Jalons d’éveil (artistes à suivre) 1: Baro d’Evel

Le plaisir des retrouvailles et celui de la découverte peuvent s’apprécier avec la même intensité, chacun sa palette sans doute, et dans les deux cas réserver de belles surprises.  On se dit alors qu’on est sur le bon chemin, dans la bonne intuition exploratrice, tous capteurs dehors.

Petites formes-ateliers ou spectacle en tournée, Jalons d’éveil est un pointage sur des artistes magnifiques avec lesquels régler une interface sensible, infuser des univers, et guetter leur prochain passage de comète.

photo © François Passerini

Baro d’Evel.  Comment définir ces infatigables chercheurs du cirque poétique?  Oui voilà, je viens de le faire!  En plus de mots:

Baro d’Evel aime chercher dans les oppositions, les interstices, les entre-deux, les passages, ces endroits de transformation, là où l’on devient autre, là où l’absurde nous soulage du sens. Parce que ce sont ces paradoxes, ces frottements qui mettent en danger, et ouvrent des portes. lit-on sur le programme.

Par ce long compagnonnage qu’ils entretiennent avec l’animal, Camille Decourtye et Blaï Mateu Trias raffinent encore le trouble, entre transformation et mimétisme, qui fait résonner ces mots de Georges bataille:

L’animal ouvre devant moi une profondeur qui m’attire et m’est familière.  Cette profondeur, en un sens, je la connais; c’est la mienne.  Elle est aussi ce qui m’est le plus lointainement dérobé.  Je ne sais quoi de doux, de secret, de douloureux, prolonge dans ces ténèbres animales l’intimité de la lueur qui veille en nous ».

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photo © Arthur Bramao

15 ans au compteur déjà, pour cette toujours jeune compagnie dont l’épine dorsale est composée de  Camille Decourtye et Blaï Mateu Trias, sans oublier le cheval, le corbeau, partenaires de tant de spectacles, ni la tribu de danseurs, acteurs, acrobates, musiciens, et techniciens mobilisés autour de productions plus ambitieuses comme Bestias.  De loin en loin on les retrouve, sous chapiteau sur les routes de France, au centre L’Usine à Tournefeuille, ou encore ici,  au Théâtre Garonne de Toulouse, où le duo avait précédemment joué son spectacle Mazut.

cheval danse

photo © Alexandra Fleurantin

 

Au cours d’une résidence-atelier au Garonne,  ils ont frotté leurs ébauches d’un nouveau projet en dyptique –  : duo avec oiseau, et La Falaise: plus grande forme avec animaux – aux univers de Leonor Leal, atypique danseuse de flamenco et de la chanteuse Fátima Miranda.  Ils en partageaient l’autre soir un instantané, une sorte de jalon minimaliste mais très évocateur, pétri de corps-à-corps, de drôleries et de tendresses, d’élégances aussi.

Etait-ce l’intimité de la confrontation dans le contexte d’atelier, mais l’ardeur de Baro d’Evel dans le questionnement émotionnel, son l’humilité au bord de l’inconnu, de l’interstice nous ont touché au même endroit que les œuvres intimes de la généreuse Pina Bausch.

Et ça, c’était la surprise de la soirée.

* * * *

Prochaines dates de la compagnie: ici

 

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Trio Chemirani à Toulouse: La langue au bout des doigts

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Ce jeudi 2 mars, un enchantement va se répandre dans la Salle Nougaro de Toulouse.  Au fil d’une conversation rythmique et mélodique captivante, le Trio Chemirani va probablement mettre un auditoire à l’unisson d’une vibration invisible et pourtant universelle, une langue poétique et musicale, sublimée dans leur grand œuvre : l’album Dawar.

Chemirani, c’est à la fois le nom d’une famille à l’identité culturelle singulière et l’une des plus belles aventures musicales contemporaines, belle comme une rivière dont on pourrait contempler dans le même regard et la source et le delta.

Formé dans les années ’40 par les grands maîtres du tombak (1) à Téhéran, Djamchid, le père, demeure aujourd’hui encore le témoin de la tradition la plus pure.  Lorsqu’il s’installe en France au début des années ’60, il prépare pour ses enfants un creuset familial riche de deux cultures, un dialogue propre à éveiller une curiosité musicale qui ne tarira jamais.

Leur sensibilité artistique se formera à l’écoute de la langue du père, le persan, et à sa tradition de musique et de poésie. Chacun tracera ensuite une route personnelle.  Djamchid donnera le signal de l’exploration au-delà de la tradition en participant,  en 1985, à la mise en scène contemporaine du Mahabharata de Peter Brook.  De leur côté, les filles Maryam et Mardjane  chantent, et les garçons Keyvan et Bijan multiplient les projets de métissages, notamment avec les musiques modales de la Méditerranée, des mondes arabes et ottomans, du jazz et du folk occidental.

