La passion d’un collecteur – La Musique Irlandaise, par Etienne Bours (2/5)

Comme promis, nous poursuivons le voyage dans l’univers musical Irlandais, arpenté par Etienne Bours, un passionné qui a investi tous les métiers et saisi toutes les opportunités susceptibles de nourrir une curiosité boulimique à l’égard des musiques populaires et traditionnelles dans le monde.

Comme Etienne est aussi un formidable raconteur, mettons-le à table!

The Chieftains aux Traversées de Tatihou. ©Christine Breuls

The Chieftains aux Traversées de Tatihou. ©Christine Breuls

(La Maison Jaune:)

On imagine bien que la passion qui a animé la réalisation de l’ouvrage La Musique Irlandaise ne date pas d’hier ou du bon de commande de Fayard.

La pertinence  de l’information délivrée, la variété des références à des chansons pour illustrer le fil du temps que l’on dévore comme un feuilleton radiophonique, et par-dessus tout la qualité de la documentation et des sources qui soutiennent l’ouvrage font penser au travail scientifique d’un historien, mu par la passion d’un collecteur.

Comment cela s’est-il concrètement construit?  La recherche documentaire a-t-elle démarré avec l’idée du livre ou bien ces notes existent-elles depuis le premier coup de cœur?

(Etienne Bours: )

Tout cela est un travail de plus de 35 ans. Mon premier voyage en Irlande date de 1976. Je m’étais déjà documenté avant de partir en lisant divers livres sur l’histoire du pays. Quelque chose me fascinait dans cette lutte insensée pour la liberté et la dignité face à un envahisseur qui illustre parfaitement une politique colonialiste scandaleuse : l’Empire Britannique himself !!

J’ai donc abordé un pays pour et par sa musique mais aussi pour et par son peuple et ses luttes. C’était la première fois que je faisais à ce point le lien entre musique et société. Ce voyage fut un choc à tous points de vue. On est, dans les années ’70, au tout début du grand tourisme musical mais aussi du tourisme tout court. Le pays est encore d’une pauvreté incroyable et d’une pudeur qui n’a d’égale que sa foi quasi absurde en un Dieu instrumentalisé par une Eglise omnipotente.
C’est hallucinant ces Sacrés-cœurs qui restent allumés toute la nuit dans votre chambre de bed & breakfast dont la patronne s’est assurée que vous êtes mariés avant de céder une chambre double à un couple de chevelus…
Les petits déjeuners ont la générosité de la musique, les paysages ont la beauté des chansons. Les paysans vous prêtent leur prairie pour y planter la tente et parlent volontiers avec vous, quitte à ce que leur accent vous égare quelque peu sur la lande.

C’est un coup de foudre, c’est une découverte essentielle et l’on dirait que la musique est partout, même là où on ne l’entend pas. La moindre épicerie de village possède un présentoir de disques sur lequel trônent quelques LP des Dubliners ou d’autres groupes de ballades, extrêmement nombreux à ce moment-là.
Ma 2CV se remplit au jour le jour de ces 33 tours et de livres ou recueils de chansons. Je rapporte un trésor et, déjà, je me dis qu’il y a un livre à écrire sur la musique en lien avec cette histoire.

C’est le début de ma documentation sur cette histoire, ce pays et cette musique.
Les années qui suivent vont voir s’accumuler de nombreux disques, des films, des livres (en anglais et français), des articles découpés, des revues, des notes, d’autres recueils de chansons, des biographies de chanteurs ou de groupes… d’autres voyages viendront, d’autres concerts aussi.
Petit à petit, je vais écrire quelques articles qui paraîtront dans Trad magazine et qui préfigurent le futur livre. J’écris sur l’exil, sur le soulèvement de 1798 – je vais d’ailleurs en Irlande en 1998 et je rapporte une documentation nouvelle, publiée à l’occasion de cet anniversaire.

Je sais donc qu’un jour, j’irai plus loin dans ce travail. Il est inscrit sur mes tablettes depuis 1976 et ces années qui passent – qui ne sont pas consacrées qu’à l’Irlande  -permettent une lente et excellente maturation.
De sorte que lorsque j’ai abordé mon deuxième projet chez Fayard – mon Dictionnaire thématique des Musiques du Monde étant déjà publié – je leur ai proposé l’idée du livre Le Sens du Son (Musiques Traditionnelles et expressions Populaires) mais aussi celle du livre sur la musique irlandaise. Sophie Debouverie, directrice de la collection musique chez Fayard, m’a dit qu’il lui semblait opportun de commencer par Le Sens du Son et elle m’a demandé ce que j’en pensais. C’était mon avis également parce que je pensais que c’était une manière de compléter et  de « parfaire » le dictionnaire.

L’Irlande restait donc dans les projets d’avenir ; nous étions à ce moment en 2003. Le temps de faire ce livre puis de me lancer dans l’aventure Pete Seeger, que j’estimais aussi essentielle et urgente, huit à neuf ans ont passés avant que je revienne chez Fayard avec le projet irlandais.
Et, pour la première fois, j’ai entamé l’écriture d’un livre avec un contrat signé avant même d’avoir commencé. J’ai négocié un laps de temps suffisant pour pouvoir le réaliser dans un certain confort. Soit trois ans pour l’écrire. Trois années passées à lire ou relire des centaines de livres : dont 150 livres en anglais sur la musique, la chanson, leurs évolutions, leurs histoires, leur sociologie et une série de romans ou de livres de poètes irlandais, question d’être dans un climat global. J’avais dans ma documentation personnelle, celle que j’avais travaillée moi-même, les divers articles déjà écrits mais aussi de très nombreuses notes sur des thématiques précises. Avec, déjà, des titres de chansons et des traductions de certaines d’entre elles.

Le chantier était énorme mais le matériel était bien rangé et prêt à l’emploi.

Pub The Cobblestone, Dublin ©Christine Breuls

Pub The Cobblestone, Dublin ©Christine Breuls

De sorte que les trois années d’écriture ont été passionnantes. Je suivais le fil historique sans problème et mes lectures et écoutes venaient continuer à alimenter une structure qui préexistait au moins dans une forme simplifiée qu’il me suffisait de développer ou d’augmenter au fil des semaines.
Plusieurs séjours en Irlande, et pour la première fois à Belfast, ont contribué à ce développement. Plus j’avançais, plus ça me paraissait énorme et il fallait évidemment resserrer les contours pour ne pas trop en faire. Il n’empêche que Fayard a accepté un livre de plus de 500 pages comprenant un nombre de signes dépassant largement ce qui avait été convenu dans le contrat. Le tout dans une entente parfaite.

(A suivre:  Y a-t-il des musiques  ou une seule musique Irlandaise?)

* * * * * * *

La video intégrée à l’article provient de l’ITMA digital library.
Elle a été enregistrée en avril 2008 au Hughes’ Pub, Chancery Street, Dublin

Au plaisir de votre libraire (il peut aussi commander):
La Musique Irlandaise – Editions Fayard – Les chemins de la musique – 2015 .

Etienne Bours a également publié:
* le Dictionnaire thémlatique des musiques du monde  (Fayard 2002)
* Le sens du son: Musiques traditionnelles et expression populaire (Fayard 2007)
* Pete Seeger: un siècle en chansons (Le Bord de l’Eau – 2010)
* Il a récemment participé au Hors-série: Musique, fête ou festival » (Imagine – juin 2016) – récemment chroniqué dans ce blog.

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