POCKET RHAPSODY : le libretto de Frank Woeste, son art de vivre musicien

Pocket Rhapsody (ACT)

Pocket Rhapsody (ACT)

FRANK WOESTE, pianiste et claviériste, est de ces musiciens à la créativité foisonnante et au jeu élégant.  Capable de livrer les aboutissements de ses explorations harmoniques dans une lisibilité très confortable pour l’auditeur, ce qui le rend définitivement attachant.  Tout comme son 5e album : « Pocket Rhapsody » (à paraître en janvier 2016 – ACT music) son parcours ébauche les contours d’un art de vivre musicien en ce début de 21e siècle.  Un fameux groove en vue pour prendre le virage de 2016.

Co-réalisateur avec Ibrahim Maalouf et pianiste sur la tournée Khaltoum, Frank Woeste était de passage à TOULOUSE (salle Odyssud – Blagnac) les 15 et 16 décembre dernier (article à suivre, avec une interview exclusive d’Ibrahim Maalouf).  L’occasion d’une parlotte bien agréable sur son actualité et ses projets.  On parle aujourd’hui du musicien et de l’album Pocket Rhapsody.  A suivre, dans la foulée, un focus sur le Studio LIBRETTO de Frank à Paris, un lieu polyvalent dédié au dialogue entre les arts.

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« Quand je joue, j’ai parfois le sentiment qu’il me faudrait une troisième main. »
Et quelle belle donne, dans cette main supplémentaire : des talents de compositeur, d’arrangeur et de producteur, rôles que Frank Woeste a toujours associés à sa conception de la créativité en musique.

Formé au piano classique au conservatoire de Brême, il fréquente assidûment, le soir venu, les clubs jazz de la ville. L’arrivée de Frank Woeste à Paris en 1997 et son immersion dans un vivier incroyable de musiciens de tous bords achève de mettre sous tension sa vocation de chercheur.  Une dose de rigueur classique, une dose d’improvisation jazz : boum, son moteur fait boum et c’est parti pour dessiner une trace inspirée, en 5 albums et des collaborations remarquées avec plusieurs noms de la scène jazz (Ibrahim Maalouf, Youn Sun Nah, Michel Portal, Mederic Collignon, Stefano di Battista, entre autres).

C’est mérité, car Frank Woeste manifeste une intelligence musicale raffinée dans ses recherches et les alliages étonnants qu’il délivre, bien loin de l’image conventionnelle du jazz.

Frank Woeste

Frank Woeste

« Pour moi, le jazz est par essence, de par son histoire-même, un processus permanent de métissage, de création et de renouvellement.  Aucune raison que ça s’arrête en 2016. Dans mon travail, l’ouverture, la prise de risque, c’est quelque chose d’essentiel.  Mon écriture, mes compositions, je les conçois comme l’achèvement de l’improvisation, c’est-à-dire choisir et raffiner le « matériel » que j’ai créé autour d’une idée, d’un ressenti. »

Frank Woeste parle de Pocket Rhapsody comme d’une toile impressionniste qui a capté les réflexions et les émotions expérimentées dans l’itinérance et l’ambiance des villes, des lieux, tels que peut les traverser un musicien sur la route.

« Avec les différents projets en cours , on est beaucoup en tournée ces dernières années.  Il y a peu de jours off finalement, et pour écrire / composer, c’est utopique d’espérer sauver de longues plages de temps pour soi.  Alors je mets à profit ce que j’ai : le temps des balances avant les concerts.  Là, je peux jouer plus librement, improviser sans pression avec les autres musiciens …  On y projette sans doute inconsciemment nos ressentis du moment.  L’atmosphère des villes et des paysages traversés, c’est très inspirant, très contrasté aussi : autant que peu l’être la comparaison entre New York et un village de Mauritanie, par exemple.  Il se produit souvent lors de ces balances quelques jaillissements dont je retiens des choses.  J’ai avec moi un petit clavier qui me sert dans la chambre d’hôtel à fixer ces traces d’impro, un peu comme un bloc-notes.  Et les quelques jours de passage à la maison, je reprends ce matériel pour avancer la composition. »

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En musique classique, le terme rhapsodie désigne une forme de composition libre.  C’est bien sûr parfaitement adapté au projet de Frank Woeste de donner du champ à son besoin intuitif d’expérimentation et d’en proposer la lecture.  Sur cette hypothèse, le pari est réussi et Frank Woeste se réjouit – arrivé à l’étape de l’enregistrement – de constater que tout fonctionne.

Cette réussite, Frank Woeste la doit naturellement à la qualité des musiciens associés au projet.  Lui-même sideman rompu aux circuits internationaux, il a eu le bonheur de croiser et d’accueillir de fameux collègues sur le projet Pocket Rhapsody.

« C’est vrai, je tenais à ce que chaque musicien apporte et conserve sa « voix », sa couleur.  Dans les projets jazz, on ne fait pas juste que prester : on se choisit mutuellement, en fonction de ce qu’on attend ou de ce qu’on pense pouvoir apporter au projet.  Ici, ça a fonctionné à merveille. »

Le socle de Pocket Rhapsody, c’est l’association clavier /rythmique; avec Justin Brown à la batterie et Frank Woeste au piano, au Fender Rhodes, et au synthé Moog pour la partition de basse qu’il a choisi d’assurer lui-même.  Puis Ben Monder apporte sa guitare sur de très belles lignes mélodiques ou des nappes atmosphériques (le titre Interlude) qui ne sont pas sans rappeler les expérimentations du regretté John Martyn avec les technologies Echoplex et Fuzzbox (sur le fameux album Solid Air de 1973).

Puis, sur quelques titres, les touches et les couleurs de cuivre (la trompette d’Ibrahim Maalouf),  de voix (Youn Sun Nah), et de cordes (Sarah Nemtanu, violon, et Grégoire Korniluk, violoncelle) viennent enrichir des compositions « justes et belles ».

« Juste et belle », ce sont d’ailleurs les mots qui viennent à l’esprit pour qualifier l’œuvre de Frank Woeste.  On le sent solide sur ses bases, lyrique dans sa tête mais sobre dans son jeu, fin arrangeur d’univers qui n’attendaient que lui pour se rencontrer.

Pocket Rhapsody diffuse depuis un noyau central intime, prêt à irradier de toutes ses brillances : musique de chambre (l’Intro Nouakchott p.ex) ou tonalités symphoniques triturées à l’électricité (Nouakchott), chaleur et joyeuseté (inventons !) complices avec Ibrahim Maalouf (Moonlight), électro-excitation (Buzzaddict), super groove avec Mirage, ou encore travelling cinema avec Pocket Rhapsody .

L’album regorge par ailleurs de thèmes mélodiques (Terlinga p.ex) qui embarquent littéralement, comme pour un voyage en ballon inoubliable, un tour du monde en près de 55 généreuses minutes et 10 titres-atmosphères.

Ce bel album au groove irrésistible refonde un jazz intime, toujours métissé, et sera sûrement un de mes compagnons de route pour 2016.

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A suivre : Le Studio Libretto de Frank Woeste à Paris

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POCKET RHAPSODY paraîtra le 29 janvier 2016 chez ACT music actmusic.com

Disponible dans les circuits habituels = privilégiez votre disquaire!

POCKET RHAPSODY en tournée à partir de mars 2016 – dates mises à jour sur le site frankwoeste.com

 

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