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Mais, régulièrement, ils se retrouvent pour fusionner leurs butinages dans une méditation commune, sorte de recherche ad libitum de l’œuvre au noir, l’alchimie d’une langue rythmique universelle.

La formule du trio est axée sur une musique de percussions, exécutée principalement au zarb (ou tombak).  Claquements sous la main franche ou sons doux, chuintés, griffés sur la peau ou encore raclés sur le fût, tout est possible.  Les battements sur le daf, grand tambourin, et le udu, cette jarre originaire du Niger, offrent une rupture au timbre dominant.

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Souvent, les cordes prennent la main,  avec le  saz de Bijan et le santour de Keyvan, pour lancer d‘irrésistibles envolées oniriques.  Mais ce sont les poèmes anciens scandés de la belle voix du patriarche Djamchid qui viennent à intervalles réguliers rendre le souffle pour un nouvel acte à cette belle conversation.

On verra à l’œuvre plus qu’une complicité familiale.  A voir l’impulsion, l’appel et la réponse, la phrase rythmique passer de l’un à l’autre avec une telle fluidité, on se prendra n’entendre qu’une seule voix, fusionnée par l’instinct.

Car on l’a compris : s’il est bien question de frappe et de percussion, la finesse du toucher des Chemirani  sur des instruments dont on ne soupçonne pas l’infinie subtilité écrira dans nos mémoires le souvenir d’une langue intime, une langue que l’on ne connaissait pas.

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(1) Nom persan de ce tambour à peau tendue sur corps en bois en forme de champignon. Zarb est son nom arabe

Leurs enchaînements fusionnels transcendent les frontières et parlent à tous. […] Ce trio unique en son genre élabore une musique percussive étonnamment mélodieuse, qui ensorcelle et transporte. Télérama

Réserver pour le concert à La Salle Nougaro de Toulouse (2 mars 2017)

La page Facebook du Trio

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Protégé : Conversations à La Maison Jaune: Piers Faccini à Toulouse – partie 3

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Protégé : Conversations à La Maison Jaune: Piers Faccini à Toulouse – partie 2

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Protégé : Conversations à La Maison Jaune: Piers Faccini à Toulouse – partie 1

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Les Inattendus, de Eva Kristina Mindszenti – Retour sur un baiser de poète

©photo E.K.Mindszenti

©photo E.K.Mindszenti

Il faut lire Les Inattendus, oublier son étiquette de ‘roman’ qui annonce le déroulé d’un récit bien charnu, piqué de coups de théâtre sur la perspective fuyante d’une tragédie existentielle.  Et pourtant, à lire et à relire Les Inattendus, sans y détecter aucun de ces ingrédients ou issues convenues, on ressort irradié d’une indéniable conviction existentielle.

J’arrive à cet ouvrage en suivant un petit fil d’Ariane étrange,  comme au sortir d’un songe, une dérive lente, un mouvement infime comme pour me rattraper du vertige initié à la vue d’une photographie.  Une image peut capter de la sorte : on s’y plonge, elle magnétise le regardeur, le décalage se forme et il vous happe.  Quelque chose, une personne, me parle, résonne, et je la suis dans l’interstice.  Voilà tout.  D’Eva Kristina Mindszenti je suis la trace d’encre de chine jusqu’à cette goutte venue tracer quelques signes sur le papier d’un livre.  Un livre ayant vécu sa vie de livre, honorable : édité (Stock 2007), étiqueté (Roman), couronné (Prix Anna de Noailles de l’Académie Française), célébré (sans doute) et aujourd’hui épuisé.

 Peut-on spéculer sur une étoile filante ?  Car c’est ainsi que le web – le bouquiniste du 21e siècle – traite Les Inattendus : des occasions  variant de 0.90 cents (« Tu ne vaux rien, étoile morte ») à près de 60€ (« Tu es star, tu es rare, tu seras chère »).

Qu’y a-t-il à comprendre ?
Rien. Il faut seulement lire Les Inattendus.

Dans ma lecture, les éléments factuels identifiés peinent à ébaucher une histoire.  Les voici tout de même : la Hongrie – tendue entre ses archaïsmes et la chute du Mur toute proche, l’hôpital-mouroir pour des « enfants-Tchernobyl »,  et la traversée de ces étendues glaciales par une jeune femme au plus près de ses instincts.  Il n’y a rien à raconter.  Il n’y a qu’à la suivre, elle : attirée, révulsée, attendrie, drôle, dévastée, réconfortée par la force de son seul amour : le poète qui murmure.

