Pour que tous les goûts restent dans la nature

photo P.Faccini

photo P.Faccini

Il y a quelques semaines, dans la confidence des petits moments échappés des agapes, Piers FACCINI nous parlait nourriture.

En barquette pour tête de gondoles ou à la coupe sur un marché fermier ? A votre avis ?

MANIFESTE

Auteur-compositeur, désormais auto-produit et patron de son propre label Beating Drum, le songwriter expose en quoi le circuit court « producteur-consommateur » – pour la musique comme pour l’alimentation – est à la fois une question de survie pour la production artisanale, la garantie de maintenir la biodiversité dans l’offre globale,  et probablement l’un des visages les plus inattendus qui fera la « distribution » de demain.

Dans son post WHY MUSIC IS FOOD, Piers FACCINI raconte en creux l’appauvrissement de la disponibilité de biens communs – culture et nourriture, qui sont le fruit de nos civilisations, de notre histoire : un patrimoine, si ça vous parle. Cravachant la technologie pour qu’elle tire sans cesse des nouveaux marchés, nécessairement de masse vu les pauvres marges que leur laisse notre maigre pouvoir d’achat, l’industrie sélectionne, hybride, rationalise et appauvrit  sans vergogne, dans la bonne conscience de nourrir et de divertir à l’échelle mondiale.

Nous-mêmes, qui nous prétendons cultivés, ne sommes-nous pas à deux doigts de nous laisser abuser – par exemple en achetant du bio au supermarché ou croyant soutenir les artistes en s’abonnant à Deezer et Spotify ?  Restons sur le terrain de la distribution digitale de la musique.  Piers vous apprendra que 5000 « plays » sur l’un de ces diffuseurs en streaming rapportent peut-être à l’artiste l’équivalent de la moitié d’un cd vendu : 7 ou 8 €!  Qui donc, à part les poids lourds de la pop mondiale, peut prétendre vivre de cette distribution « moderne » ?

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Comic Book Reflection (P.Faccini)

« Tous les goûts sont dans la nature » – mais qui sait désormais où les trouver ?

Pour que ce choix persiste, parce que cette diversité c’est la vie, et parce que le maillage des micro-réseaux (sociaux – oui : ils sont notre pouvoir !) est le seul modèle qui survive aux autres depuis que l’homme commerce, nous pouvons décider d’acheter directement aux producteurs, musique et nourriture. Entre autres biens et services communs.  Qu’en dites-vous ? Belles paroles Et petites actions à portée de bourse : c’est l’audience power, et on y croit.

Voici reproduit le post de Piers Faccini dans sa version française, agrémenté de ses illustrations originales.  La version anglaise est accessible directement sur le site officiel, en suivant ce lien.  Relayez, propagez, faites passer comme on dit.

WHY MUSIC IS FOOD

Beaucoup d’entre vous savent que, cette année, j’ai décidé de lancer mon propre label: BEATING DRUM. A l’approche de 2014, laissez-moi vous dire comment l’affaire a tourné ces derniers mois.
BEATING DRUM a fait ses premiers pas avec des réalisations importantes: j’ai sorti mon 5e album Between Dogs and Wolves et le livre/cd Songs I Love. Croyez-moi, créer un label, en assumer la responsabilité tant financière qu’artistique, c’est un fameux challenge. Mais surtout une belle aventure. Et je m’y suis lancé avec beaucoup de plaisir.

Je réalise que l’une des raisons pour lesquelles j’apprécie cette nouvelle activité, c’est de voir la communication omniprésente dans mes réalisations, qu’il s’agisse d’écrire, de créer de la musique, ou de gérer le label. Et par chance, j’adore ça!

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Comic Book Reflection (P.Faccini)

 Tant de choses ont changé ces dernières années. Dans l’industrie du disque, les règles du jeu ont été sensiblement modifiées par la crise financière, les mutations technologiques, sans parler du boom des réseaux sociaux.
L’époque est bel et bien révolue où un artiste en tournée et couvert par la presse s’assurait automatiquement de la vente de ses albums. Aujourd’hui, la plupart des gens n’achètent simplement plus de musique, ils se l’échangent ou l’écoutent en streaming. Avec les montants insignifiants des royalties récoltés auprès des diffuseurs en streaming, la plupart des musiciens aujourd’hui ne peuvent pas compter sur cette source de revenus.
Alors où donc ces artistes trouvent-ils de quoi continuer à travailler et assurer un toit pour leur famille? En réalité, la plus grande partie d’entre nous survit grâce à une combinaison de tournées, de droits d‘édition, et de quelques ventes d’albums physiques et en téléchargement.

