TÂLE YÂD : LA MEMOIRE INVISIBLE D’ONEIRA

Si la lumière des étoiles met des centaines de milliers d’années à parvenir jusqu’à nous, alors leur mémoire est sans doute la plus ancienne mémoire des mondes, propre à féconder le commencement et le devenir de tout être humain.

 

(Nouvel album chez Helico Music HWB58122 )

Il y a près de deux années, les Six Rois mages d’ONEIRA nous avaient ouvert une route maritime et initiatique (album SI LA MAR), à la fois manifeste de leur projet artistique naissant et acte de foi en notre capacité à redimensionner nos projets d’avenir sur le mode poétique.
Paru le 30 janvier 2012, le très attendu deuxième album d’ONEIRA se vit comme les retrouvailles au caravansérail de voyageurs arrivés là par chacun sa route, chacun son étoile en ligne de mire.  L’heure est alors aux échanges, à l’écoute, aux célébrations, et aux projets.

En ces temps agressifs, où l’on nous assigne une cure, une peine, et presque un destin rétréci, les propositions poétiques d’ONEIRA – à mille lieues d’un distrayant lyrisme New Age – offrent une nourriture émotionnelle qui permet de croire au monde plutôt que le comprendre.  Cette innocence banale, si on y réfléchit bien, se révèle incroyablement mobilisatrice : loin d’abstraire de la réalité, elle réveille en nous la palpitation vitale, par cette audace dont Goethe rappelle qu’elle renferme en elle génie, pouvoir, et magie.

Ainsi va la musique d’ONEIRA, audacieuse par son branchement de la tradition sur l’invention.  Ainsi va  TÂLE YÂD  (Mémoire d’étoile en persan), une collection de chansons semblable à une noce villageoise au cœur de la belle saison, riche en rencontres et en partages.

Nourri au sérail familial de la percussion iranienne, Bijan CHEMIRANI est l’initiateur de ce projet hors du commun.  Attentif et valorisant les apports de chacun, Bijan confirme des talents brillants d’arrangeur.

Maryam CHEMIRANI et Maria SIMOGLU offrent par la modulation de leurs voix tant de variables simultanées qu’il faut souligner le mérite des ingé-sons de les avoir toutes restituées !  Tantôt chœur vibrant, véritable essaim d’abeilles en surchauffe qui allument l’ensemble instrumental sur de furieuses cadences (Ferdows Dami  et On se tend).  Tantôt sur des mélodies qui rendent grâce ou des mélopées plus graves : dans Sorcière, traditionnel Finlandais, c’est un petit miracle d’ONEIRA qui harmonise et laisse distinguer, au cœur d’un univers méditerranéen, la scansion sèche et la sauvagerie du Joik  de Laponie.

Tant qu’à pousser son audace, ONEIRA trouve dans la voix prodigieuse du chanteur Sarde Gavino MURGIA , invité sur Filoi Mou Sa Tha Vriskeste, un autre trait d’union de notre culture héritée et métissée : accents de chant diphonique Mongol,  sur un texte de l’Occitan André MINVIELLE ,chanté en Grec.

L’Occitanie, omniprésente grâce aux nappes subtiles ou les mélodies innovantes de Pierre-Laurent BERTOLINO et sa vielle à roue (Brumes), se devait en effet d’inspirer un jour où l’autre la rencontre d’ONEIRA avec MINVIELLE (Filoi Mou… , La Bourdique).

La flûte Ney d’Harris LAMBRAKIS imprègne les sens des vents du soir sur les terres brûlées : pas de meilleure ornementation pour les poésies persanes d’Omar KHAYYAM et Djalaladine  RUMI  (Mou’Pe Mia Magissa et Sanamâ).

Stratis PSARADELLIS et sa Lyra touchent à l’intime : chacun pour soi l’émotion dans les cordes (Négâr).

Kevin SEDDIKI est bien un visionnaire : on le connaissait virtuose, on le découvre arrangeur doué, insufflant la liberté de parole de son univers jazz à la charte d’ONEIRA.  Sa guitare est un orchestre à part entière, autant qu’une partition rythmique indispensable pour le sextet (Apopse Ta Mesanyhta, 21 et Filoi Mou ..  en particulier).

Le traditionnel  Hassan –Chabi Majnoun  a accompagné mes rencontres avec ONEIRA ou les CHEMIRANI.  Avec Râh, iIl est une des chansons inoubliables de l’album, de ces airs qu’on se met en tête à la première écoute et qui ne vous quittent pas de la journée : ça aussi c’est nouveau !

 

Voilà comment – et avec une élégance que vient renforcer  l’artwork remarquable – ONEIRA nous réapprend à parler aux étoiles.  Pas moins.

Sur cette trace incandescente, une étincelle du poète YEATS,  pour enrichir encore le métissage :

Si j’avais les étoffes brodées de cieux
Tra
mées de lumière, d’or et d’argent
Les étoffes bleues, les pâles et les sombres
De la nuit, du jour et du demi-jour
Je les déroulerais sous tes pas

 Mais moi qui suis pauvre
Je n’ai que mes rêves
Sous tes pas j’ai déroulé mes rêves

 Marche d’un pas léger
Tu marches sur mes rêves

* * * *

Pour en savoir plus:

découvrir ONEIRA en concert

le Site Myspace d’ONEIRA avec extraits de l’album en écoute et dates des concerts

facebook page ONEIRA

facebook Kevin Seddiki

Helico Music

les dessins de Lena Konstantinidi

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