Cette lecture surprenante se vit à même la peau, comme l’expérience de l’eau fraîche dans le torrent d’altitude commence par engourdir, puis force à réagir : s’agiter, nager, s’adapter à un nouvel état sensoriel.  On peut être déboussolé un moment par l’absence du moteur romanesque.  Le récit, pauvre comme son décor, ne fait qu’aligner les gestes de la trivialité du quotidien,  les émotions brutes, et les phrases qui fusent avec l’amertume d’un aveugle-sourd privé de lire son passé, rendu à son seul instinct pour franchir chaque minute de sa vie.

©Encre de Chine - EK Mindszenti

©Encre de Chine – EK Mindszenti

La clé de cette expérience c’est de l’aborder comme une méditation.  Oublier ce travers humain de l’interprétation, de la surcouche conceptuelle, ne pas chercher à se raccrocher à un quelconque signal gps : on se fiche bien de là où on va.

La clé c’est de ne pas lâcher le fil du verbe, de coller à la musique des mots, à la respiration qui s’installe par la scansion des phrases courtes.  Aux mots coupés.  Aux mots répétés.  Aux chuchotements. Aux minuscules incantations qu’on s’administre quand on marche seul, depuis longtemps. Eva Kristina Mindszenti marche-t-elle depuis longtemps ?  Que traverse-t-elle ou s’apprête-t-elle à traverser ?  Nul besoin de le savoir : c’est son expérience qui nous rend la nôtre.  Avec la fausse froideur des minutes d’un procès, Les Inattendus donne voix à ce récit des instants de pure solitude dans le bruit du monde.

C’est un récit puissant, initiatique, celui qui parvient par ce chemin émotionnel à rétablir que la conscience de  l’instant est le socle de la compréhension existentielle.
C’est le cadeau du livre, que de nous rendre cette conviction apaisée, c’est comme recevoir l’amour d’un poète.

Le poète murmure.  Je l’entends. János Arany m’aime.  Ses livres existent pour sauver des gens comme moi.  Son existence a trouvé sa destination.  (…)  Un poète n’est pas un intellectuel.  Il creuse.  C’est son métier.  Son front perle de sueur.  Il n’est pas insensible aux changements climatiques.  Il creuse, dans cette canicule, il creuse, au cœur d’une ère glaciaire.  Le ciel est terne.  Il creuse encore, et, sous la pluie, excave, enfin, un sentiment abîmé.  Il s’arrête de creuser.  Il a trouvé.  Le silence est parfait.  Plus rien d’autre ne compte.  Le poète recueille le sentiment avec délicatesse.  Muni d’un canif, il le nettoie.  Un poète est avant tout un homme habile de ses mains.  A la fin du travail, le sentiment retentit de sa splendeur initiale.  Comme au premier jour.  Les poumons brûlent, la lumière éblouit.  Il grelotte.  Très vite, un nom lui est donné.  Le sentiment est né.  Il est terrifiant.  Un géant qui ne maîtrise pas sa force.  Son exubérance trahit le repos ambiant.  Il faut l’abîmer de nouveau, il faut l’enterrer.  Le mettre hors d’état de nuire.  Les poètes n’auront jamais fini de creuser.  D’excaver des sentiments, forcément insupportables.  Un sentiment n’est pas naturel.  Ressentir n’est pas aisé.  C’est un travail pénible.  Le poète le sait.  C’est pourquoi il distille nos émotions dans des livres.  Si je n’avais pas lu je serais froide, je serais vide.  Je serais, je le sais, vide de sens.  János Arany, tu veilles.  Grâce à toi, je suis sauve.

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L’Utopie de Piers Faccini prend forme au Rex de Toulouse

© photo Micha Markovicova

© photo Micha Markovicova

Piers Faccini sera en concert au Rex de Toulouse ce vendredi 27 janvier pour présenter son nouvel album I Dreamed An Island (Beating Drum 10/2016)

Le concert est une co-production Zamora Prod (Paris) et Bleu-Citron (Toulouse)

 

I DREAMED AN ISLAND une utopie musicale moderne, l’allégorie d’un dialogue culturel idéal, illustré par l’âge d’or d’un petit royaume Normand de Sicile qui a connu, dans le Haut Moyen Age, une parenthèse de coexistence pacifique entre peuples et religions, favorisant un bouillonnement inédit de créativité.

