Acclimatations Toulousaines

Ô …

Depuis le récent concert de Piers FACCINI à LA DYNAMO, Toulouse n’en finit pas décidément d’allumer sur la carte de son immense fouillis-bâti les feux-relais de ses refuges, véritables îlots de beauté dans la course du temps urbain qui saisit l’arrivant.  Au nomade attentif, elle donne mille prétextes à passer ici quelques saisons, voir plus …

S’en remettre aux courants est pour le bois flotté l’assurance d’avancer.  Au gré des rivages de Garonne abordés ces dernières semaines, on a tôt fait d’abandonner la carte et toute idée de feuille de route, tant la providence, qui s’est mise en route en même temps que nous, offre de jolies tranches de vie éclairées de la lune seule (merci Étienne!)

Premier rivage.

Damien ‘Magic Dee’ Daigneau

Sur les quais du canal du Midi, le CHRONIC ARGO perpétue la tradition peu archivée des caf’-conc’, des bastringues, des juke-joints d’autres cieux, .. Bref de ces lieux bricolés, assemblage d’animations musicales et d’une petite restauration rarement goûtée pour ce qu’elle est, tant  la musique qu’on y joue sait s’y prendre pour renverser les tables.  Si c’est ce que vous cherchez : Go !

Entraîné, accueilli l’autre soir par de nouveaux amis (encore ! encore !) on y annonçait une partition New Orleans Groove,  Funerals, et autres Voodoo Music tout sauf sinistre.  Alors… Oui !  Magic Dee et ses Flyn’ Muffins peuvent bien crâner du haut de leurs vingt ans (or so ?) : leur set festif, tonique et décomplexé est redoutablement efficace. Ceux-ci arborent les masques du genre pour mieux faire tomber les nôtres : banane bien accrochée dès le premier song et peine à contenir la gigue de nos jambes quand le boogie-woogie s’enflamme (mais lâchez-vous bon sang !!)  Ces gars-là ne font pas les précieux et pourtant observez bien les pointures en couveuse dans ce Combo.

Gregoire Oboldouieff

Gégoire Oboldouieff, au plaisir de jouer solaire et communicatif, n’a heureusement pas sacrifié au rouleau-compresseur de cette furieuse set-list une cadence de rêve avec l’impressionnant sax ténor Alexandre Galinié ; un dialogue syncopé de haute volée qui nous a surpris et saisi – ces deux-là sont en route pour loin-loin.

Samuel Sampaio et Alexandre Galinié

Samuel Sampaio et Alexandre Galinié

L’autre sax, c’est Monsieur Samuel Sampaio:  belle maîtrise doublée d’un grand sens du show, sur un registre tantôt pince-sans-rire, tantôt Muppet débridé.  Solos et duos mémorables, merci Monsieur-la-classe !  Dans la famille rythmique, mention très flatteuse au batteur Matthieu Gastaldi qui, avec ses allures de Panthère Rose, a assuré à chacun un soutien attentionné.  Enfin Mister Dee (Damien Daigneau) bien sûr, showman-né, bondissant au clavier avec l’énergie cumulée de Tic et Tac et la théâtralité de Screamin’ Jay Hawkins !  Imbattable pour rallumer les feux d’une musique populaire livrée ici dans son jus.

Deuxième rivage.

Du canal à la Garonne, transition par la Galerie du Château d’eau, pour le vernissage de l’exposition des photographies d’Algirdas Šeškus, des images de Lituanie dans les années ’70 et ’80.  On va souvent au vernissage pour se montrer, retrouver des connaissances, rencontrer de nouvelles personnes ou simplement boire un coup!  Quelquefois c’est une jolie réussite sur tous les tableaux, peuplée de beaux visages, de grands cœurs, de regards attentifs sur des œuvres qui touchent .  On oublie parfois de l’écrire.  La Maison Jaune a souvent témoigné de son attachement à reconnaître la part de l’émotion dans l’expérience esthétique.

Algirdas Šeškus

Algirdas Šeškus

Totale résonnance ici avec le discours d’Algirdas Šeškus, attaché depuis ses débuts dans les années ’50 à privilégier le regard qui fait l’artiste plutôt que l’organisation du cadre ou même le contrôle sur l’instant décisif.  Comme plonger sans détours dans les yeux de l’être qui vous touche et laisser la magie de cette fulgurance révéler petit à petit que son cadre improbable est finalement un écrin.  Bouleversant.  Algirdas Šeškus l’est aussi, disponible, touché et touchant dans un court échange, interprète aidant.  Chaleur des yeux, main sur le cœur, il remercie votre regard autant que vous le faites.  Courez voir cette belle expo ; un livre précieux vous y attend.

Troisième rivage.

Un loupé – le croirez-vous ? –  qui livre pourtant une belle tranche de vie.  Garonne toujours, je dirais même plus : Théâtre Garonne.  Pressé par un inconditionnel du lieu et de sa programmation novatrice à partager avec lui cette découverte du ‘Crocodile trompeur’.  Dernier jour.  Complet. Nous jouons donc la liste d’attente (30 minutes fébriles).  Echouons finalement à quelques espoirs-minute des dernières places remises en jeu.  Grosse déconvenue, à la hauteur de l’attente évidemment.  Groggy vous comprenez, flottant pourtant bientôt sur d’autres notes, tant ce Théâtre Garonne dégage, par l’organisation de son espace, le sourire et l’attention de son accueil, ce sentiment agréable d’être pas loin de sa famille (si ça vous parle …).

Théâtre Garonne la saison

Théâtre Garonne la saison

Petit privilège de voir passer les comédiens-chanteurs lyriques-musiciens pour leur entrée en scène de cette ‘dernière’ – sourires intenses échangés, de l’or pur (si ça vous parle …).  Consolation…

Résignés à reprendre la voiture, nous la découvrons bloquée sur le parking du théâtre par de vraisemblables spectateurs plus chanceux que nous.  Double peine donc !  Laisser à ces distraits le plaisir du spectacle qui nous échappe, soit. Mais trouver une idée pour s’occuper deux heures, vite !!  Dans l’équipe, on remercie Miss Clara et son flair à dénicher partout le spectacle vivant : direction le pub The Dispensary pour un All Black – France en direct TV. HaHa!!  Un match intense.  Truffé d’engagement et de rebondissements. Aussi vrai par l’un ou l’autre de ces trois mots : saisissant, brutal, beau.  Un auditoire vibrant, du plaisir partagé : nous étions au spectacle et les Murphys avaient un petit goût de chocolat d’entracte!

De retour au Garonne, avec l’aide du régisseur nous retrouvons nos fautifs insouciants, occupés à commenter le spectacle avec de grands gestes autour d’un verre … plutôt qu’à dégager de leur parking sauvage.  Aaaaah Mondains magnifiques !  Derrière vos postures codées se cachent tout de même les fragments de jolis regards émerveillés – cultivez-les simplement. (Et venez au théâtre à vélo.)  Vous participerez encore plus libres au réconfort des artistes et à la fraternité des auditoires.

Le beau geste revient au régisseur désolé, qui nous invite pour un prochain spectacle.  Élégance.  Voici frappés les trois coups pour une belle histoire avec le Théâtre Garonne.

Merci Toulouse.   
Pour ces jolies bulles captées dans la brise du soir glissant sur la Garonne et qui installent dans la familiarité de ton beau visage.
Encore, Toulouse.

* * * * * * *

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A bientôt

Magic Dee & the Flyin’ Muffins Facebook page  et leur photographe : Tristan Camilleri

Algirdas Seskus au Chateau d’eau

Le Théâtre garonne de Toulouse

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