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Comic Book Reflection (P.Faccini)

Une des nouveautés de notre 21e siècle est l’apparition d’une forme de consommation responsable. Plus question de dépenser n’importe comment et n’importe où avec nos moyens limités. On n’achète plus quelque chose seulement parce que ça nous plait… Beaucoup d’autres critères entrent en ligne de compte. Prenons la nourriture en exemple: ça peut dépendre de qui est le producteur, si c’est un légume de saison, cultivé localement, produit en respectant une certaine éthique, sans dommage pour l’environnement, etc., etc. Au final, acheter n’est-ce pas poser un geste politique, un petit geste mais un geste qui compte ?

Avec ma famille, voilà comment nous faisons. D’abord, nous allons au marché local pour trouver des produits de saison, sains, parfois bio. Ici, dans les Cévennes du Sud de la France, il y a beaucoup de petits paysans qui proposent sur place d’excellents produits. En choisissant d’acheter directement aux producteurs de notre région, nous les aidons à maintenir leur activité. Bien sûr, je ne prétends pas faire vivre à moi seul tous les producteurs de fromage de chèvre de la région… Mais si je suis concerné par la manière dont la nourriture est produite, et si je suis cohérent en favorisant ces petits producteurs, mon acte d’achat impactera nécessairement leur activité. Et je continuerai à trouver leurs produits sur le marché, semaine après semaine. Une chose est sûre : si nous allons tous au supermarché, ils plieront boutique.
Bien qu’ils aient besoin de clientèle, ils veulent surtout que nous comprenions le lien entre la vente directe et leur survie. Et pour ça, il faut communiquer.

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Comic Book Reflection (P.Faccini)

On ne cuisine pas la musique, on ne la ‘mange’ pas. Mais pour moi les chansons nourrissent autant que les fruits et les légumes. Et là aussi, tout a un prix. Comme vous, je n’ai certes pas les moyens d’acheter des centaines d’albums chaque année, mais je peux en sélectionner quelques-uns parmi les artistes dont je veux soutenir l’écriture, la musique, et la production.
Aujourd’hui, la consommation massive de musique est une réalité, et il faut admettre que les services de streaming permettent aux curieux de découvrir davantage d’artistes. On sait aussi que parmi ces usagers, il y a des personnes qui ont des coups de cœur, et qui achètent. Je reçois de nombreux messages de ces personnes qui ont choisi d’acheter mes albums directement sur la boutique de mon site web.
Elles savent qu’elles font la différence et que j’apprécie leur geste.

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Comic Book Reflection (P.Faccini)

 J’ai parlé de ça à d’autres musiciens, à des patrons de petits labels, et nous sommes tous d’accord : désormais pour les artistes et les groupes qui voudront se développer et continuer à faire de la musique, aucune vente d’album n’ira de soi. Chaque vente, même minime, va contribuer à un résultat qui peut faire la différence entre couler ou rester à flot. A cause de la direction radicale prise par le marché, quiconque aujourd’hui achète un album peut se considérer comme un mécène. Toute décision d’acheter un cd, un vinyle, ou même un produit dérivé a un impact déterminant sur la musique et la production des artistes bénéficiaires. J’y crois et je le vérifie moi-même cette année, avec mes réalisations distribuées via mon propre label BEATING DRUM. Avec la même foi, nous publierons en 2014 la talentueuse songwriter Jenny Lysander, une jeune artiste Suédoise encore méconnue. D’un côté, c’est un projet un peu intimidant, vu ce que je décris plus haut ! Mais d’un autre côté, parce que le nouveau modèle économique de la musique se fonde clairement sur les relations et le partenariat entre tous les amoureux de la musique – auditeurs et créateurs, je suis excité par tout ce que nous allons pouvoir réaliser ensemble.

Alors, à ceux d’entre vous qui ont lu ce texte jusqu’au bout, et en particulier à ceux qui m’ont acheté un album ou le livre Songs I love cette année, je dis merci !
Votre adhésion à ma newsletter et votre préférence pour la boutique en ligne de BEATING DRUM sont inestimables.

Texte & illustrations par Piers Faccini – www.piersfacini.com
Adaptation française Ideïous

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3 commentaires pour Pour que tous les goûts restent dans la nature

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  3. Ping : DESERT SONGS : Dawn Landes et Piers Faccini en duo dans la lumière du matin | La Maison Jaune

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