Album

Album

Nouvelle vague folk

Depuis sa tournée mondiale en première partie de Ben Harper, ses compagnonnages avec Ibrahim Maalouf, Vincent Segal, Dawn Landes, Rokia Traoré, et sans doute parce qu’il est aussi peintre, Piers Faccini taille sa route d’auteur-compositeur de plus en plus poète, de plus en plus indépendant, suivi par une audience croissante qu’il peut se vanter d’avoir conquise au cœur à cœur. (*)

Chantre d’un nouveau folk, celui du 21e siècle, Piers Faccini offre des concerts à son image, celle de son ADN multiculturel fait de Tarentella d’Italie du Sud, de résonances africaines, et de blues du Mississipi, avec une bonne dose d’électrification et de rythmique créative.

Le concert I Dreamed An Island est plus que jamais dans cette veine – avec une formule trio inédite qui garantit quantité de voyages exotiques au cœur même du Rex de Toulouse, dont la scène sera rehaussée pour l’occasion par les lampes orientales créées par Marianne Pelcerf.

Et retenez ceci pour le concert de Toulouse et ceux qui vont suivre :  Piers sera juste rentré d’une tournée aux Etats-Unis, gonflé à bloc par les stimulations du ‘Nouveau Monde’, de ses publics curieux, enthousiastes, et forcément sensibles à des titres comme Bring Down The Wall dans le contexte que l’on sait.  Le trio jouera avec la maturité acquise sur la tournée et surfera encore sur cette vague tonifiante formée au fil des concerts de  New-York (NY), Boulder (Colorado), Nashville (Tennessee), Washington DC …

Dream on les garçons, c’est tout ce qu’on nous souhaite à Toulouse le 27 janvier !

Un  album-manifeste …

Honorer les origines multiculturelles de sa famille, se souvenir de leur trace de migrants entre les Balkans, la Méditerranée et les îles Britanniques.  Célébrer – aujourd’hui – l’interface féconde entre les peuples et les cultures, et l’illustrer par la mémoire d’une époque ancienne bien plus violente, au cœur de laquelle cet équilibre s’est inscrit naturellement.  Travailler son empreinte artistique sans concession, affiner son écriture poétique et musicale, ciseler la forme pauvre avec l’instrument authentique et le rythme, pour que du simple haiku jaillisse l’arc-en-ciel, la complainte, ou la fête.

 Cette convergence de la quête personnelle, de l’inscription dans le monde, et de l’accomplissement musical est en soi un formidable pari créatif :  pierre de touche pour l’artiste Faccini et bonne brise pour tout un chacun dans l’affirmation de ses singularités propres.

… matrice pour beaucoup de lives

Conçus comme une matrice unique, tant le concept de l’album que chacune des chansons du set se déclinent en live et n’en finissent pas d’offrir un visage nouveau.  Piers autant que les musiciens mûrissent en tournée, ne cessent d’inventer et de composer avec les événements, avec les publics, et l’esprit intangible qui se forme parfois dans l’alchimie des concerts.

La dominante musicale de l’album – outre la voix de Piers Faccini – repose sur des arrangements composés avec des instruments acoustiques superbes, issus des traditions populaires méditerranéenne et africaine, ou encore de la musique baroque.  Simone Prattico, qui a composé une bonne partie des lignes de batterie sur cet album, a lui aussi enrichi son arsenal de percussions. Les virtuoses de tous ces instruments sont nombreux sur l’album mais tous ne peuvent accompagner la tournée, sauf quand l’occasion s’y prête.(**)

©photo Alexandra Le Pogam

©photo Alexandra Le Pogam

Les envolées d’un nouveau trio

Cependant, cette couleur est remarquablement suggérée par la nouvelle formule du trio qui nous attend à Toulouse et sur toutes les dates de la tournée européenne.  Malik Ziad a ainsi rejoint Piers et Simone Prattico, son batteur fétiche et ami de longue date.  Avec ses parties de mandole et de ghembri (basse acoustique Gnawa), Malik étoffe le set qui offre un mix intéressant entre la rythmique, les instruments acoustiques amplifiés et la guitare électrique à partir de laquelle parfois quelques boucles viennent enrichir les arrangements.

Piers trouve davantage de ressources et de confort avec le trio.  Selon les chansons, il peut appuyer la mélodie et enrichir la section rythmique grâce à la ligne de basse du ghembri de Malik.  Le même, à la mandole, prend le relai de la mélodie principale à quelques occasions ou, le plus souvent, tisse des ornementations fines et ajustées : c’est la haute-couture façon Malik, juste la grande classe.

