur LA MAISON JAUNE la présentation des nouveaux albums  de Piers FACCINI :

  • SONGS I LOVE, livre-cd de reprises commentées et illustrées
  • BETWEEN DOGS AND WOLVES, nouvel album de compositions originales

Acheter n’est pas un acte neutre.  Acheter sur le site de l’artiste, c’est envoyer un signal.

PiersFaccini-SongsIlove-mrcup-02

artwork P.Faccini-Uncle O / ph mrcup

Ces 2 albums sont disponibles dès à présent en prévente sur l’espace boutique du site de Piers FACCINI.  Différentes formules sont proposées.

La tournée des concerts pour le nouvel album a débuté en Amérique du Nord cette semaine (album paru là-bas depuis le 10 septembre).  Piers sera de retour en France, en Belgique, et en Suisse dès le  28 septembre. Toutes les dates sur le site.

Enfin le Youtube channel, avec des vidéos extraites du film NEW MORNING, des raretés avec CAMILLE, des live avec son projet THE RIVER (Badje Kountara et Seb Martel), des covers des chansons de Piers, etc..

Publicités
Cet article, publié dans blues, folk, labels-production-édition-diffusion, musique, est tagué , , , , , , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

7 commentaires pour Piers FACCINI inaugure son label BEATING DRUM

  1. Ping : Piers Faccini, la poésie de l’art partagé | La Baguette culturelle

  2. Ping : Between Dogs and Wolves – Un album à fleur de peau | La Maison Jaune

  3. Ping : Histoires autour d’un concert de Piers Faccini à La Dynamo de Toulouse | La Maison Jaune

  4. Ping : Pour que tous les goûts restent dans la nature | La Maison Jaune

  5. Ping : BEATING DRUM RECORDS: un label et un nouveau site web | La Maison Jaune

  6. Ping : Her name et Memento Mori: Les nouvelles floraisons du label Beating Drum de Piers Faccini | La Maison Jaune

  7. Ping : Lighthouse de Jenny LYSANDER – Son univers intérieur | La Maison Jaune

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s