ISHA ou L’Alliance des Mondes

Une tournée de concerts par Naïma Chemoul et l’ensemble MAAYAN*

(ici la chronique d’une représentation durant l’été 2014)


Isha

De cette terre dorée coulent les chants de ces femmes, souvenirs charnels de mes ancêtres.

De cette terre s’élèvent leurs voix, mémoire vivante de l’amour et de la vie,dont elles furent le réceptacle et les gardiennes.

De ces lignées de femmes,
je suis et je chante.

Naïma Chemoul

C’est une célébration, une liturgie pleine de grâce, un long poème sacré.  Un modèle d’harmonie et pourtant une alliance audacieuse. Ces mélodies yéménites,  judéo-arabo-andalouses  frottées au jazz disent la foi, la compassion, et l’espoir. Par ses bras graciles et accueillants, Isha est une musique comme seules en peuvent les femmes.

Passeur des traditions Sépharades familiales, formée au théâtre et au chant jazz, Naïma Chemoul confie qu’un Djin l’a mise un soir sur la piste d’Isha, le regard musical d’une femme tournée vers elle-même, l’alliance possible des mondes et des cultures que démontre sa simple existence.

Les ingrédients de l’enchantement

On découvre dans Isha les mélodies liturgiques des piyutim, un répertoire traditionnellement réservé aux hommes et très rarement joué en dehors de la communauté hébraïque.  Un joyau, porté haut par Naïma Chemoul en hommage à ces femmes sépharades restreintes aux fonctions domestiques ô combien profanes, et pourtant gardiennes du Sacré dans les cuisines et les intérieurs, pendant que des hommes respectés le célébraient dans les synagogues.   Pas d’enchantement sans poésie, bien entendu: traditionnelle spirituelle ou profane hébraïque, ou encore  contemporaine, écrite par et pour les femmes.

L’harmonie et l’intensité d’Isha sont à proprement parler ravissantes, et ‘cueillent’ un auditoire choyé par la voix et la danse de Naïma Chemoul.  Elle-même évolue avec émotion dans un cocon instrumental de cordes et de peaux offert par ces musiciens hommes au service d’un projet de femme. Chant sacré laissé aux femmes, servies par les hommes: revoici l’alliance, rare.

Les artisans

Si Naïma Chemoul a conçu le projet à l’instinct, avec pour seuls jalons le premier et le dernier chant, les musiciens ont apporté avec leurs arrangements ce qui fait l’étoffe et les ors d’Isha. Alliance encore entre les accents tribaux et la sophistication du jazz.  Un modèle d’harmonie qui préserve les singularités et enrichit l’expression commune.  Le noyau dur d’Isha est composé de Samir Hammouch au Qânoun, spécialiste de la musique arabo-andalouse, et de Bona Akoto, aux percussions et à la batterie. Thierry Di Filippo les accompagne souvent – et pour la circonstance – au Oud, et parfois à la guitare.  Dans la configuration retenue pour ce concert, Isha s’adjoint la douceur du violon de Raphael Sibertin-Blanc et la basse organique de Grégoire Oboldouieff.  Vous verrez: Isha est vraiment taillé pour ‘sonner’ à sa pleine mesure avec un ensemble de musiciens aussi étoffé. Lors de précédentes éditions toulousaines, on avait beaucoup apprécié Brahim Dour au violon, Julien Duthu à la contrebasse, et le grand batteur jazz Pierre Dayraud.  Il faut prendre soin de ces musiciens attentifs, généreux, engagés, qui font la beauté d’Isha, ce pur chant d’oiseau .

isha_2

Coup de cœur …

… si vous le permettez, pour la contrebasse d’Isha.  Emblème du jazz et puissante contribution au rythme, certes.  Mais quelle sensualité, tendresse des cordes crochetées alliée à la  sourde résonnance du bois, lorsque le musicien tisse avec la voix nue de Naïma Chemoul l’intime duo Bat Ahouvat El.  Nous avions vu à Toulouse Julien Duthu, sublimé par cette conjugaison subtile.  Il fut un temps le professeur de Grégoire Oboldouieff, que vous écouterez ce soir. Greg_IshaUn jeune musicien plus que prometteur, qui se livre à l’instrument avec de l’ardeur et de l’âme – et ce duo en demande.

Le dernier mot sera donc pour l’âme: qui anime toute forme réussie d’art vivant, et singulièrement Isha, l’alliance des mondes. Un message apaisé et très actuel- comme le soulignait Samir Hammouch à l’issue d’une représentation à Toulouse – dans lequel peuvent se reconnaître toutes les cultures et toutes les communautés. 

Pierre DAVID

* Maayan:  ‘sources’ en hébreu

Trouver l’album chez l’éditeur Troba Vox ou en Fnac, sur Amazon, etc.

Le site web de Maayan consacré à l’autre spectacle: Chant de femmes sépharades, avec des précisions historiques et biographiques.

Ecouter sur Soundcloud

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