Malik Ziad © photo Victor Delfim

Malik Ziad © photo Victor Delfim

simone-prattico

Simone Prattico © photo Victor delfim

Voilà qui donne de l’air à la formation, les musiciens apportent des idées, stimulent les envolées célestes, hypnotiques comme dans la chanson Comets, autant que les breaks rythmiques, électriques et tranchants, par exemple au cœur du titre Cloak of Blue, où vous découvrirez quelques audaces de Simone Prattico avec la guitare hyper-blues de Piers.

Ne manquez pas cette expérience, et l’occasion d’en parler avec Piers lui-même, toujours disponible pour discuter à chaud en sortie de scène.

  • * * * * * * *

Réservations ouvertes sur le site du Rex de Toulouse: ici

Retrouvez toutes les dates de la tournée sur www.piersfaccini.com

(*) Invité sur France Inter au lendemain de son giga-concert de Bercy en décembre dernier, Ibrahim Maalouf confiait que pour lui, Piers Faccini était l’un des artistes les plus importants d’aujourd’hui. (**) Ils ont bien sûr joué et enregistré ensemble à maintes reprises depuis leur rencontre autour de la regrettée Lhasa.  Ben Harper l’avait embarqué en première partie de sa tournée mondiale il y a une dizaine d’années. Vincent Segal l’accompagne sur un joli projet de duo avec Songs of Time Lost et lui a présenté Ballaké Sissoko.  Sa route a croisé Camille et Rokia Traoré.  Il a réalisé le premier album de Dom la Nena avant de créer son label Beating Drum et de se lancer dans la production des albums de Jenny Lysander et du projet Yelli Yelli.

(**) Comme à la fin de l’automne 2016 à Lyon avec Jasser Hadj Youssef, rejoint plus tard à Paris par Bill Cooley.  D’autres surprises à venir au gré de la tournée qui se poursuit.

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A Thousand Kisses Deep – Quand Leonard Cohen vit avec son poème

The Book of Longing (2006)

The Book of Longing (2006)

Un poème (sa récitation), rencontré dans certaines circonstances, peut se fixer à vous pour la vie, se faire bijou discret comme le lichen à son arbre. A Thousand Kisses Deep poème d’amour lucide et apaisé,  était un work-in-progress pour Leonard, qui l’amendait, ajoutait des vers, en modifiait l’ordre de strophes.  Ce matériau vivant, son ajustement au ressenti de l’auteur est un éclairage complémentaire sur la sensibilité profondément et sincèrement artistique de Leonard Cohen, comme en témoigne l’incroyable regard porté sur lui par le réalisateur Tony Palmer avec son documentaire Bird on a wire (1) .

C’est à ce titre que je garde à portée de coeur A Thousand Kisses Deep, comme le pot de braise qu’il était peut-être pour Leonard.  Ce billet n’a d’autre raison que d’en réunir deux ou trois versions, afin de garder une trace dans la fourmilière du web.

 

Les différentes versions du poème ont baigné dans une sorte de chantier permanent ou une méditation, plus que comme un thème obsessionnel.  On peut ainsi les comprendre comme la distillation de vers innombrables écrits sur un même élan d’inspiration, une source retrouvée saison après saison.  On peut également penser que la fixation (provisoire) des vers a pu être induite et évoluer par leur interprétation en live, chantée ou récitée.

It’s taken so long to write and it was so much of my ordinary day even when I was in the meditation hall spending long hours. I suppose I was supposed to be calming my mind or directing it to other areas, but I was working on the rhymes for A Thousand Kisses Deep. I found the mediation hall was an excellent place to work on songs. I could concentrate on a verse, work out the rhymes and the ideas would come.
(LC – Interview au magazine MC Lean’s, 2001)

Beaucoup d’enregistrements et d’informations autour de ce poème et de la chanson sont remontés sur la toile depuis la disparition de Leonard Cohen.  Il apparaît ainsi que A Thousand Kisses Deep a vécu comme texte écrit, récité en concert ou lors d’émissions radio, et bien sûr chanson.

Premières ébauches récitées dans diverses émissions radio, interviews vidéo, à partir de 1996. Une version précoce de l’adaptation en chanson fait partie de la bande-son du documentaire Mount Baldy- Spring 1996 filmé par Armelle Brusq.

Première publication

Voici le texte plus complet, rendu public pour la première fois en septembre 1998.

You came to me this morning
And you handled me like meat.
You’d have to live alone to know
How good that feels, how sweet.
My mirror twin, my next of kin,
I’d know you in my sleep.
And who but you would take me in
A thousand kisses deep?

