MOCKROOT de Tigran Hamasyan – Energie et Vitalité ‘on tour’

mockroot_albumMockroot est un acte de foi et un hymne à la vitalité qui survivra à nos pires conneries destructrices.  Mockroot parle de cette connexion avec la spiritualité et la nature, que notre époque sacrifie à l’impératif du pouvoir et du profit. 

Douloureuse résonance en ces jours de plomb.

Energie nourrissante pour rassembler ses pensées (bien vu) : oui, ce concert nous a remis en ligne.

TigranTigran Hamasyan est en tournée actuellement avec son album Mockroot.  Nous l’avons vu à Toulouse / Odyssud l’autre soir. Xième rendez-vous avec ce génie créateur, ignorant des frontières entre jazz, metal, rock et électro Arménien (ses origines), Tigran est certes un virtuose mais avant tout un compositeur éclairé.  Et ses histoires pas banales, développées d’album en album, parlent de nous.

 

‘Mockroot’ se présente en Trio resserré, dans une stricte configuration percussive, rythmique: piano, basse, batterie, que vient surprendre, en contrepoint romantique à la cadence, un lead mélodique ou des ornementations plus légères; notes égrenées dans les touches aiguës, mélopées, ou petit air sifflé comme on ferait à vélo sur un chemin d’été.

Le sens du trio, conjugué dès la conception dans une partition de solistes; là où même une frappe sur un tom ou la caisse claire est amenée (attendue) comme une note strictement mélodique, bien plus qu’un appui rythmique donc; là où la basse peut se faire voix dans des élancements distordus, ou  plus sèche sur les battements que lui abandonne la batterie.

mockroot_Trio

La musique de Tigran a pourtant cette particularité attachante de célébrer sa racine folk / populaire dans chacune de ses compositions.  La trame est invariablement une mélodie toute simple, irrésistiblement romantique et puissamment évocatrice (on se souvient de son album ‘A Fable’).  Souvent, c’est une ligne de piano qui ouvre, perlée, légère, augmentée d’une voix – celle de Tigran ou d’artistes invitées, telle Areni Agbabian depuis l’album ‘Shadow Theatre’.  Puis le thème enfle, se décline, passe du piano à la basse, et même à la batterie où Arthur Hnatek est capable de faire chanter ses peaux dans une contribution à la mélodie que l’on jurerait écrite, tant elle est juste et harmonieuse.  C’est sans doute cela qu’on appelle l’interplay, la circulation de la musique mélodique entre les solistes.  Une jouissance pour les musiciens, mais nous n’en perdons pas une miette.  L’intensité monte, de toutes parts, chez eux – chez nous, et vient la cassure, étonnamment structurante dans la musique de Tigran ; elle est le rebond attendu vers la colonne d’énergie pure élevée par les musiciens dans un unisson vibrant, aux battements de plus en plus durs, resserrés, excitants en diable.

La scénographie est minimaliste, le lightshow très sobre, mais sur la scène c’est un déchaînement : les musiciens sont littéralement traversés par l’énergie installée; Tigran bondissant au clavier, Arthur Hnatek captif de la transe qu’il s’est administrée tout seul, Sam Minaie le sorcier, cramponné à sa basse, n’a de cesse de checker tour à tour ses comparses dans le fond des yeux.  Les gars, on était perchés, croyez-moi.

C’est pourtant l’étrange sentiment de palper le sacré qui diffuse alors, par la grâce de la connexion à quelques essences : le rythme de Bach, les harmoniques riches de Stravinsky, et par-dessus tout – comment l’exprimer simplement ? – l’amour débordant à une terre natale d’Arménie.  Un sentiment irradiant, témoin d’une haute spiritualité et d’une richesse folklorique extrêmement vivante.  Son plus récent album ‘Luys i Luso’ – ainsi qu’une tournée mondiale en cours avec le Yerevan State Chamber Choir – y est essentiellement consacré, et avec quelle émotion.

“They are more tractors cultivating the soil and fewer folk songs being cultivated; there are more churches than people who still remember how to pray.”

Tigran_Mockroot

Vient inévitablement à l’esprit le collectage des musiques populaires effectué en Hongrie par Bela Bartok en compagnie de Kodaly, au tout début du siècle dernier.  Un travail et un amour du pays qui influença toute son œuvre par la suite.

Tigran est de ce sang-là : riche, inventif, rigoureux, joyeux, et partageur.  Et ce qu’il déclenche alors est universel.

  • * * * * * *

Immanquable sur le bout de tournée qui semble rester (jusqu’ici): Besançon, Amsterdam, Rotterdam, Budapest, BRUXELLES (à Flagey!!!)  Voyez vite les infos sur le site:

http://www.tigranhamasyan.com/

http://www.luysiluso.com/

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