I loved you when you opened
Like a lily to the heat.
I’m just another snowman
Standing in the rain and sleet,
Who loved you with his frozen love
His second-hand physique –
With all he is, and all he was
A thousand kisses deep.

All soaked in sex, and pressed against
The limits of the sea:
I saw there were no oceans left
For scavengers like me.
We made it to the forward deck
I blessed our remnant fleet –
And then consented to be wrecked
A thousand kisses deep.

I know you had to lie to me,
I know you had to cheat.
But the Means no longer guarantee
The Virtue in Deceit.
That truth is bent, that beauty spent,
That style is obsolete –
Ever since the Holy Spirit went
A thousand kisses deep.

(So what about this Inner Light
That’s boundless and unique?
I’m slouching through another night
A thousand kisses deep.)

I’m turning tricks; I’m getting fixed,
I’m back on Boogie Street.
I tried to quit the business –
Hey, I’m lazy and I’m weak.
But sometimes when the night is slow,
The wretched and the meek,
We gather up our hearts and go
A thousand kisses deep.

(And fragrant is the thought of you,
The file on you complete –
Except what we forgot to do
A thousand kisses deep.)

The ponies run, the girls are young,
The odds are there to beat.
You win a while, and then it’s done –
Your little winning streak.
And summoned now to deal
With your invincible defeat,
You live your life as if it’s real
A thousand kisses deep.

(I jammed with Diz and Dante –
I did not have their sweep –
But once or twice, they let me play
A thousand kisses deep.)

And I’m still working with the wine,
Still dancing cheek to cheek.
The band is playing « Auld Lang Syne » –
The heart will not retreat.
And maybe I had miles to drive,
And promises to keep –
You ditch it all to stay alive
A thousand kisses deep.

And now you are the Angel Death
And now the Paraclete;
And now you are the Savior’s Breath
And now the Belsen heap.
No turning from the threat of love,
No transcendental leap –
As witnessed here in time and blood
A thousand kisses deep.

Ce texte sera ultérieurement édité en deux poèmes dans le recueil The Book of Longin (2006). (2)

La chanson, telle qu’elle paraît sur l’album Ten New Songs (2001), est construite sur la deuxième partie du texte ci-dessus (à partir de The Ponies Run…).
Sharon Robinson, choriste et collaboratrice de Leonard Cohen, explique qu’ils travaillaient sur une suite à la chanson A Thousand Kisses Deep: une autre chanson basée sur la première partie du texte, et dont le projet de titre était Still Into That.

 

La version live 2009

Le récitation in extenso (les deux parties) était inclue dans la set-list de la tournée 2009; sa captation vidéo live à Londres est d’une intensité poétique remarquable.  Ma préférée…
En voici le texte, puis la vidéo.

You came to me this morning
And you handled me like meat
You’d have to be a man to know
How good that feels, how sweet
My mirrored twin, my next of kin
I’d know you in my sleep
And who but you would take me in
A thousand kisses deep

I loved you when you opened like a
Lily to the heat
You see I’m just another snowman
Standing in the rain and sleet
Who loved you with his frozen love
His second hand physique
With all he is, and all he was
A thousand kisses deep

I know you had to lie to me
I know you had to cheat
To pose all hot and hide behind
The veils of sheer deceit
Our perfect porn aristocrat
So elegant and cheap
I’m old but I’m still into that
A thousand kisses deep

I’m good at love, I’m good at hate
It’s in between I freeze
Been working out, but its too late
It’s been too late for years
But you look good, you really do
The pride of Boogie Street,
Somebody must have died for you
A thousand kisses deep

The autumn moved across your skin
Got something in my eye
A light that doesn’t need to live
And doesn’t need to die
A riddle in the book of love
Obscure and obsolete
Until witnessed here in time and blood
A thousand kisses deep

And I’m still working with the wine
Still dancing cheek to cheek
The band is playing Auld Lang Syne
But the heart will not retreat
I ran with Diz and Dante
I never had their sweep
But once or twice they let me play
A thousand kisses deep

I loved you when you opened
Like a lily to the heat
You see I’m just another snowman
Standing in the rain and sleet
But you don’t need to hear me now
And every word I speak
It counts against me anyhow
A thousand kisses deep

 

Et encore …

Une illustration de vers ajoutés, ici en introduction.  Et sa récitation en enregistrement audio.

Don’t matter if the road is long
Don’t matter if it’s steep
Don’t matter if the moon goes out
And the darkness is complete
Don’t matter if we lose our way
It’s written that we’ll meet
At least that’s what I heard you say
A thousand kisses deep

Well that’s my story
I admit it’s broken and its bleak
But all the twisted pieces fit
A thousand kisses deep

 

 

(1) Bird on a wire – Documentaire de Tony Palmer (1972) – en rediffusion sur ARTE jusqu’au 17 decembre 2016

(2) version française:  Le Livre du Désir (éditions Points (poésie))

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La cave underground du DESERTER Csaba Palotaï

Album The Deserter (UVM 2016)

The Deserter - cover

The Deserter – cover

Ooops voilà que j’ai les pieds en gigue et la tête qui dérive.
Les hanches qui roulent, les bras qui font l’oiseau.
J’appelle un docteur ? J’ouvre la fenêtre pour faire entrer de l’air frais ?

Pas la peine, il y en a plein l’appartement, et la machine à fumée psychédélique responsable de mon état, c’est le premier album solo de Csaba Palotaï qui vient d’arriver sur la platine.

The Deserter, une bonne dizaine de petites pièces solos pour guitare électrique triturée, guitare qui racle, guitare qui se tord, exacerbée mais jamais brutale, guitare qui soudain cajole et hurle à nouveau.  De la musique comme on se l’explore dans la cave ou dans son garage, en pur chercheur, sans comptes à rendre à personne.  C’est en effet à une des sources les plus enfouies de l’underground que Csaba semble brancher sa petite turbine saturée.

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Photo © Vincent Bourre

Avec The Deserter, on est au cœur du labo, on manipule la teinture-mère.  On jurerait que ce gars-là est connecté aux concerts subversifs des années ’70 – côté Est du mur – et à ce que des artistes comme Led Zepplin ou Jimi Hendrix apportaient au Blues, ou Zappa au jazz – aussi, puisque Csaba Palotaï vient du jazz.

Je ne dis pas qu’il les imite. Il se replace sur un nœud d’énergie aussi prometteur que quand on rebat les cartes au jeu. Il ouvre les vannes, comme ces bands l’ont fait, pour le grand bien de la musique.  Preuve qu’il a les idées claires et sa palette expressive bien en main, Csaba n’est pour moi jamais autant lui-même que quand il interprète dans son jus à lui un traditionnel Transylvanien (1) – un peu comme Jimi repeignant The Star-Spangled Banner à Woodstock – si ça vous parle …

Photo © Cedric Maheut

Photo © Cedric Maheut

Cette époque-ci a fini de pousser au paroxysme des modèles et des concepts épuisés. Place à l’invention, en musique comme ailleurs.  Avec The Deserter, Csaba Palotaï nous fait claquer la chemise au vent d’une puissante aspiration de liberté.

Et pour ce qu’il en dit lui-même, voici un trailer fort bien fait.

 

 

(1) The Burning House (Pabilijas), qu’on connaît dans une version beaucoup plus aérienne par sa compatriote Zsuzsanna Vàrkonyi – dont il est le comparse dans bien des projets musicaux.

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The Deserter chez le distributeur UVM

The Deserter sera joué en trio le 23 novembre 2016 @ la Dynamo de Banlieues Bleues (Paris, Pantin) banlieuesbleues.org

http://www.csabapalotai.com/

Csaba Palotaï, depuis 20 ans en France, a tourné avec son Grupa Palotaï, puis son spectacle Electric vaudeville. Il est aussi le guitariste d’Emily Loizeau, écrit, arrange pour quantité de projets.

C.Palotaï est l’auteur (et l’interprète) de la musique des spectacles DOM DO DOM ! et LA NAISSANCE DU CARNAVAL de La Compagnie Auriculaire, qui se jouent à Paris les mercredis, samedis et dimanches jusqu’au 30 novembre, à l’Atelier de la Bonne Graine  16 passage de la Bonne Graine, Paris 11
http://compagnie-auriculaire.com/actualite

 

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I miss you Leonard Cohen,  but nothing has been broken

lcDans le flux trop dense des actualités chroniquées sans lendemain, j’ai voulu placer dans ce billet de blog la trace d’une réflexion et d’une prise de conscience suite à la disparition de Leonard Cohen.  Au sentiment de perte ont succédé gratitude et réconfort, et la certitude de retrouver par le chemin de ses chansons la résonance avec une bouleversante humanité partagée.

Leonard Cohen disparu, je me suis senti un peu perdu comme beaucoup d’entre vous.  Les réactions et témoignages personnels ont afflué, attestant de l’incroyable tendresse dont a pu faire l’objet un simple songwriter but such a beautiful man.

En revanche, j’ai bien vite saturé avec les bios, synthèses journalistiques convenues, focus sur les dernières semaines, analyses qui exacerbent le côté liturgique de certaines chansons, qu’une presse paresseuse s’est plue à brancher sur les convictions religieuses de celui qui demeure avant tout un chanteur.  Souvenez-vous, ça avait fait pareil avec Johnny Cash.
Or Leonard Cohen était un pur artiste, intuitif et butineur dans la vie.  Regardez ce documentaire pour vous en rappeler.

Leonard Cohen n’est pas un produit qui s’impose mais une expérience poétique qui peut résonner intimement.

Leonard Cohen n’avait pas la moindre idée du mécanisme, s’il en est, qui explique l’irrésistible succès transgénérationnel de ses chansons.  Pour ne pas utiliser le mot addiction, on va parler de résonance partagée.  Mais à quel point ?  Leonard Cohen est-il une valeur universelle de la chanson ?  Une minute ! Même si on restreint l’analyse au périmètre culturel occidental, il paraît que le foot est une valeur universelle, ou Coca Cola, PlayStation, ou encore Harry Potter … Ça parle à tout le monde (paraît-il!) – mais Leonard Cohen??!! Ce serait plutôt le contraire : ce sont les gens qui en parlent.  Leonard Cohen n’est pas un produit qui s’impose mais une expérience poétique qui peut résonner intimement.

Leonard Cohen est passé à travers tout, s’est sorti de tous les plans convenus dans lesquels il aurait pu s’enliser – ou se faire oublier : la rente d’une entreprise familiale dans les beaux quartiers de Montreal, l’étiquette baba-cool des sixties, le show-business (qui lui a fait les poches !), la retraite zen, jusqu’à ses dernières tournées qui n’avaient rien des relevés de compteurs auxquels s’adonnent un tas de vieux groupes des ’60 / ‘70 qui n’ont plus rien à dire : lui composait, vibrait de ses nouvelles chansons.

Il s’étonnait d’être félicité, honoré, récompensé pour quelque chose – la poésie (et sa forme ultime : la chanson) qu’il disait ne pas commander, ne pas pouvoir réprimer en lui.
La poésie, son jaillissement, voilà l’incandescence d’une vie.  La poésie dans nos vies comme un battement de sang, une pulsion, et donc son rythme, sa musicalité implicite.

Ecoutez cette version sublime de ‘A thousand kisses deep ‘.  Chanson ? Poème ? Spoken word ? Slam ?  La plus belle des danses…

Comment l’intime d’un artiste peut-il toucher aussi universellement ?

Certaines chansons demeurent inoubliables pour toutes sortes de raisons.  Tube de l’été, chanson culte d’un groupe de copains, ou encore bande-son du premier amour.
Puis, côté esthètes, il y a la « bonne » chanson, fine, équilibrée, impeccablement arrangée, et qu’on apprend à écrire.

Plus ça va, plus on trie non ?  Et la chanson qui vous touche, c’est la chanson sincère, la chanson « juste » de l’artiste à l’écoute de l’en-soi.
On parle d’émotion là, pas de perfection.  Mais l’expérience émotionnelle de Leonard Cohen, ce n’est pas la mienne, ni la même que celle des milliers d’auditeurs bouleversés.  Tout le monde parle de grâce, à propos d’un concert, d’albums, ou de chansons en particulier.  Alors comment l’intime d’un artiste peut-il toucher aussi universellement ?

Où est-ce que tout ça se rejoint si ce n’est dans la vérité la plus aboutie de l’un qui engage celle de l’autre à se dévoiler ?
Parce qu’il expose son humanité fragile, dévastée, ou radieuse, Leonard Cohen met l’auditeur sensible sur le chemin d’accepter la sienne propre – fut-ce dans la douleur, la joie, ou la ferveur.
En résonance avec  les chansons de Leonard Cohen, chacun peut repartir avec ses propres histoires.
C’est bien la fêlure, l’émotion qui fait la chanson inoubliable – chacun pour sa raison.

A la lumière de sa vérité intime, l’artiste peut créer une expression propre

La disparition de Leonard Cohen a donné lieu de la part de divers artistes à une avalanche d’hommages, de révérences, de covers (souvent maladroites – et pas que dans la rue !).  Petit malaise à voir ces filiations autoproclamées, même dans l’humilité, ces velléités de sourcer son inspiration, de tagger son catalogue… L’art ce n’est pas de la comm’, relevait en substance un ami.

Par l’émotion disais-je, en filtrant tout fragment poétique à la lumière de sa vérité intime, l’artiste crée une expression propre : la sienne, émouvante par elle-même, comme une invention, qui fera – peut-être – son chemin en vous.  Alors ça sonne juste.  Pour Leonard comme pour vous.

 

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